Clifford Stoll, Silicon Snake Oil : second thoughts on the information highway.New York, Doubleday, 1995, 247 p. par Pierre Blouin

Clifford Stoll, Silicon Snake Oil : Second Thoughts on the Information Highway. New York : Anchor Books, 1995, 241 p. ISBN : 0-385-41994-5
Pierre Blouin

Les nouvelles sentinelles de l’air virtuel

I’m on a virtual team, one that seldom meets and never have parties. I’m truly a cog in some invisible machine. Probably, you can find a job where you never meet anyone. Perhaps you’d be a fire spotter on a New Mexico mountaintop or the lookout for an Aleutian military base. One of the promises of the Internet is short-term collaborations without meetings. Sounds as lonesome as that lookout. (p. 101)Our professional literature on automation has too long been dominated by cheerleading and how-to-do-it accounts ; critical analysis has been rare (…) It’s not just that users can now determine the presence of a book on the shelf in their neighbourhood library from home or find a specific fact in an online tool, but the Information Age has magnified the power of an elite and left average citizens increasingly without meaningful voic (…) Providing computer operations because they are available rather than because they are needed, while good for the computer industry, may not be good for libraries and library users.

(Suzanne Hildenbrand, School of Information and Library Studies, State University of New York at Buