Notes sur le conservatisme, le libéralisme et ses néos : ou comment le mirage est permanent. Lectures diverses.

REPRISE DE HERMES no 3Table des matières

Annexes

  • Nicolas Kessler, Le conservatisme américain, Paris, Presses universitaires de France, coll. Que sais-je? 1998, 127 p.
  • Keith Dixon, Les évangélistes du marché. Les intellectuels britanniques et le néo-libéralisme, Paris, Liber – Raison d’agir, 1998, 111 p.
  • Serge Halimi, Les nouveaux chiens de garde, Paris, Liber – Raison d’agir, 1997, 111 p.
  • Pierre Bourdieu, Contre-feux. Propos pour servir à la résistance contre l’invasion néo-libérale, Paris, Liber – Raison d’agir, 1998, 123 p.


« Nevertheless, this liberal conservatism has structured American culture since the war ».
Russell Jacoby, The Last Intellectuals. American Culture in the Age of Academe, p. 77

Du conservatisme au néo-conservatisme

Nicolas Kessler propose un livre exemplaire pour ce type de sujet. Il ne se perd pas en conjectures. Avec un style précis et des arguments bien étoffés, Kessler propose une revue du conservatisme américain, de la deuxième moitié du XXe siècle, qui débute avec la publication du livre de Russell Kirk intitulé The Conservative Mind en 1953. Kirk présentait ainsi les six thèses du conservatisme:

… la croyance en un ordre moral et transcendant, le goût du pluralisme social, le sens de la hiérarchie, l’amour des coutumes et des traditions, le culte de la propriété privée, la méfiance à l’encontre des idéologies réformistes et l’attachement au principe de continuité historique. (p. 9)

En fait, ce nouveau conservatisme rompait avec celui des pensées anti-bourgeoises européennes, de Burke et de Coleridge, qui proposait le retour aux valeurs propres de la féodalité et qui s’opposait aux changements sociaux de la révolution industrielle et aussi de la révolution politique. Ce vieux conservatisme était en bonne partie anti-moderniste. Plusieurs conservateurs américains ont pensé que ce type de conservatisme n’avait rien à voir avec l’Amérique. Selon eux, le féodalisme et le monde aristocratique n’étaient que des phénomènes étrangers à l’Amérique. Le conservatisme européen était perçu comme une « importation exotique », comme un produit « contraire à l’idéal de liberté inhérent au projet américain ». (p. 10)

Il y avait aussi une rupture en ce qui concerne les influences philosophiques. Si le conservatisme européen pouvait s’identifier à des penseurs comme Burke, Bonald ou autres, aux États-Unis c’est plutôt une orientation vers les idées des pères fondateurs que sont les Adams, Franklin etc. qui le caractérise. Ce que d’autres ont appelés les mythes fondateurs de la nation américaine, celui des Founding Fathers (1)

Son fondateur était John Adams, qui avait dès 1787, dans sa Defense of the Constitution, fustigé le rouseauisme et dénoncé l’importation des « idées françaises » aux États-Unis. Pour le reste, cet American conservatism ne différait pas foncièrement de son homologue britannique. Pénétré comme lui de l’influence de Burke, il s’articulait pareillement autour de deux pôles fondamentaux : la résistance aux tendances centralisatrices, égalitaristes et étatistes, héritées de la Révolution française incarné par les « Sudistes » John Randolph et John C. Calhoun, et le rejet romantique et aristocratique de l’utilitariat et de la vulgarité de l’ère industrielle qui avait inspiré plusieurs générations d’intellectuels de James Russell Lowell et Henry Adams à Paul Elmer More, T.S. Eliot, Irving Babbitt et George Santayama ». (p. 10-11)

Ce conservatisme s’inspirait de l’Europe, mais aussi de la tradition du Sud des États-Unis. Le peuple américain avait, aux yeux de Kirk:

…toujours été un peuple animé de puissantes pulsions conservatrices, pénétré d’un sentiment religieux sans commune mesure, fermé dans ses convictions morales, hostile à l’arbitraire du monarque comme à celui de la masse, méfiant face à la centralisation, attaché à ses droits prescriptifs et convaincu de la nécessité et des bienfaits de la propriété privée. (p. 11)

Comme dans tout conservatisme, la peur y joue un rôle premier. Elle est de deux types dans les années 50. Premièrement, une peur que l’on peut qualifier comme interne : il faut lutter contre les idées modernes, propres à ceux qui luttent contre la tradition, et qui célèbrent le progrès. L’autre peur est celle qui servira de moteur à la Guerre Froide et à la course effrénée à l’armement. Il fallait tout faire pour contrer un socialisme de plus en plus important dans le monde (Chine 1949; Corée 1948, Vietnam 1955 et Cuba 1959). Cette dernière peur sera au centre de tout un battage idéologique avec la publication de Route de la servitude de Friedrich von Hayek(2).

Un autre fait doit être souligné. C’est le rapprochement entre certaines idées anti-modernes du conservatisme, et les critiques venant de la philosophie de la vie. Kessler parle surtout ici de George Orwell et de Hannah Arendt(p. 13). Il faut bien le dire, les idées du New Deal, auxquelles on identifiait un peu tous les courants prônant l’intervention de l’État, avaient du plomb dans l’aile. On comparaît facilement le New Deal a des systèmes de gestion économique et politique qui étaient à l’opposer de lui. C’est ainsi que le fascisme, le stalinisme et même le nazisme étaient à l’occasion identifiés à un même mal : une volonté d’intervention de l’État dans le libre marché. Ainsi l’intervention de l’État (les idées de Keynes en autres) était mise au même niveau que les systèmes totalitaires européens. Cette tentative sera d’ailleurs au centre de publications académiques comme celle de Leo Strauss, de Eric Voegelin et même d’ouvrages moins connus comme ceux de Hoffman, Vivas et Robert Nisbet. (p. 14) Tous étaient, malgré des différences importantes, en accord sur un certains nombre de points:

[Dans le cas de Weaver, il] ne lui en fallait pas plus pour dénoncer la faillite de la cosmogonie individualiste et nominaliste issue de la Renaissance et des Lumières. Ses congénères, poursuit Kessler, n’étaient pas moins amers : dans un bel ensemble, les néo-traditionalistes s’accordaient à déceler dans la vie politique, artistique et intellectuelle de leur temps les signes d’une profonde crise morale, et tous voyaient cette crise s’enraciner dans l’orientation scientiste et matérialiste prise dans la pensée occidentale depuis la fin du Moyen Âge. C’était, s’exclamaient-ils à l’unisson, l’oubli de ces « vérités absolues, immuables et éternelles » qui constituaient le socle de la civilisation chrétienne et le développement d’une vision du monde mécaniste et athée qui avaient seuls permis les excès sanglants des deux dernières décennies. (p. 15)

L’ouverture vers la modernité, vers la nouveauté et le développement économique et social sont des dangers communément critiqués par le conservatisme. La recherche de « vérités absolues » sera au centre d’un retour vers une pensée conservatrice.

Cet antimodernisme radical, les néo-traditionalistes l’étendaient à tous les domaines: à la politique bien sûr, (…) mais aussi à la culture, à l’éducation, aux mœurs et à la vie sociale. (p. 15-16)

Crise de l’éducation, crise de la communauté, lutte contre la mise en cause des valeurs morales sont tous des thèmes qui parsèmeront les luttes politiques de la droite américaine dans le demi-siècle qui se termine. Une autre caractéristique de ce mouvement, qui prend forme dans les années cinquante, c’est que le mouvement conservateur prend racine dans le passé et dans la tradition. (p. 17) Une grande part des penseurs du mouvement conservateur se tournait alors vers les valeurs des états du Sud des États-Unis. Ils prônaient un retour au Moyen âge pour y retrouver les valeurs de la « loi naturelle ». Aristote et Saint Thomas sont à l’ordre du jour, ainsi que le beau XIIIe siècle.

Ce qui importe alors, c’est que ce courant des idées politiques procédait à un lecture anti-républicaine et surtout anti-jacobine de la fondation des États-Unis d’Amérique. Selon eux, les pères fondateurs étaient davantage des disciples de la « grande tradition » que des rationalistes inspirés par l’esprit des Lumières. Burke devenait un héros d’une histoire bizarrement écrite. (p. 21)

Constitution du new conservatism: la fondation de Modern Age

À partir de 1957, la revue Modern Age sera publiée sous les auspices de la Foundation for Foreign Affairs de Chicago, ceci jusqu’à l’été de 1976. Par la suite, elle sera publiée par l’Intercollegiate Studies Institute.

Le comité de rédaction est composé d’une brochette de nouveaux conservateurs dont Bell, Vavas, Harrigan, Hoffman, Weaver et Wilson. D’autres sont plutôt d’obédience catholique. Ce sont : John Lukacs, Frederick Wilhelmsen. On trouve aussi des fédéralistes sudistes avec Donald Davidson et James Kilpatrick, et de Burkean Conservatism (Raymond English et William McGovern). Cette équipe biguarrée regroupera aussi des européens tels Rudolph Allers, Wilhelm Röpke et Ludwig Freund.

Kirk dans le premier numéro écrivait:

En quelque cinq années, les nouveaux conservateurs auront conquis une reconnaissance et le statut d’acteur important dans les débats idéologiques, contrairement à la situation en Europe, où les idées de gauche seront de retour en force, après des moments plus difficiles au milieu des années cinquante. Il faut bien le dire, plusieurs des penseurs conservateurs européens furent près des mouvements fascistes, des traditionalistes et, même certains, du nazisme. Aux États-Unis les mouvements historiques de l’extrême droite ont été presque complètement absents de la scène. Comme le dit Kessler, « l’American conservatism avait acquis une vigueur et un pouvoir de séduction sans précédent dans son histoire ».(p. 29)

Il n’avait donc aucun besoin d’un radicalisme politique qui n’était en fait qu’un effet du développement de la modernité économique. Car pour ses partisants, le totalitarisme était une excroissance de la modernité.

Par revue conservatrice nous entendons un journal voué à la préservation des meilleurs éléments de notre civilisation; et ces meilleurs éléments sont en danger aujourd’hui. Nous avouons volontiers un préjugé hostile à l’encontre du volontarisme radical, et un goût marqué pour la sagesse de nos ancêtres. En dehors de cela, nous n’avons pas de discipline de parti. Notre but est de stimuler le débat sur les grandes questions d’ordre moral, social, politique et économique de notre temps, et de tenter de définir par quels moyens l’héritage de notre civilisation peut être sauvé. (cité et traduit par Kessler p. 25)

Ce groupe ne se donnera pas de politique précise d’édition ni de ligne directrice de ses idées. Le livre de Kirk demeurait l’inspiration fondamentale du groupe. La libre discussion sera l’idée de base du fonctionnement de Modern Age. L’objet des critiques y demeurait le système scolaire américain, surtout l’influence des idées libérales dans l’éducation. Les partisans de Modern Age partageaient pour la plupart une haine très forte des théories de John Dewey. Les visions d’égalité et d’équité devant la connaissance et sa diffusion ne plaisaient pas aux rédacteurs de Modern Age. Kessler écrit à ce sujet:

C’était de son égalitarisme et de son prosaïsme, expliquait le directeur de Modern Age, que procédait la barbarie du XX e siècle. Cette « négation de l’esprit », protestait-il, conduisait à « l’appauvrissement de l’imagination supérieure de chaque homme ou femme ou presque, l’obscurcissement de la raison, cette faculté qui distingue en ce monde l’être humain de la brute », mais aussi à « l’oubli de ces disciplines intellectuelles et morales que rendent possible une vie en commun harmonieuse qui constituent les fondements du gouvernement libre. (p. 27)

D’autre part, Modern Age se permettait de discuter de bien d’autres sujets. Elle s’identifiera de manière positive au conservatisme européen. Un bulletin portera même le nom de Burke Newsletter et sera publié à partir de 1959. L’hypothèse, qui se concrétisera avec les années, est que le progrès nous mène vers une impasse. Puis un rapprochement se fera de manière permanente entre les thèses conservatrices et celle des mouvements conservateurs libéraux comme l’étaient le Mount Pèlerin Society fondé à la fin des années quarante par des intellectuels comme Bertrand de Jouvenel, Ludwig von Mises, Friedrich von Hayek, Fritz Machlup, Karl Popper et plusieurs autres. (3)

Un nouveau courant venant des libertariens

Parallèlement au développement des nouveaux conservateurs, se développe un autre courant de droite qui loin de s’intéresser aux bondieuseries se concentre sur l’usurpation de la liberté causée par l’intervention de l’État dans le libre marché. Le maccarthysme sera l’événement majeur qui regroupera les conservateurs avec les penseurs libertariens. Cette lutte acharnée contre le communisme par Joe McCarthy sera appuyée par un regroupement de droite composé par la droite libertarienne, individualiste et sociodarwinienne, du moins pour un temps. D’autres personnes, tels Kendall, Burnham et Eastman qui étaient des anciens communistes, seront du groupe. Ces derniers représentaient alors une nouvelle forme d’unité de la droite contre les idées développées par des intellectuels de gauche et les idées développées par les jeunes. Ainsi:

Toute société viable a une orthodoxie, un ensemble de valeurs fondamentales, qui sous-tend sa manière de vivre. Aucune société ne peut survivre – ou ne doit survivre sans de telles (…) fondations. (4)

Un auteur, jeune diplômé de Yale, sera la figure de proue de cette fusion entre le conservatisme et les libertariens. Il écrivait en 1951:

Je pense que la lutte entre la chrétienté et l’athéisme est la plus importante au monde, et que le combat entre l’individualisme et l’étatisme relève de la même lutte portée sur un autre plan. (5)

Buckley que l’on vient de lire avait des alliés importants, son mentor Albert-Jay Nock et Ortega y Grasset, les penseurs d’une unification entre capitalisme et traditionalisme. Ces multiples idées prendront définitivement forme par la publication d’un périodique, la National Review, à partir de 1955. Dès les premiers numéros, les auteurs regroupés autour de cette revue ne se gêneront pas et attaqueront de front les anti-maccartystes et les défenseurs de l’intervention de l’État. Tous les moyens étaient bons: de l’attaque personnelle au débat théorique. Pour un certain temps, une variable va cimenter cette alliance : c’est la peur du communisme. La National Review encourageait tout ce qui remettait en cause le communisme, de la guerre froide à la guerre, réelle celle-là, de Corée.

Mais les matières qui formèrent ce mortier anti-communiste et conservateur ne tiendront pas longtemps. Buckley défendra rapidement des idées « purement conservatrices ». Si les libertariens refusaient tout contrôle extérieur au marché, les conservateurs croyaient, eux, que le marché devait croître mais que ses mécanismes devraient être contrôlés par un cadre social et moral.

Sans cette discipline imposée aux égoïsmes des individus, expliquait Buckley, les vices privés, loin de déboucher sur la prospérité publique, ne pouvaient que provoquer la dégénérescence et la décomposition de l’ensemble du système économique. Un capitalisme vigoureux, donc, mais un capitalisme moral et ascétique, profondément enraciné dans les valeurs traditionnelles: tel était l’idéal de la National Review et le plus petit commun dénominateur de ses principaux animateurs. (p. 38-39)

Le conservatisme, n’était pas le libre marché des libertariens. C’était le contrôle moral sur le développement de la société, de la famille et des personnes.

De leur côté, les libertariens, regroupés autour de la New Individualist Review, réagiront à cette approche. Les critiques des libertariens seront regroupées dans le livre de Friedrich von Hayek intitulé « Pourquoi je ne suis pas conservateur ». Il écrira dans ce texte que:

Les conservateurs s’opposent d’ordinaire aux mesures collectivistes et dirigistes dans le secteur industriel, et le libéral peut trouver en eux des alliés. Mais dans le même temps, les conservateurs sont en général protectionnistes, et ont fréquemment appuyé des mesures socialisantes, dans le secteur agricole. De fait, même si les restrictions imposées actuellement dans l’industrie et le commerce découlent principalement de la vision socialiste, les restrictions imposées dans l’agricultures ont souvent été introduites plus anciennement par des conservateurs. Et dans leurs critiques de la libre entreprise, maints dirigeants conservateurs ont rivalisé de zèle avec les socialistes. (6)

Ils célébraient des systèmes politiques comme celui de Franco en Espagne et de Salazar au Portugal. Ils ne se gênaient pas pour appuyer toutes les politiques qui allaient dans le sens de la conservation du pouvoir des pays alliés contre toute autre forme de pouvoir politique. Le conformisme du Sud, donc des conservateurs traditionnels, était préféré aux idées libérales du Nord (proche de l’idée d’une rationalité de l’intervention de l’État dans l’économie, surtout en tant que « moyen » visant la lutte contre la situation précaire des laissés pour compte de la société industrielle). Ce passage de Kessler résume bien ce qu’étaient les conservateurs :

Cette éthique, tout à la fois traditionaliste dans ses opinions métaphysiques, et libérale dans son œcuménisme et son ouverture au monde, insurgée contre la modernité intellectuelle et l’ingénierie sociale, marquait de son empreinte les positions du groupe, faisant de lui le relais privilégié d’une opinion catholique bien décidée à enfin jouer un rôle actif sur la scène politique nationale. (Kessler, p. 45)

Comme on le voyait au début de ce texte, ce sont les valeurs traditionnelles des pères fondateurs qui sont reprises de manière plus ou moins complète. En fait, on en voulait aux politiques étatiques qui étaient trop centralisatrices, sécularistes et bureaucratiques. On en voulait à la philosophie matérialiste et positiviste, à la presse, à la radio, aux cercles académiques dont les idées étaient par trop modernes. Même si la fusion des deux tendances de la droite américaine n’a jamais eu lieu, leurs réciproques influences marquent l’histoire de leur mouvement respectif.

Les conservateurs mettront aussi en place la Foundation for Economic Education, ils se rapprocheront de politiciens comme Richard Wiscar et le jeune Ronald Reagan, des éditeurs comme Regnery Devin-Adair et The Careton Press, et d’autres associations comme la Intercollegiate Society of Individualists et le Volker Found for Humane Studies. Ces éditeurs et fondations publièrent des livres et des brochures appuyant leurs théories. Enfin, dans les années soixante, les fonds nécessaires au fonctionnement de ces groupes étaient au rendez-vous.

L’arrivée des intellectuels comme classe sociale

Au cours des années 60 et au début de 70, les conservateurs trouveront certains alliés « non-naturels ». Ils n’espéraient pas les convertir à leurs théories. Les politique de l’État américain en faveur des minorités sera le moteur du rapprochement de certaines catégories de citoyens aux idées conservatrices. Les politiques en faveur des minorités, mais aussi la force politique et publique que prendra la nouvelle gauche, le mouvement étudiant, le mouvement des noirs et le mouvement des femmes y seront aussi pour quelque chose. En somme, c’est la classe moyenne américaine qui voyait dans les politiques en faveur des noirs et des hispaniques, les politiques en faveurs de l’équité en emploi pour les femmes et les ethnies, l’ouverture de plus en plus grande des médias de masse en faveur de la culture des jeunes (musique rock, cinéma qui remettait en cause les idées reçues sur l’Amérique merveilleuse, etc.) et la critique de la guerre du Vietnam, un danger pour leur propre statut social.

La présence des penseurs de la « gauche conservatrice » (7) ne date pas d’aujourd’hui. Le plus connu d’entre-eux est sans doute Daniel Bell. Mais à ce dernier se joint un groupe d’intellectuels qui marquent le tournant « When jews turn rich… » comme le dit Kessler. Ce groupe est constitué de Nathan Glazer, Irving Kristol et Norman Podhoretz. Cette génération d’anciens intellectuels de gauche verra dans le discours néo-conservateur un nouvel espoir.

[Ce groupe] entreprit de s’attaquer méthodiquement aux thèmes directeurs du discours libéral, progressisme, égalitarisme, permissivité, et par-dessus tout à la confiance aveugle dans les vertus de l’action publique qui paraissait jusque-là la caractéristique première de la gauche américaine. (p. 55)

Ce groupe d’intellectuels en voulait au fait que le gouvernement central tentait de gouverner les États et les villes depuis Washington. Les problèmes sociaux propres à une Amérique en pleine crise de valeurs constitueront l’élément déclancheur qui entraînera le regroupement des intellectuels touchés par cette situation. Plusieurs s’écartèrent d’un passé marxiste. Anciens trotskystes pour les uns, ils vivaient la fin du rêve d’un monde meilleur et déclamaient la croyance en un monde rationnel, à un « meilleur des mondes » que serait les États-Unis, fer de lance du capitalisme mondial et de la protection de la liberté, valeur très chère à tous les libéraux et néo-libéraux, comme aux conservateurs.

Regroupement atypique que cet American Committee for Cultural Freedom, versant américain du Congrès pour la liberté de la culture, fer de lance de l’anti-communisme et de la « lutte pour la liberté et la vérité ».(8) Dans ce dernier groupe se rencontrent les éditeurs de Encounter, plusieurs conservateurs, des libéraux dissidents dont l’anticommunisme était la valeur suprême. Parmi ces gens on peut nommer James Burnham et Eric Voegelin; mais des personnes comme Raymond Aron, Bertrand de Jouvenel, Denis de Rougemont, Jacques Maritain et ceux plus connus en Amérique du nord de Kristol et de Bell. Ce dernier, ne l’oublions pas, est l’auteur et le théoricien de la crise de la culture et d’une théorisation de la Société post-industrielle, théoricien et grand tenancier de l’idée que la production industrielle est remplacée par la production et la gestion de l’information, cette marchandise immatérielle… (9)

Ce virage à droite prendra effectivement quelque temps. Mais, de 1955 aux premières années de la décennie 60, suivant en cela le phénomène mondial de la radicalisation de la jeune génération, un mouvement de gauche ou critique verra le jour. La « Nouvelle Gauche » sera anticapitaliste et multiculturaliste. Les idées politiques, le changement dans les valeurs des jeunes, la contestation de la guerre du Vietnam, la lutte pour l’égalité des noirs, le début des revendications féministes (création de la National Organization of Women (NOW) en 1966) et autres, seront au centre de la cristallisation vers la conservation de ce groupe d’intellectuels, pour qui la grande Amérique était en train de sombrer dans le cynisme et la facilité.

Les conservateurs s’étaient, avec le temps, insérés dans des départements universitaires, là où justement les jeunes de la New Left frapperont le plus rapidement. Les années 60 seront marquées par un mouvement étudiant très politisé. Les mesures pragmatiques des gouvernements de Kennedy et de Johnson étaient aux yeux des conservateurs largement suffisantes. Elles ne l’étaient pas pour les militants de la Nouvelle Gauche. La revendication et le succès des règles d’Affirmative Action sera le comble. Ainsi Nathan Glazer écrira dans Commentary:

Pour ma part, je suis maintenant convaincu que le radicalisme est à ce point engoncé dans l’erreur et la confusion que notre première tâche, si nous voulons résoudre nos problèmes est de l’affronter et de lui dénier toute prétention à définir les causes de nos maux et les remèdes y afférant. » (10))

Les revues de cette droite conservatrice prendront les moyens à leur disposition pour critiquer le mouvement de la Nouvelle Gauche sans réserve. Commentary, The Public Interest, New Leader, Atlantic Monthly et toutes les autres seront de la partie. (11)

A côté de ce nouveau discours se développe un nouveau groupe social, les intellectuels, les travailleurs du savoir. Le lien entre ces trois éléments ne va pas de soi dans l’histoire des idées chez nos voisins du sud. Dans les livres de Kessler et de Russell Jacoby (voir la bibliographie), il est largement question de la cristallisation des intérêts d’un nouveau groupe social, celui des spécialistes de l’analyse de la politique et de la société. Ces intellectuels qui formeront dans une Amérique en crise les principaux interprètes de celle-ci, et quelle que soit leur position politique, mettront au monde un discours savant: celui des sciences sociales. Ce nouveau rôle de l’intellectuel universitaire accompagne donc le développement d’une théorie sociale qui vise l’étude et la compréhension du social; et, dans le même sens, une critique de ce discours en construction. D’une part, on peut voir que le conservatisme américain prend racine dans une nouvelle structure du savoir (l’université et le développement des sciences sociales), et, d’autre part, il continue à se développer dans ses officines traditionnelles (groupes, fondations etc…). Cette évolution, peu importe la tendance que ces personnes défendent, semble être commune. La droite américaine prendra le contrôle de la diffusion et de la constitution du capital culturel de cette société en profonds boulversements. L’explosion des idées propres à cette décennie conduira en contrepoids au développement de l’intellectuel organique (Gramsci). Le constat est le suivant:

C’était ce qui faisait volontiers répéter à Kristol ou à ses amis qu’avant d’être la New Class ou la contestation étudiante, « l’Ennemi c’était nous ». Nous, ou plus précisément la tendance naturelle des sociétés capitalistes à mépriser des valeurs et les institutions auxquelles elle devait sa stabilité. A l’économiste autrichien Joseph Schumpeter, les collaborateurs de The Public Interest avaient emprunté l’idée que le capitalisme portait en lui les germes de sa propre perte. Le principe moteur de la libre entreprise, expliquaient-ils ne résidait pas dans le seul égoïsme de l’individu, mais dans une propension à l’effort, à l’initiative et à l’austérité qui s’était dégagée d’un complexe de valeurs sociales, morales et religieuses, issu de la société traditionnelle. Le capitalisme classique devait ainsi sa stabilité à la survie d’allégeances institutionnelles et culturelles qui étaient, dans tous les sens du terme, précapitalistes. Or ces allégeances, on n’avaient rien fait pour les préserver. Pire, on avait méthodiquement organisé leur démantèlement, En promouvant à tous les échelons de la société une morale hédoniste, matérialiste et individualiste, en détruisant pièce par pièce l’infrastructure organique de la nation, le libéralisme américain avait créé les conditions de sa propre subversion. C’était la thèse centrale de The Cultural Contradictions of Capitalism de Daniel Bell. (p. 71)

Longue citation que celle-ci. Cette idée conservatrice portera les stigmates d’une critique radicale du monde par cet autre auteur qu’est Kristol:

L’évolution contemporaine du capitalisme libéral, (…) l’esprit du rationalisme terre à terre si caractéristique d’une société commerçante et de sa civilisation d’affaires (…) (a eu) pour effet de dévaluer tout ce qui était simplement traditionnel en fait de croyances, de tâches et d’habitudes. (…) Cette tournure d’esprit (a donné) de la légitimité à l’idéal socialiste d’une société planiste, mais aussi à l’impulsion « expressionniste », anarchique, antinomienne dans le domaine culturel et spirituel. » (12)

Kessler de commenter: « C’était cette évolution et ces conséquences dramatiques sur l’infrastructure sociale qui avaient permis à la Nouvelle Gauche « d’investir le vide spirituel au coeur de notre civilisation capitaliste libérale ».(13)

L’idée, que le conservatisme américain va développer à partir de ce moment, est stratégique. Pourquoi stratégique? Le capitalisme ne refermerait-il pas cette négation en son sein? Serait-il auto destructeur? Les sources de ce scepticisme venaient de plusieurs directions. Kessler bien sûr discute de Bell, de Kristol et de Schumpeter. Mais nous serions capables d’y inclure les idées de la révolution conservatrice allemande des années 20, qui voyait d’ailleurs dans la révolution bolchevique des sursauts de l’âme pour reconquérir « l’esprit du peuple », comme en 1938 lors de la Nuit de cristal et dans les opprobres contre les homosexuelles, les socialistes et communistes et le pogrom visant l’exclusion (années 1930) et l’extermination des juifs dans la décennie 40. Est-ce que nous exagérons ici les liens entre ces évènements? Plus ou moins, je crois.

Le problème de manque de discipline dans la société américaine était présenté comme un fait négatif. Le « malaise de la civilisation » était maintenant identifié. Il fallait donc revenir aux valeurs morales et sociales d’un âge d’or. Kristol defendait en 1972 ce qui deviendra l’idée maîtresse de ce mouvement.

L’essai était consacré, de l’aveu même de [Kristol], à la « tendance des démocraties à s’éloigner de (…) leurs principes fondateurs et par là même, à plonger dans une profonde crise de l’ordre moral et politique. » (p. 75)

Ces principes fondateurs, rappelons-le, étaient l’idée de gouvernement populaire, de l’autogouvernement donc de l’autodiscipline. La gestion de l’État et de la société allait de soi, naturellement. Ainsi toute intervention ou volonté politique visant la planification de l’État central est une catastrophe. Ce sont les sources religieuses et morales qui permettront un retour à la vraie nature de la société américaine. La décennie soixante est donc, dans les faits, l’époque où les idées conservatrices retrouvèrent des balises nouvelles. Il fallait découvrir sur des bases plus solides ce qui caractérisait le sentiment de la supériorité américaine, le fait d’être unique et en même temps supérieur.

Ce mouvement mènera tout droit vers une redéfinition du conservatisme. On l’appellera néo-conservatisme.

Le néo-conservatisme : contre la nostalgie d’un âge d’or?

Qu’est ce que les néos? Voici une question qui peut paraître innocente. Est-ce que les néos sont vraiment des néos, ou ne sont-ils qu’une fausse alternative, qu’un changement de terminologie ou qu’un changement de vocabulaire n’apportant rien de nouveau à l’idéologie en place?

Dans le cas des néolibéraux le « néologisme » est simple : ils sont néos car ils utilisent un bagage ancien qu’ils tentent de moderniser. C’est un peu la même chose en ce qui concerne les conservateurs. C’est au début des années soixante-dix que l’appellation prend son envol. Parfois rejeté, le terme de néo-conservateur comme dans Commentary et The Public Interest par exemple. Mais d’autres fois, on utilisera de nouveaux termes comme celui de néo-libéraux (Podhoretz et Glazer), par contre le concept sera parfois totalement mis de côté, comme le fait Daniel Bell. Il préfère se définir comme « conservateur sur le plan culturel, mais libéral en politique et socialiste en matière économique » (p. 77). Les choses se compliquent-elles ici? Mais non! En fait le terme de néoconservateur indique surtout une position conservatrice quant à la culture (dans son sens large) et libérale quant à l’économique.

Les préoccupations des néo-conservateurs, ajoutait Robert Bartley, sont les préoccupations centrales de notre temps. La crise des valeurs, la place de la tradition dans une époque tourmentée, le besoin non pas seulement d’un progrès matériel, mais aussi de la satisfaction intérieure qu’on éprouve à vivre dans une société digne de ce nom. (14)

En fait on constatait dans ce numéro de The Alternative la rencontre de deux tendances symbolisées par les gens de The Public Interest et par la National Review. Il ne faut pas croire que le courant qui va du conservatisme au néoconservatisme est simple. Diverses tendances idéologiques traversent le courant conservateur. Ils ne voient pas la réalité et ne l’analysent pas toutes de la même manière. Pour certains, la gauche étudiante jouerait même un rôle positif. Les étudiants rendraient plus aigües les contradictions que renferme le capitalisme moderne. Ainsi ils jouent un rôle positif dans la prise de conscience des limites du capitalisme libéral, de son idéologie individualiste et de son manque de morale.

Le néoconservatisme sera défini par Kristol ainsi:

Le néo-conservatisme est un courant d’idées qui surgit du monde intellectuel et universitaire, provoqué par la désillusion à l’égard du libéralisme contemporain. (15)

Mais de plus en plus les conservateurs collent sur la droite libertarienne. Kristol écrit:

De Milton Friedman le néo-conservatisme a appris à reconnaître les vertus d’une économie de marché comme moteur de la croissance économique. Des conservateurs culturels et de la philosophie politique de Leo Strauss, il a appris à apprécier la portée des traditions morales et philosophiques précapitalistes. [Mais] « Le néo-conservatisme (…) a ses propres inclinaisons distinctives. En politique économique et sociale, il n’éprouve aucune hostilité latente envers l’État-providence. Il cherche, non pas à démanteler le système de sécurité sociale au nom de la science économique des marchés libres, mais plutôt à le remodeler de telle sorte que s’y attachent les prédispositions conservatrices de la population. Le gouvernement limité, tels que les néo-conservateurs le conçoivent n’est pas exclusif d’un gouvernement énergique. Les deux peuvent être les corollaires l’un de l’autre. (16)

On peut voir ici un rapprochement très relatif. En fait structurellement, les penseurs conservateurs verront dans les structures intermédiaires de l’État et de la représentation les moyens les plus efficaces de réintroduire des bases morales dans la gestion des choses et des personnes. La centralisation à outrance n’est pas de mise. Il appartient aux collectivités locales de se prendre en mains. Le Welfare ne devrait pas relever de l’État, surtout pas d’un État centralisé. La critique néo-conservatrice s’attaquera ainsi aux mesures de ségrégation positive, telles les politiques d’Affirmative Action pour les minorités culturelles et les femmes. « Les effets pervers sont la règle, et non l’exception de la politique sociale. » (17) Ces idées sont un mélange des acquis des libertariens (École de Chicago entre autre) et d’une vision simple des échanges économiques. L’offre créerait de manière simple la demande.

Des auteurs, comme Robert Nisbet, proposeront de nouvelles interprétations visant à répondre aux limites de la société actuelle. Pour Nisbet:

Le vrai problème n’est pas tant (…) la disparition des anciens cadres sociaux que l’incapacité de notre univers industriel et démocratique à créer un nouveau cadre associatif et moral à l’intérieur duquel les allégeances de proximité auront une réalité fonctionnelle et morale (…) On dirait que les forces qui ont affaibli les anciennes structures associatives se maintiennent pour entraver les nouvelles. (18)

Comme on peut le voir, le néo-conservatisme comme le conservatisme proposent des critiques radicales de la société libérale et de son laissez-faire. Dans les années 70 et 80, plusieurs nouvelles revues virent le jour, d’autres consolideront leur base. Les revues telles The Public Interest, Commentary et Encounter; les The New Leader, Harper’s Magazine, Atlantic Monthly, Change, Science et Deadalus, les magazines économiques comme Fortune et Wall Street Journal, grand public comme Time, Newsweek, The Business Week seront des exemples du luxe de la propagande. Des maisons d’éditions comme Free Press, Basic Book seront influencées par Kristol et son épouse Gertrude Himmelfarb. Les néo-conservateurs sauront aussi défendre leurs intérêts chez des éditeurs comme Harvard University Press, Berkeley University Press, Stanford University Press, le MIT, ainsi que dans les think tanks comme sont les Contemporary Studies de San Francisco, l’Heritage Foundation, le Georgetown, le Center for Strategic and International Studies, la Commission on Critical Entreprise Institute et la John M. Olin Foundation.(Kessler, 1998, p. 100) Tous ces journaux, revues ou organisations de think tanks partageaient des intérêts souvent semblables avec les groupes néo-libéraux. Les jeux de va et vient entre ces groupes sont réels. Ainsi, des organismes comme la Société du Mont-Pèlerin fondée en 1947 en Suisse (d’où son nom) est au centre de la fondation de plusieurs autres organisations néo-conservatrices et de « libres penseurs » néo-libéraux. Il faudra revenir sur cette question un peu plus loin.

Les néo-libéraux anglais et les conservateurs : le gouvernement Reagan et le gouvernement Thatcher

Quels étaient les rapports entre les gouvernements conservateurs de Reagan et de Thatcher et les mouvements conservateurs en Angleterre et aux États-Unis? Cette question mériterait à elle seule des pages et des pages d’explications et d’analyses. J’aimerais quand même présenter les développements de l’idéologie néo-libérale et ses liens avec le Parti Conservateur anglais. Le livre de Keith Dixon me servira de guide à ce sujet.

La contestation de l’État social-démocrate est commune dans les débats des conservateurs et des néo-libéraux depuis longtemps (19). Dans toutes les approches concernant la critique de l’État social (tradution de Welfare State), des idées reviennent de manière permanente. La principale, c’est que le Welfare State va à l’encontre du libre marché. Il empêche le déploiement de l’économie de marché, celle-ci devrait prendre son expansion de manière naturelle, spontanément et sans aucune embûche. C’est déjà l’idée que Friedrich von Hayek défendait, contre Keynes, dans les années 1930 en Angleterre lorsqu’il travaillait à la London School of Economics. Ces idées prendront vraiment leur sens avec la publication de La route de la servitude en pleine Seconde Guerre Mondiale, en 1944. Il est important de dire dès à présent que von Hayek, ne s’oppose pas uniquement au collectivisme propre à l’URSS, mais tout aussi bien à la social-démocratie traditionnelle. Ce que reproche au communisme von Hayek ce n’est pas seulement son anti-démocratisme, mais surtout son anti-libéralisme. C’est pourquoi la social-démocratie est autant coupable de notre cheminement vers la servitude dans le monde que le totalitarisme.

Ces idées prendront vraiment leur sens avec la première réunion de la Société du Mont-Pèlerin(20) en 1947; 36 personnes y prenaient part. Au premier congrès de cette organisation étaient présents Friedrich von Hayek, Ludwig von Mises (économiste), Sir Karl Popper (philosophe, père du positivisme logique), Felix Morley (ensuite de la National Review), Bertrand de Jouvenel (auteur), Frank Knight, Fritz Machlup (théoricien du concept d’économie du savoir), Henry Hazlitt (journaliste au New York Times, et à Newsweek à partir de 1946), George Stigler, Milton Friedman (jeune économiste américain alors), Maurice Allais, Walter Lippman, Salvador de Madariaga, Michael Polanyi (ne pas confondre avec Karl Polanyi(21)), Anthony Fisher (fondateur de plusieurs think tanks britaniques), William E. Rappard, Wilhelm Röpke et Lionel Robbins (22). La Société du Mont Pèlerin sera le principal groupe d’intellectuels qui, isolé à l’époque, tiendra bon et réussira dans la décennie 80 à prendre le haut du pavé, sous l’effet de la crise économique de l’État social et de l’élection de gouvernements conservateurs en Grande-Bretagne et aux États-Unis, ainsi que de la conjoncture de crise, de l’ échec de ce que l’on appelle le keynésianisme, qui est d’ailleurs la principale cible des théoriciens libéraux de la Société du Mont Pèlerin.

Actuellement, note Dixon, on trouve parmi les 5 000 membres, choisis parmi l’élite politique, économique et universitaire, plusieurs anciens ministres (Antonio Martino, ancien ministre des Affaires étrangères italien, Ruth Richardson, ancienne ministre des Finances de Nouvelle-Zélande, John Biffen, Geoffrey Howe et Rhodes Boyson, anciens membres du gouvernement Thatcher, etc.), de nombreux économistes (Yoshito Suzuki, économiste et politicien japonais, Pascal Salin, l’un des relais français du néo-libéralisme universitaire, James Buchanan, prix Nobel d’économie dont le nom est associé à la théorie du « public choice », et, bien sûr, Milton Friedman, membre fondateur et principal théoricien du monétarisme), ainsi que des personnalités du monde économique comme Maurice Newman, président de la bourse australienne. (Dixon (1998), p. 21)

Pour continuer sur ce beau portrait de la plus grande société néo-libérale, il faut parler d’Edward Feulner (fondateur de l’Heritage Foundation aux États-Unis et actuel président de la Société du Mont Pèlerin), d’Anthony Fisher, millionnaire britannique et fondateur de plusieurs officines néo-libérales à travers le monde, dont le Fraser Institute au Canada. On y reviendra. Mais ce qui est intéressant au sujet de la Société du Mont Pèlerin c’est que :

À la différence d’autres think tanks de la nébuleuse néo-libérale, la Société du Mont Pèlerin ne dispose ni de personnel permanent ni de bureaux, et elle publie très peu. Son activité, très peu médiatisée, s’articule essentiellement autour de séminaires et de colloques organisés à intervalles réguliers partout dans le monde. (Dixon, 1998, p. 22)

Donc, une association qui se réunit chaque année (ou presque) mais qui n’a pas de secrétariat ou de permanence. Ce qui est plus important, c’est que la Société n’est pas une organisation comme les autres. Ce n’est pas justement une organisation qui publie ou défend une ligne politique très précise. C’est une organisation qui regroupe des intellectuels de droite dont l’objectif avoué est de s’intégrer dans des groupes, des associations ou des départements, de les constituer et de les influencer le plus possible. (23)

Si, jusqu’à aujourd’hui, ces groupes se sont lentement structurés, c’est dans les décennies 80 et 90 qu’ils prennent un envol important. Le premier groupe a été créé en 1955, c’est l’Institute of Economic Affairs. Cet Institut sera financé par Anthony Fisher et dès 1957 il organisera le congrès de la Société du Mont Pèlerin. Des auteurs néo-libéraux comme von Hayek et Friedman écriront de nombreux textes pour l’Institute of Economic Affairs.

Nous venons pour la deuxième fois de parler de Anthony Fisher. Ce dernier est un multimillionnaire britannique qui a fait fortune dans l’élevage du poulet jusqu’à la fin des années 60. Depuis ce temps, il participe une multitude de fois à la création de groupes et d’instituts néo-libéraux. Après avoir participé à la fondation de l’Institute of Economic Affairs, il collabora directement à la création de plusieurs dizaines d’organisations néo-libérales et néo-conservatrices. En 1975, il sera co-directeur du Fraser Institute au Canada, officine néo-libérale ayant une influence très grande dans les milieux d’affaires et universitaires, mais aussi auprès des gouvernements canadiens (fédéral et proviciaux). De la même manière, il participa de près à la mise en place de l’International Center for Economic Policy Studies (la Manhattan Institute for Policy Research), du Pacific Institute for Public Policy, du Centre for Independent Studies en Australie, de l’Atlas Institute et de plusieurs autres en Amérique Latine, aux États-Unis et ailleurs. Comme on peut le voir, ce personnage est très important, et sa fortune est sans doute un élément important dans la mise sur pied de tous ces organisations néo-libérales.

Des officines néo-libérales, naîtront une grande partie des idées de Margaret Thatcher. Un groupe assez important de ses conseillers, dont Keith Joseph et Geoffrey Howe, en seront directement issus. Dixon présente bien l’ensemble des liens et des ramifications entre les groupes de plusieurs régions d’Europe. Ayant des intérêts de plus en plus précis dans leur lutte contre l’économie du Welfare State (pour la réduction de l’État) et l’accusation contre les syndicats d’être des organismes qui abusent d’un pouvoir trop important, on voit poindre le discours qui caractérise encore aujourd’hui la pensée unique. L’ingouvernabilité de la société devient ainsi des concepts importants dans ce discours. Cette ingouvernabilité, c’est surtout l’impossibilité de la part des néo-libéraux de contrôler les travailleurs. Comme en Angleterre durant les années 70, où de longues grèves ont marqué les premières années du gouvernement Thatcher. On parlera de l’impossibilité de gouverner un État dans une situation d’anarchie causée par les conflits sociaux.

On vit émerger l’idée de « l’ingouvernabilité » d’une Grande-Bretagne dans laquelle même les syndicats contribueraient au travail de déstabilisation de la société. Tout était bon d’ailleurs, pendant ces années-là, pour étayer à longueur de page cette thèse de l’ingouvernabilité, dans ce que l’on n’appelait pas encore les tabloids mais aussi et de plus en plus dans le reste de la presse : de la guerre civile naissante en Irlande du Nord à la délinquance urbaine, de l’agitation estudiantine au hooliganisme footballistique, sans oublier le réveil nationaliste sur la périphérie écossaise et galloise, tout était désormais signe d’une évolution vers l’anarchie. (Dixon, 1998, p. 48-49)

Ceux qui ont connu les débats sur la politique internationale dans les années 70 et 80 retrouveront ici un discours connu. Discours de la Trilatérale portant sur l’impossibilité justement de gouverner. (24)

Il est sans doute important de parler d’un autre regroupement de néo-libéraux : le Adam Smith Institute. Il sera fondé en 1977 par Madsen Pirie et Eamonn Butler. Ce groupe est très lié historiquement, et même au niveau familial, avec l’Heritage Foundation des États-Unis. Les deux fondateurs ont fourbi leurs armes à l’Heritage Foundation avant de retourner en Grande-Bretagne pour mettre en place l’Adam Smith Institute (ASI). L’ASI est aussi très influent, grâce à ses ramifications, dans la reconstruction des pays de l’Est et dans la privatisation des sociétés d’État. La dénationalisation des sociétés d’État est d’ailleurs une de ses spécialités. Il soutient aussi le gouvernement Blair et le nouveau travaillisme. Certains voient même dans l’ASI un « relais de la CIA »(25). Même si ce dernier support de la CIA envers l’ASI mériterait des preuves un peu plus évidentes, il est intéressant de noter que le International Center for Economic Policy Studies (ICEPS) a été mis en place par un personnage qui deviendra plus tard un directeur de la CIA, M. Bill Casey. L’ICEPS deviendra le Manhattan Institute for Policy Research plus tard. Ramifications qui en disent long sur le rôle politique et stratégique de ces organismes.

La presse : les nouveaux chiens de garde

Par ailleurs, c’est sous un autre rapport que le livre d’Halimi aborde la droite, plus globalement, les forces conservatrices. Le livre d’Halimi est simple dans son approche. Les medias sont de plus en plus propriétés de grands consortiums. Cette situation entraîne un contrôle indirect sur le contenu des reportages ou des textes selon le support du media.

Il s’agit d’une pente qui peut être assez glissante, consistant à présenter les gens des médias comme des personnes à la solde de l’employeur, directement dans certains cas ou indirectement dans d’autres. En effet, il semble qu’en France, comme ailleurs, les journalistes soient quelque peu à la remorque des idéologies propres de leur employeur. Surtout lorsque l’on pense à l’évolution de plusieurs médias écrits importants comme le sont L’Express, le Nouvel Observateur, Libération… et plusieurs autres. Ces journaux et revues ont fait les beaux jours de la gauche socialiste dans les années 60 et 70. Selon Halimi, plusieurs membres de la profession de journaliste ne sont devenus que des chiens de garde. Halimi écrit en présentation de son livre que :

Ce texte n’a pas pour fin de discréditer des personnes, et moins encore une profession. Il est écrit par un journaliste qui, convaincu que les journalistes ne peuvent rien gagner à l’indulgence qu’ils accordent mutuellement, entend rompre le silence complice et apporter son témoignage critique, au lieu de se contenter de hurler avec les loups devant la moindre tentative d’objectivation. Il est écrit pour les journalistes qui font dignement leur métier et qui souffrent de l’image dégradée qu’en donnent certains. (Halimi, 1998, p. 8)

Ce n’est pas la profession qu’Halimi attaque, mais une certaine pratique professionnelle. On pourrait aller jusqu’à dire que la cible qu’il vise est l’autonomie fantoche que semblent défendre certains membres de la profession, mais qui dans leur pratique n’est rien d’autre qu’une défense de la stabilité d’une pensée qui se fait de plus en plus unique. Procédé connu dans les communications que l’on peut résumer par le concept d’action mimétique. Ce n’est pas toutefois le concept qu’utilise Halimi. Car pour lui, il s’agit plutôt d’un journalisme de révérence (p. 13 et ss.) qui correspond à une certaine époque du contrôle presque immédiat de l’information par l’appareil d’État (il n’y avait pas de télévision privée en France dans les années 1960-1980 environ) (p. 13)

Un exemple d’une pratique douteuse considérée comme normale pour la France; il semble habituel que les ministres et le président lui-même procèdent aux choix des journalistes qui les interviewe. En ce sens, si un ministre n’aime pas tel journaliste, ou bien si un ministre se sent plus à l’aise de discuter avec un tel au lieu d’un autre, il peut influer encore ce choix. Pire, il semble aussi que cela fasse partie d’une pratique consacrée. L’exemple donné est, à ce titre, élogieux. Il s’agit d’une crise causée par une idée d’émission qui voit deux hommes politiques, Mitterrand pour la France et Kohl pour l’Allemagne, se voir offrir un interview. La pratique française est ici mise à jour. Une liste de journalistes est proposée pour cette rencontre aux deux hommes politiques. Moeurs incompréhensibles en Allemagne (Le Monde, 25 mai 1994), normalité en France. Et le directeur de la chaîne télévisé de défendre:

En France, il est tout à fait normal de discuter avec l’Élysée du choix du journaliste qui pose les questions. Les relations que ceux-ci entretiennent avec le pouvoir politique, mais également avec le monde culturel, sont beaucoup plus étroites. (Halimi, 1998, p. 16)

Le livre d’Halimi est une suite de ces histoires un peu loufoques, drôles et tristes en même temps. D’ailleurs, les conclusions sont à cet égard très précises:

Des médias de plus en plus présents, des journalistes de plus en plus dociles, une information de plus en plus médiocre. Longtemps, le désir de transformation sociale continuera de buter sur cet obstacle. Face à un parti non déclaré, à une oligarchie dont on ne doit rien attendre, mieux vaut rechercher et encourager les voix dissidentes, conscients du caractère irréversible de leur marginalité médiatique. (Halimi, 1998, p. 102)

Bilan drastique, mais qui est modéré par la résistance d’une société qui voit dans ses pratiques les limites même des médias et du traitement de l’information. Le spectacle, ce n’est pas le réel. La docilité des journalistes, la vie le long du fleuve tranquille du discours officiel, l’impossibilité de penser le différend, voilà le constat de Serge Halimi, journaliste au journal Le monde diplomatique.

Résistance contre l’invasion néo-libérale et néo-conservatrice

Les pages qui précèdent ont la particularité d’être une sorte d’interprétation impressionniste des débats concernant la droite contemporaine. Il aurait été très intéressant de faire le lien entre cette droite et celle du fascisme et du nazisme et, d’établir les rapports de ces tendances avec l’ensemble du totalitarisme. On utilise d’une manière tellement idiote les qualificatifs de fascisme pour lui adjoindre n’importe quel contenu, c’est le cas récemment de René-Daniel Dubois. Innocence provocatrice, peut-être. Mais qu’en serait-il si au lieu de parler de fascisme à la québécoise, il disait avec la même innocence de l’intellectuel « bien pensant » qu’il se prétend être, que le nationalisme canadien est un symptôme de l’étroitesse d’esprit de ces derniers face à la culture américaine? Comment réagirait-on si au lieu d’accuser Jean Charest et Lucien Bouchard d’être les mêmes faces de Janus d’un nationalisme fascisant, on faisait la comparaison avec nos élites politiques fédéralistes? Poussont plus loin l’analyse. Dubois semble penser que le fascisme, c’est d’être critique face à un fédéralisme canadien aissi étroit que Stéphane Dion le propose : un fédéralisme de la centralisation et du drapeau canadien flottant au sommet de chacun des parlements provinciaux. Qu’en est-il de cette ambivalence d’un discours qui se voudrait progressiste, d’un discours qui en fait n’utilise que des images ternies par le temps d’une idéologie politique qui ne s’appuie que sur de la résignation? Car il faut bien le dire, René-Daniel Dubois est bien représentatif d’une génération d’intellectuels qui ne voient rien de mal dans la tyrannie de l’impérialisme américain (les Martineau et les Jean Barbe en tout genre dont la bêtise est proportionnelle à la fadeur de leurs propos), d’une génération plaignarde qui au lieu de se battre, s’apitoie sur des idées défaitistes du manque de place pour eux, du manque d’espoir ou du manque d’emploi. L’exigence de me reproduire comme classe sociale en tant seule valeur importante. En fait, il s’agit d’une génération qui, à force de vouloir aller ailleurs, vers d’autres horizons que ceux de la précédente, est pire qu’elle. Consciemment ou inconsciemment, les anti-babyboomers sont des clones grotesques des autres. À la différence que les babyboomers ont tenté des choses. Ils ont raté ce qu’ils ont essayé, mais au moins ils ont agi. Mais le plus triste, c’est que ce discours revendicatif se présente comme étant un discours du « donne-moi ce qui me revient ». Je caricature à peine. On ne revendique pas socialement, mais on revendique ce que « personnellement je crois valoir ». Aucune recherche, aucun questionnement social, aucune interrogation sur les causes de cette situation. C’est la victoire du discours unique. C’EST LA VICTOIRE D’UN DISCOURS INDISCUTABLE CAR AUTOPRODUCTEUR DE LUI-MÊME. Valeur sûre du néo-conservatisme : un discours où les effets d’une chose sont réduits à des causes fictives. Il y a là un détournement de réalité et un retour à l’individualisme propre à l’économie du laissez-faire. L’horizon d’attente n’est plus global ou utopique, mais vu comme immédiat. Le construit n’existe plus. Il y a la réalité et cette réalité est là, comme un donné.

J’ai l’impression, et elle augmente dans le temps, que Bourdieu touche à une question importante lorsqu’il dit:

On a là un exemple typique de cet effet de croyance partagée qui met d’emblée hors discussion des thèses tout à fait discutables. Il faudrait analyser le travail collectif des « nouveaux intellectuels » qui a créé un climat favorable au retrait de l’État et, plus largement, à la soumission aux valeurs de l’économie. Je pense à ce que l’on a appelé « le retour de l’individualisme », sorte de prophétie auto-réalisante qui tend à détruire les fondements philosophiques du welfare state et en particulier la notion de responsabilité collective (dans l’accident de travail, la maladie ou la misère), cette conquête fondamentale de la pensée sociale ( et sociologique). Le retour à l’individu, c’est aussi ce qui permet de « blâmer la victime », seule responsable de son malheur, et de lui prêcher la self help, tout cela sous le couvert de la nécessité inlassablement répétée de diminuer les charges de l’entreprise. (Bourdieu, 1998, p. 14-15)

Individualisme, réalisation individuelle, performance, auto-réalisation, sont toutes des notions propres à l’idéologie de « l’individu porteur de liberté ». Bourdieu affirme aussi que nous assistons à la mise en place, dans nos sociétés contemporaines, des doxosophes, des « techniciens-de-l’opinion-qui-se-croient-savant ». Idée ancienne mais importante à rappeler: les solutions du nihilisme individualiste sont à proscrire, il faut être capable de « mobiliser les volontés sans mystifier les consciences » (p. 17). C’est, je crois, l’important dans les argumentations propres à la critique. En ce sens, il est possible, à notre, avis de rapprocher Bourdieu et le programme de la Théorie critique. On entend habituellement par Théorie critique:

la recherche interdisciplinaire où s’articulerait une philosophie enrichie par les sciences positives, en particulier par les sciences sociales, et un travail empirique stimulé par la conscience philosophique des fins et enjeux de la connaissance du présent. Son objet propre serait en effet de discerner les pathologies, les crises du présent, afin d’accroître l’intelligence qu’en ont les agents, et, par là, de rendre possible une action historique éclairée qui viserait à les surmonter. (Haber, 1998, p. 10)

Le projet de l’École de Francfort était multidisciplinaire comme celui de Bourdieu. Le mélange heureux de la philosophie et des sciences sociales, les enquêtes sur le terrain, les débats avec les idées de l’époque, la volonté d’accroître l’intelligence du présent sont effectivement des pratiques propres à l’École de Francfort et de Bourdieu.(26)

Cette volonté de redécouvrir une critique de la société actuelle et de l’idéologie qui lui est propre est un leitmotiv de longue date de Bourdieu. C’est en ce sens qu’il propose depuis plusieurs années maintenant une lecture critique de plusieurs intellectuels de sa génération. Dans Contre-feux, par exemple, il tire à boulets rouges sur Sollers :

il est l’incarnation idéaltypique de l’histoire individuelle et collective de toute une génération d’écrivains d’ambition, de tous ceux qui, pour être passés, en moins de trente ans, des terrorismes maoïstes ou trotskiste aux positionx de pouvoir dans la banque, les assurances, la politique ou le journalisme, lui accorderont volontiers leur indulgence. (Boudieu, 1998, p. 19-20)

Au Québec, les mêmes rapports. Des historiens, des sociologues, des politicologues anciens du terrorisme, anciens du trotskysme, maoïstes du saint évangile léniniste, sont maintenant les tenanciers du discours conservateur ou libéral. Nouveaux moines de la technologie, défenseurs d’une communauté sacrée pour laquelle nos bassesses sociales sont par trop communes. Ils sont nos théoriciens d’un retour à la collectivité des citoyens, du ressourcement individuel dans la grande culture. Morale atterrée, morale du regret, morale que le capital est bon, mais que l’homme est mauvais. Que de lectures de Hobbes ou Locke ratées! Hobbes lu par le saint évangile léniniste : « penseur bourgeois »; Rousseau « rêveur bourgeois »; Locke « démocratie bourgeoise » etc…

Mais… passage à la bourgeoisie, le regret des tueurs d’idées, lamentations minables d’une jeunesse militante, remords et repentances d’une pratique orthodoxe et d’un manque flagrant d’idées voilà ce qui est prope au discours ambiant. En fait, un phénomène que l’on a identifié plus haut lorsqu’il était question de Daniel Bell et des anciens « gauchistes » des années 40 aux États-Unis. Sortie à droite toute, on gère le réel maintenant, fini le pelletage des nuages rouges de la révolution. C’est un peu comme des « Rêves des rêves » pour reprendre le titre d’un petit roman de Antonio Tabucchi.(27). On tente de rêver ce qu’aurait pu être la jeunesse perdue du militantisme de jeunesse. Je rêve que je recommence, je rêve que ma jeunesse est différente, même opposée à ce qu’elle a été. Pour me repentir, je refais le jeu à l’envers, je me convertis aux valeurs de la droite, car les valeurs de la gauche, j’y ai donné. Le petit livre rouge de Mao s’est changé en bonnes nouvelles du FMI ou de la Banque mondiale. Enfin, dans la société de l’information, il n’y aura plus de pauvreté, cette denrée sera nourricière d’une économie nouvelle, l’économie du savoir. De ce fait, les nations africaines sont heureuses de voir cette denrée nourricière à leur table. Mais il y a méprise, l’information et l’économie du savoir, c’est de l’immatériel. Que mange-t-on ce soir pour dîner, se demandent-ils? De l’immatériel disent les grands parleurs du FMI.

Mais au nom de la raison, celle du plus fort c’est certain, des discours aussi violents peuvent être aujourd’hui célébrés par nos anciens adorateurs du temple de la gauche. Elle n’était pas plurielle, elle ne sera plus pareille. Car notre acte de contrition, c’est de garder le silence, d’écouter les oiseaux chanter, de peiner au travail pour préparer une rente (REER de tout acabi). L’objectif est défini comme de raison. Mais cette raison, c’est le cynisme des enfoirés, de ces salauds qui deviennent la caution morale d’un monde de monopoles, nous les gendarmes du monde qui déguisons nos lacunes personnelles derrière des discours reposant sur le raisonnable. Car c’est de ce cela dont il est question dans le discours unique. « L’analyse nous montre… » « Objectivement on peut dire… » « Le Canada croit… »; « les partis politiques québécois sont fascistes… », « L’immense majorité de compagnies canadiennes devront procéder à des compressions pour rester concurrentielles sur le marché mondial »; « La bourse de Tokyo affichait hier une remontée extraordinaire… disent les spécialistes… »etc.

C’est encore défendre la raison que de combattre ceux qui masquent sous les dehors de la raison leurs abus de pouvoir ou qui se servent des armes de la raison pour asseoir ou justifier un empire arbitraire. (Bourdieu, 1998, p. 26)

Discours dominant. Mais voyons, nous sommes à l’époque de la fin des idéologies. La seule contradiction de la société du capitalisme avancé, c’est la culture. Pourquoi reprendre un discours critique, pourquoi se fatiguer à comprendre ce qui se passe autour de nous, les médias nous le disent bonne parole d’experts à l’appui, La Vita è bella comme dans le film de Benigni. Mais à quel jeu jouons nous, nous tous?

Ce qui est en jeu, aujourd’hui, écrit Bourdieu, c’est la reconquête de la démocratie contre la technocratie : il faut en finir avec la tyrannie des « experts », style Banque mondiale ou FMI, qui imposent sans discussion les verdicts du nouveau Léviathan, « les marchés financiers », et qui n’entendent pas négocier, mais « expliquer »; il faut rompre avec la nouvelle foi en l’inévitabilité historique que professent les théoriciens du libéralisme; il faut inventer les nouvelles formes d’un travail politique collectif capable de prendre acte des nécessités, économiques notamment (ce peut être la tâche des experts), mais pour les combattre et, le cas échéant, les neutraliser. (Bourdieu, 1998, p. 31)

Retour à la case départ. La critique des idéologies, la résistance, le combat d’idées sont tous des thèmes que l’on a vus et revus dans une multitude de textes et d’exposés ces dernières années. La lutte pour ci et pour ça, la résistance, on doit reconnaître que c’est un éternel recommencement. La démocratie c’est l’idée; les moyens la répétition.

Bourdieu propose à ce sujet des idées qui ne sont pas nouvelles. Fourbir ses armes, c’est à dire aller à l’encontre du discours qui dit « qu’il n’y a rien à opposer à la vision néo-libérale, qu’elle parvient à se présenter comme évidente, comme dépourvue de toute alternative. » (p. 34) Le discours néo-libéral est une banalité, une sorte de banalité, qui résulte d’une incantation symbolique que le monde est bien comme il est, qu’il est meilleur qu’il n’a jamais été et que critiquer ce fait, c’est faire preuve de fanatisme. À l’inverse, Bourdieu dit que les intellectuels doivent analyser ce discours, montrer et démonter son fonctionnement réel et symbolique. C’est l’inévitabilité de ce discours qui fait de lui son importance.

On sait, du moins c’est ce dont il est question ici, que les intellectuels sont importants dans le développement des idéologies néo-libérales et néo-conservatrices. Bien que Boudieu fasse une critique bien structurée de ce phénomène, il manque, à son livre, une perspective historique. C’est pourquoi je me suis longuement attardé à cette histoire du développement de la pensée, mais surtout des groupes de think tanks.

Il est important de revenir sur la question de ce qu’est le conservatisme et le libéralisme, en conclusion. Il est important de parler des effets pervers de ces idéologies, mais pour comprendre l’influence d’une idée, il faut comprendre cette idée et en saisir les motifs et les aboutissants.

Sur le conservatisme et le libéralisme: en guise de conclusion

Le néo-conservatisme est une version plus intelligente du conservatisme. La plupart des néo-conservateurs sont des libéraux qui rejettent la modernité culturelle propre au développement du capitalisme. La modernité culturelle est la motivation fondamentale du retournement néo-conservateur. Les néo-conservateurs constituent donc le mouvement politique qui a connu la plus grande influence dans les deux dernières décennies. À côté des conservateurs, dont les affiliations religieuses sont la principale caractéristique, les néo-conservateurs défendent des idées qui, à première vue, semblent reposer sur des postulats intéressants. Souvent les thèmes abordés par les néo-conservateurs sont les mêmes que ceux des penseurs critiques.

Ce qui frappe, écrivait Habermas à ce sujet, ce sont les convergences de la théorie néo-conservatrice avec les théories critiques de la société, quant au choix des phénomènes à élucider. Il va de soi que les descriptions respectives des phénomènes de crise sont différentes. Les néo-conservateurs ne cherchent pas les causes de la crise dans le fonctionnement de l’économie et de l’appareil d’État, mais dans les problèmes de légitimité culturelle et, d’une façon générale dans le mauvais rapport entre démocratie et culture. Ce qui les inquiète, c’est la prétendue perte d’autorité que subissent les principales institutions, en particulier le système politique. Par des expressions telles qu’« ingouvernable », « perte de confiance », « perte de légitimité », ce phénomène est présenté de façon suggestive. On commence alors par souligner « l’inflation » des revendications et les exigences mises en œuvre par la concurrence des parties, les mass-média, le pluralisme des associations, etc. (Harbermas, 1983, p. 1114-1115)

En fait, les néo-conservateurs défendent un principe de société qui tiendrait compte des effets de la modernité économique sur celle-ci. Ces derniers proposent une thérapie choc.

Les bureaucraties de l’État seront allégées par transfert au marché des charges qui grèvent le budget public. Étant donné qu’il s’agit en même temps d’encourager l’investissement, la réduction des charges devra s’étendre aux prestations sociales de l’État et d’une façon générale aux dépenses non productives. (Habermas, 1983, p. 1115)

On croirait que ce discours est celui de la Banque mondiale, ou du FMI, ou du ministre des Finances du Canada. Diminuer l’État, c’est lutter contre la révolution keynésienne. Les néo-conservateurs vont encore plus loin. Selon eux, il faut aussi réformer l’État dans son processus de fonctionnement et son mode de représentation. Ainsi parle-t-on d’une « surcharge utopique du niveau de légitimation démocratique » et de « l’énorme pression revendicative qui s’exerce à l’égard de l’État par voie de décisions démocratiques largement ouvertes à tous » (Habermas, 1983, p. 1116).

On cherche donc à résoudre l’omniprésence de la démocratie qui prendrait le dessus sur le libéralisme. (28) Mais ce mouvement, pour les néo-libéraux, est causé par une nouvelle classe d’intellectuels qui fracasse le système social bourgeois d’une critique sans fin. La cible des néo-conservateurs sera donc les idées de gauche, celles d’une social-démocratie qui tente de défendre des idées nouvelles dans la gestion et le déploiement de la démocratie. L’ingouvernabilité(29), est le thème fort d’une vision très particulière de la société. Le processus démocratique est ainsi saisi comme non-rentable. Encore ici on retrouve un discours connu au Canada, les mouvements d’autonomie des provinces étant toujours présentés comme des mouvements réactionnaires. Le Fédéralisme doit être rentable. La société civile trop autonome c’est la perte de gouvernabilité, on l’a vu plus haut à propos du gouvernement Thatcher.

Il s’agit d’une lecture très particulière de Max Weber qui est proposée par Daniel Bell et ses amis. Cette lecture peut être résumée par trois moments. 1) Une critique des intellectuels, surtout de leur rôle négatif dans le secteur de l’éducation et la transmission de la tradition; 2) La modernité culturelle serait le résultat d’une perte de sens obligatoire. Le monde technique n’est alors qu’une forme de domination instrumentale contre laquelle il faut lutter; 3) C’est par la tradition qu’il est possible de retrouver un sens au monde moderne. Les Lumières ont raté le besoin « de consolation » et il faut retrouver un sens éthique à la pratique humaine qui ne repose plus sur la simple religion (ce qui sépare les conservateurs et les néo-conservateurs).

Il n’y a aucun doute que ce programme semble à première vue s’attirer le soutien de plusieurs personnes. Pouvons-nous être contre une vision du monde qui permettrait à celui-ci de se sortir d’une crise de légitimation qui le marque depuis longtemps? Mais comme le rappelle Habermas, les néo-conservateurs confondent les causes et les effets de celles-ci.

Aux impératifs économiques et administratifs, les prétendues « contraintes objectives », qui ne cessent de monétariser et de bureaucratiser des sphères toujours plus larges de la vie, qui changent de plus en plus de relations humaines en marchandises ou en objets de l’administration – aux véritables foyers des crises sociales, ils substituent le spectre d’une culture envahie par la subversion. Cette analyse fausse révèle que la vie (Lebenswelt), même familiale, n’est pas aussi sacrée aux yeux des néo-conservateurs qu’ils le prétendent, dès qu’ils sont placés devant le choix. (Habermas, 1983, p. 1136.

On revient donc à la différence que l’on a tenté de montrer plus haut entre les néo-conservateurs et les néo-libéraux. Car pour ces derniers, il faut pousser à la limite un programme politique d’action qui:

accomplit un immense travail politique (dénié, puisqu’en apparence purement négatif) qui vise à créer les conditions de réalisation et de fonctionnement de la « théorie »; un programme de destruction méthodique des collectifs (l’économie néo-classique ne voulant connaître que des individus, qu’il s’agisse d’entreprises, de syndicats ou de familles). (Boudieu, 1998, p. 110)

On retrouve ici une différence fondamentale entre les néo-libéraux et les néo-conservateurs. Ces deux groupes se retrouvent sur une base commune dans la critique des alternatives privilégiant la société civile, ceci en rupture avec la pensée unique. Laissons à Bourdieu la conclusion de ce texte:

Mais ces mêmes forces de « conservation », qu’il est trop facile de traiter comme des forces conservatrices, sont aussi, sous un autre rapport, des forces de résistance à l’instauration de l’ordre nouveau, qui peuvent devenir des forces subversives, – à condition notamment que l’on sache mener la lutte proprement symbolique contre le travail incessant des « penseurs » néo-libéraux pour discréditer et disqualifier l’héritage de mots, de traditions et de représentations associés aux conquêtes historiques des mouvements sociaux du passé et du présent; à condition aussi que l’on sache défendre les institutions correspondantes, droit du travail, assistance sociale, sécurité sociale, etc. contre la volonté de les renvoyer à l’archaïsme d’un passé dépassé ou, pire, de les constituer, contre toute vraisemblance, en privilège inutiles ou inacceptables. (Bourdieu, 1998, p. 118)

En somme le message des quatre livres que nous avons recensés ici est simple. Nous les recommandons tous, car ils se complètent l’un et l’autre. Le monde est encore à transformer. Et c’est encore à une critique de l’idéologie qu’il faut s’attaquer, et cette fois-ci c’est à l’idéologie bicéphale des néo-libéraux et néo-conservateurs. Ils ne sont pas la même chose, mais un monstre à deux têtes qu’il faut combattre.

Roger Charland


NOTES:

(1)Je pense ici au livre magnifique, et malheureusement peu connu, d’Élise Marientras, Les mythes fondateurs de la nation américaine. Essai sur le discours idéologique aux États-Unis à l’époque de l’Indépendance (1763-1800), Paris, Éditions Complexe, 1992, 2e édition, 373 p. (Retour à la page)

(2)Friedrich von Hayek, Route de la servitude, Paris, Presses Universitaires de France, 1993. Ce livre sera publié en 1945 sous un format bien spécial. Il paraîtra en plusieurs parties dans le Selection du Reader’s Digest. Pour les détails, voir les commentaires dans Keith Dixon, Les évangélistes du marché, Paris, Liber – Raison d’agir, 1998. (Retour à la page)

(3)Voir l’excellent livre de Keith Dixon que nous présenterons en deuxième partie de ce compte rendu. (Retour à la page)

(4) Willimore Kendall « Three on the Line » in National Review, 16 août 1957 cité par Kessler, op.cit. p. 33 (Retour à la page)

(5) William F. Buckley, God and Man at Yale, Chicago, Henry Regnery, 1951, p. xii-xiii. Cité par Kessler, op.cit. p. 33-34. (Retour à la page)

(6) Friedrich von Hayek, « Pourquoi je ne suis pas conservateur », in La Constitution de la liberté, Paris, 1993, p. 399. Cité par Kessler, op.cit. p. 39-40. (Retour à la page)

(7) Ce concept est utilisé depuis quelques années pour caractériser la gauche qui au lieu de promouvoir l’avancée dans le progrès et le développement critique les acquis de la Modernité, considère important le retour à des valeurs communautaires qui seules mèneraient à la libération et à une bonne vie. Ce concept est largement utilisé à l’heure actuelle pour caractériser le gouvernement de Tony Blair en Grande-Bretagne. Voir le numéro de New Left Review, sur le nouveau parti travailliste anglais intitulé « New Labour, old danger », no. 219. (Retour à la page)

(8) Pierre Grémion, Intelligence de l’anticommunisme. Le Congrès pour la liberté de la culture, 1950-1975, Paris, Fayard, 1995. Et du même auteur Preuves, une revue européenne à Paris, Paris, Julliard, 1989. Preuves fut financée par la CIA. De grands intellectuels français y ont écrit des textes. À ce sujet le texte de Pierre Bourdieu, « Le mythe de la « mondialisation » et l’État social européen » in Contre-feux, Paris, Liber, Raisons d’agir, 1998, pp. 34-35. (Retour à la page)

(9) Daniel Bell, Vers la société post-industrielle, Paris, Laffont, 1976. Et Les contradictions culturelles du capitalisme. Paris, Presses Universitaires de France, 1979, 292 p. (Retour à la page)

(10) Nathan Glazer, « On Being Deradicalized » in Commentary, octobre 1970, cité par Kessler, op.cit. p. 60. (Retour à la page)

(11) Pour une histoire de cette époque et le rôle des intellectuels conservateurs Russell Jacoby, The Last Intellectuals. American Culture in the Age of Academe, New York, The Noonday Press, 1989, 289 p. Voir entre autre les commentaires sur Kirk et la liberté académique p. 204 et 205. Pour une autre version de cette question de la liberté académique, le texte d’Elvio Buono dans nos pages. (Retour à la page)

(12) Irving Kristol, « L’anticulture des intellectuels » in Réflexions d’un Néo-conservateur, p. 65 cité par Kessler, op.cit. p. 71-72. (Retour à la page)

(13) Kessler, idem, p. 72. (Retour à la page)

(14) Robert Bartley, « Irving Kristol and the Public Interest » in The Alternative, june-september 1972 cité par Kessler, op.cit. p. 77-78. (Retour à la page)

(15) Irving Kristol, « Confession d’un vrai néo-conservateur », in Réflexions d’un néo-conservateur, p. 110. (Retour à la page)

(16) Idem, p. 11-12 (Retour à la page)

(17) Aaron Wildavsky, « Using public Founds to Serve Private Interests », in Society, 10 february 1979 cité par Kessler, op. cit. P. 85. (Retour à la page)

(18) Robert Nisbet, The Quest for Community: A study in the Ethic of Order and Freedom, New York, 1953, réed. 1990, p. 65 cité par Kessler, op.cit. p. 96. (Retour à la page)

(19) Voir notre compte rendu de Petrella dans le deuxième numéro de HERMÈS. (Retour à la page)

(20) Pour cette histoire: Keith Dixon, Les évangélistes du marché. Les intellectuels britaniques et le néo-libéralisme, Paris, Raisons d’agir – Liber, 1998, 111 p. Perry Anderson, « Histoire et leçons du néo-libéralisme. La construction d’une voie unique » in page 2, [ http://web.fasnet.ch/page2/p2_neolib_anderson.html ] Charles-André Udry, Von Hayek: Des postulats largement diffusés. Un pèlerin prosélyte [ http://fastnet.ch/page2/p2_neolib_udry.html ]; et Richard Cockett, Thinking the Unthinkable. Think-tanks and the Economic Counter-Revolution, 1931-1983, Londre, Fontana Press, 1995. (Retour à la page)

(21) Dixon parle à la page 20 de Polanyi comme auteur de La grande transformation. Mais il y a erreur sur la personne. Karl Polanyi est l’auteur de La grande transformation, ce n’est pas Michael Polanyi qui lui est membre fondateur de la Société du Mont Pèlerin. (Retour à la page)

(22) L’histoire de la Société du Mont-Pèlerin est encore à faire. Mais pour les premières années de ce groupe : C. Pasche et S. Peters « Les premiers pas de la Société du Mont-Pèlerin ou les dessous chics du néolibéralisme » in Les Annuelles, no. 8, 1997, pp. 191-216. Une histoire favorable a été publiée aux États-Unis par R.M. Hartwell, A History of the Mont Pelerin Society, Liberty Foundation, 1995, 250 p. (Retour à la page)

(23) Le texte de Susan George est très important à ce sujet. « Comment la pensée devint unique » in Le Monde Diplomatique, août 1996, p. 16-17. Mais aussi le texte de Perry Anderson, op.cit. (Retour à la page)

(24) Voir mon texte sur la mondialisation dans le numéro 2 de HERMÈS ou je discute de la Trilatérale dans le cadre plus global de la mondialisation. (Retour à la page)

(25) Radhika Desai « Second-Hand dealers in Ideas: Think Tanks and Thatcherite Hegemony » in New Left Review, no. 203, 1994, pp. 27-64. Et sur le gouvernement Blair et ce qu’il représente voir le numéro spécial de New Left Review, « New Labour, Old Danger » no. 219. (Retour à la page)

(26) Sur l’École de Francfort la littérature est gigantesque. La meilleure histoire intellectuelle est celle de Rulf Wiggershaus, L’École de Francfort. Histoire, développement, signification. Traduit de l’Allemand par Lilyane Deroche-Gurcel, Paris, Presses universitaires de France, coll. Philosophie d’aujoudhui, 1993 (1986), 694 p.; En anglais c’est Martin Jay, L’imagination dialectique. Histoire de l’École de Francfort et de l’Institut de Recherches Sociales (1923-1950), Traduit de l’américain par E.E. Moreno et Alain Spiquel, Paris, Éditions Payot, collection Critique de la politique, 1997 (1973), 416 p. Je reviendrai bientôt sur cette École dans un prochain numéro de HERMÈS. (Retour à la page)

(27) Antonio Tabucchi, Rêves de rêves, Traduit de l’italien par Bernard Comment, Paris, Christian Bourgois Éditeurs, collection Domaine étranger, 1994 (1992), pp. 159. (Retour à la page)

(28) Nous reviendrons à ce débat bientôt à propos de Norberto Bobio. (Retour à la page)

(29) Voir notre article sur la mondialisation dans le numéro 2 de HERMÈS portant sur la mondialisation et la partie du texte sur la profession de bibliothécaire sur la société de l’information et la mondialisation. (Retour à la page)


ANNEXES:

(*) Ce long passage est tiré de Liberalism in America: A Note for Europeans by Arthur Schlesinger, Jr. (1956) extrait de The Politics of Hope (Boston: Riverside Press, 1962). Il exprime bien cette idée d’une Amérique différente de l’Europe quant à l’évolution historique et aux liens entre le libéralisme et le conservatisme. Des idées similaires seront aussi développées dans un autre livre de Schlesinger, The Vital Center.

The use of words like « liberalism » and « conservatism » immediately raises questions of definition. The absence of a feudal tradition, of course, has gravely affected the character of American « conservatism. » It has deprived American conservatism of the instinct to be responsible as well as the instinct to kill, of both decorum and of terror, reducing it, on the whole, to expressions — or, rather, ejaculations — of individual or class self-interest. In recent years a school of New Conservatives has sought to rehabilitate the tradition of American conservatism. But, since many of the New Conservatives take positions on immediate issues which are closer to the views of American liberals than of American conservatives, the semantic confusion has only been compounded.

Accepting the theory of America as essentially a liberal society, how can one distinguish the liberal and conservative tendencies within that society? Some of the New Conservatives tell us that the liberal believes in the perfectibility of men, while the conservative has a conviction of human fallibility and of original sin. Yet no one has preached more effectively to this generation of the reality of human imperfection than the liberal (in politics, at least) Reinhold Niebuhr, while it was Andrew Carnegie, a conservative, who used to say of man that there was no « conceivable end to his march to perfection. » And it would be hard to argue, for example, that the words of Dwight D. Eisenhower, the conservative, show a greater sense of the frailty of human striving or the tragedy of the human condition than those of the liberal Adlai Stevenson.

Similarly, it is difficult to believe that the crucial distinction lies in the attitude toward the role of the state. Thus the conservatives Alexander Hamilton and John Quincy Adams and the liberal Franklin D. Roosevelt agreed in advocating government direction of the economy, while the liberal Thomas Jefferson and the conservative Herbert Hoover agreed in wishing to limit the power of the state.

Nor does the distinction lie in the question of civil freedom. Some liberals have been majoritarians with a limited concern for the rights of minorities; some conservatives have been valiant defenders of the liberties of conscience and expression. Nor does it even really lie in the question of private property. While conservatives have been the more vigilant champions of private property, liberals have perhaps stood more consistently for the rights of property in Locke’s original sense of a product of nature with which man mixes his labor.

All this ambiguity and even interchangeability of position testify once again to the absence of deep differences of principle in American society. « Each is a great half, » wrote Emerson of the liberal and the conservative, « but an impossible whole. Each exposes the abuses of the other but in a true society, in a true man, both must combine. » In elaborating on the character of each « great half, » Emerson went on to define the diverging tendencies which liberalism and conservatism have embodied within the American consensus. His distinction, I think, is still useful today.

For Emerson the basic difference was between the party of the past and the party of the future, between the party of memory and the party of hope. It is still true that the American liberal believes that society can and should be improved, and that the way to improve it is to apply human intelligence to social and economic problems. The conservative, on the other hand, opposes efforts at purposeful change — especially when they threaten the existing distribution of power and wealth — because he believes that things are about as good as they can be reasonably expected to be, and that any change is more likely than not to be for the worse.

The liberal belief in working for change does not mean that he regards human reason as an infallible or incorruptible instrument, or that he thinks utopia is just around the corner. But it does mean that he feels that history never stands still, that social change can better the quality of people’s lives and happiness, and that the margin of human gain, however limited, is worth the effort.

Nor will the conservative in all cases and occasions resist change. But he inclines to accept it only when the intellectual case for it is overwhelming and the political pressure for it irresistible. Up to that point, he clings stubbornly to that which he knows and to which he is habituated. « The castle which conservatism is set to defend, » said Emerson, « is the actual state of things, good and bad. »

Enough should have been said by now to indicate that liberalism in the American usage has little in common with the word as used in the politics of any European country, save possibly Britain. Liberalism in America has been a party of social progress rather than of intellectual doctrine, committed to ends rather than to methods. When a laissez-faire policy seemed best calculated to achieve the liberal objective of equality of opportunity for all — as it did in the time of Jefferson — liberals believed, in the Jeffersonian phrase, that that government is best which governs least. But, when the growing complexity of industrial conditions required increasing government intervention in order to assure more equal opportunities, the liberal tradition, faithful to the goal rather than to the dogma, altered its view of the state.

The process of redefining liberalism in terms of the social needs of the 20th century was conducted by Theodore Roosevelt and his New Nationalism, Woodrow Wilson and his New Freedom, and Franklin D. Roosevelt and his New Deal. Out of these three great reform periods there emerged the conception of a social welfare state, in which the national government had the express obligation to maintain high levels of employment in the economy, to supervise standards of life and labor, to regulate the methods of business competition, and to establish comprehensive patterns of social security. This liberal conception won, in a sense, its greatest triumph in the election o[ 1952 when the Republican party, as the party of conservatism, accepted as permanent the changes wrought in the American scene by a generation of liberal reform.

The ideological content of modern American liberalism has been less coherent than its political and administrative evolution. The two Roosevelts and Wilson were ideologists only in the broadest and loosest sense. Their oratory dealt in mood and in program rather than in philosophy; and, with inspired eclecticism, they drew on all types and sources for their ideas and policies. In the 1920’s, however, a liberal ideology did begin to crystallize, deriving its main tenets from the philosophy of John Dewey and from the economics of Thorstein Veblen. Dewey, with his faith in human rationality and in the power of the creative intelligence, gave this ideological liberalism a strong belief in the efficacy of overhead social planning; and this bent was reinforced by Veblen, who detested the price system and the free market and thought that the economy could be far more efficiently and sensibly operated by a junta or soviet of engineers.

This liberal ideology, with its commitment to central governmental planning, was shattered, however, by the experience of the New Deal. Men in the Dewey-Veblen tradition tended to regard the New Dealers as hopeless improvisers and opportunists, engaged in the futile patching of an old system when they should have been consecrated to the triumphant creation of a new one. But in time it began to appear that the somewhat helter-skelter, catch-as- catch-can improvisations of the New Deal were more true to the helter-skelter, catch-as-catch-can conditions of American society than any rational central Gosplan could have been. What at first seemed the vices of pragmatism and expediency in the New Deal came later to be regarded as among its greatest virtues. (Pertinent references to John Dewey may be found in William Whyte’s Organization Man.)

In this process, Dewey and Veblen lost their hold on American liberalism. They have been more or less replaced in recent years as guiding influences by Reinhold Niebuhr and John Maynard Keynes. Niebuhr, the neo-orthodox theologian, has provided a more realistic and searching picture of man than Dewey’s image of a rational and cooperative planner. The Niebuhr restatement of the Christian conception of human nature has made it easier for the present generation to understand the suprarational extremities of cruelty and of sacrifice in this tragic century. And Keynes has made available a far more useful, flexible, and intelligent set of economic ideas than those of Veblen. The Keynesian emphasis on indirect controls — on fiscal and monetary policy — rather than on direct, physical, quantitative controls of the Veblen type has persuaded American liberalism that central economic management may be reconciled with the decentralization of decision and the technical advantages of a price system and a free market.

The broad liberal objective is a balanced and flexible « mixed economy, » thus seeking to occupy that middle ground between capitalism and socialism whose viability has so long been denied by both capitalists and socialists. American liberalism, it should be emphasized, is antisocialist, where socialism retains its classical connotation of state ownership of the basic means of production and distribution. This is partly because American liberals doubt whether bases for political opposition and freedom can survive when all power is vested in the state; liberty, if it is to be guaranteed by anything but the self-restraint of the rulers, must have resources of its own inaccessible to the state. And the antisocialism of American liberals derives also from an estimate of the administrative difficulties of a socialist system. If substantial abundance and equality of opportunity can be achieved through a system of mixed enterprise, why throw up a rigid and oppressive structure of state bureaucracy? The humane, as distinct from the institutional, goals of socialism can be better achieved, American liberals feel, through diversifying ownership rather than concentrating it.

American liberalism believes that in this respect it has made a major contribution to the grand strategy of freedom. Where both capitalists and socialists in the 1930’s were trying to narrow the choice to either/or — either laissez-faire capitalism or bureaucratic socialism — the New Deal persisted in its vigorous faith that human intelligence and social experiment could work out a stable foundation for freedom in a context of security and for security in a context of freedom. That faith remains the best hope of free society today.

Contemporary American liberalism thus has no overpowering mystique. It lacks a rhapsodic sense. It has jettisoned many illusions. Its temper is realistic, even skeptical. Its objectives are limited. It is mistrustful of utopianism, perfectionism, and maximalism. It abhors the maudlin sloganism of the popular front of the ’30’s. It refuses to believe that lofty aspiration excuses cruel oppression. In particular, it lacks patience for those who can pronounce societies « progressive » which develop huge and terrible systems of forced labor and deny freedom of expression and movement to the bulk of their populations.

Some Europeans feel that this realistic mood is an expression of weariness and defeat, if not a confession of cowardice. Yet American liberalism feels that realism is the source of strength, and that illusion, while productive of momentary enthusiasm, will be in the end a source of catastrophe. And American liberalism can point to concrete national gains even in the period of the cold war — to the great strides toward achieving better opportunities for Negroes, to the maintenance of high levels of employment, to the extension of the system of social security, to the eventual defeat of Senator McCarthy; not to speak of such extraordinary world initiatives as the Marshall Plan and Point Four.

Even under a conservative administration, these liberal impulses will continue to have effect. Even the Republican party, on the whole, is « conservative » only in the special American sense. For all its tendencies toward ignorance and self-righteousness, that party is far from blind reactions and will, in the end, accept the arbitrament of reason and debate.

One can understand how the excesses of certain American politicians in recent years may have shaken world faith in the essential liberality of the American political tradition. Yet that tradition and its liberality rest on something deeper and solider than official rhetoric or pious hope. American liberalism, in the broad sense, is an expression of the total national experience — a fact which will doubtless become evident to the world again when American liberalism, in the more restricted sense, returns to political power.


Tiré de page 2 [ http://www.fastnet.ch/page2/p2_neolib_encart.html ]

La Société du Mont-Pèlerin

Trente-six personnalités participent à la conférence du Mont-Pèlerin du 1er au 10 avril 1947. Des représentants de trois publications américaines importantes doivent être mentionnés: J. Davenport de Fortune Magazine, H. Hazlitt de Newsweek. et G. Révay du The Readers' Digest dans lequel une version résumée de La route de la servitude de von Hayek avait été publiée. L'essayiste Bertrand de Jouvenel, qui vit alors à Chexbres (Vaud), est aussi présent. Voici quelques brèves indications sur les principaux acteurs de la mise en place de la Société du Mont-Pèlerin. - Réd.

Maurice Allais (né en 1911)
Diplômé de l’Ecole nationale des Mines, il sera professeur d’analyse économique dans cette institution et chercheur au CNRS. Il publie en 1943 A la recherche d’une discipline économique qui sera réédité sous le titre Traité d’économie pure, puis en 1947 Economie et intérêt. Il obtiendra la médaille d’or du CNRS en 1979 pour « ses travaux de pionnier sur la théorie des marchés et l’utilisation efficace des ressources ». Il sera le professeur d’Edmond Malinvaud, futur directeur de l’INSEE, de Marcel Boiteux, futur président d’EdF, et de Thierry de Montbrial, directeur de l’Institut français des relations internationales.

Milton Friedman (né en 1912)
Economiste, professeur à l’Université de Chicago à partir de 1948. Il écrit régulièrement dans l’hebdomadaire américain Newsweek et acquiert de la sorte une vaste popularité. Conseiller économique d’organismes officiels tels que la Banque centrale américaine (Federal Reserve), du Parti républicain (entre autres de son candidat, très à droite, à la présidence en 1964, Barry Goldwater) et des présidents Nixon et Reagan. Il est un des chefs de file de l’Ecole de Chicago qui incarne le courant néo-libéral. Prix Nobel d’économie en 1976.

Frank Dunstone Graham (1890-1949)
Economiste, spécialiste du commerce international, il enseigne à l’Université de Princeton.

John Jewkes (1902- ?)
Economiste, il enseigne à l’Université de Manchester de 1949 à 1969. Durant la guerre, il est responsable des programmes de la production aéronautique britannique. C’est un avocat de l’économie de marché libre dont il vante les mérites à l’opposé de la planification et de la propriété gouvernementale. Il a porté des attaques à l’encontre du Service national de la santé en Grande-Bretagne.

Friedrich August von Hayek (1899-1992)
Il fait ses études à Vienne où il suit le « Privatseminar » de Ludwig von Mises. Il s’intéresse dans un premier temps aux cycles économiques. Il enseigne avant-guerre à la London School of Economics. Après la guerre, il met l’accent dans ses recherches sur la psychologie, la philosophie politique, la philosophie du droit et l’histoire des idées. Dans La route de la servitude, il développe la thèse selon laquelle toute « socialisation de l’économie » et tout interventionnisme de l’Etat dans le marché débouchent sur la suppression des libertés, y compris politiques. Dès 1950, il travaille à l’Université de Chicago. La constitution de la liberté et Droit, législation et liberté (1973) sont ses deux oeuvres majeures. En 1974, il obtient le prix Nobel. Son opposition à l’étatisme – qui va jusqu’à l’opposition à l’existence de banques centrales – explique l’auto-qualification de « libertaire ». Von Hayek est une référence centrale du courant néo-libéral, même si ses contributions sont « digérées » de manières diverses.

Frank Hyneman Knight (1885-1962)
Il enseigne à l’Université de Chicago de 1927 à 1948. Il présidera l’Association des économistes américains. Il s’est attaché entre autres à la définition de la concurrence parfaite.

Salvador de Madariaga (1886-1978)
Ingénieur, journaliste, diplomate espagnol. Dès 1921, il préside la Commission du désarmement de la Société des Nations à Genève. Durant la Guerre civile espagnole, il sera brièvement ministre de l’Instruction publique, puis ambassadeur à Washington et à Paris. Avec la défaite de la République, Madariaga, en exil, sera enseignant à Oxford, au Mexique, aux Etats-Unis. Dans l’après-guerre, il présidera le Collège de l’Europe de Bruges, institution du Mouvement européen.

Ludwig von Mises (1881-1973)
Economiste autrichien, professeur à l’Université de Vienne de 1913 à 1938, puis à l’Université de New York de 1945 à 1969. Son oeuvre a trois centres d’intérêt: l’économie comme science rationnelle des choix, la monnaie, et l’impossibilité d’un calcul économique en régime socialiste, en raison d’une absence de prix de marché libres.

Fritz Machlup (1928-1983)
Economiste. Il fait sa thèse de doctorat sous la direction de Ludwig von Mises à Vienne. Dans les années 30, il se rend aux Etats-Unis où il enseigne successivement à la University of Buffalo, à la John Hopkins University, puis à Princeton et dès 1971 à la New York University. Machlup concentra ses recherches dans deux domaines: le système monétaire international et l’organisation industrielle.

Karl Raimund Popper (1902-1994)
Philosophe. Il passe son doctorat à Vienne en 1928. De 1945 à 1969, il est professeur de logique et de méthodologie des sciences à la London School of Economics and Political Science. En 1945, il publie La société ouverte et ses ennemis, qui sera aussi un ouvrage de référence de la Société du Mont-Pèlerin.

William E. Rappard (1883-1958)
Dès 1913, il détient la chaire d’histoire économique de l’Université de Genève. Il jouera un rôle important dans le cadre de la Croix-Rouge, de la Société des Nations, etc. Dans les années 30-40, à la tête de l’Institut universitaire de hautes études internationales, il invite des professeurs tels que L. Robbins, F. A. von Hayek, mais aussi Emile Vandervelde et Harold J. Laski. Dans le Journal de Genève (12 février 1945), il salue la publication du livre de son collègue et ami F. A. von Hayek, The Road of Serfdom. La thèse de von Hayek lui paraît « fort intéressante, partiellement juste, mais sensiblement exagérée ». Pour une biographie détaillée, le lecteur peut se rapporter au récent ouvrage de Victor Monnier, William E. Rappard (éd. Slatkine 1995).

Lionel Robbins (1898-1984)
Economiste. Il étudie puis enseigne à la London School of Economics. Dans ses écrits, il fait connaître les élaborations des économistes de l’Ecole autrichienne (von Mises). Influencé par ces théories, il s’oppose lors de la crise des années 30 aux propositions de Keynes. Il modifie sa position après son expérience comme conseiller du gouvernement britannique durant la guerre.

Wilhelm Röpke (1899-1966)
Economiste allemand. Opposant au national-socialisme, il s’exile. Il enseigne de 1937 à 1967 à l’Institut universitaire de hautes études internationales à Genève. Il sera l’un des conseillers du ministre de l’économie démocrate-chrétien allemand Ludwig Erhard, qui lancera la formule « économie sociale de marché ». L. Erhard participera à des réunions de la Société du Mont-Pèlerin.

Georges Joseph Stigler (1911- ?)
Economiste. Il étudie à l’Université de Chicago avec Milton Friedman; son directeur de thèse est F. H. Knight. Stigler fera un travail d’historien de l’économie néo-classique. Il fera aussi des travaux en micro-économie et dans le domaine de l’organisation industrielle. Dans les années 60, il met en question le rôle de la régulation de l’Etat dans l’économie. Il fait partie de l’Ecole de Chicago où il a enseigné durant l’essentiel de sa carrière.

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Bibliothécaire des Appalaches
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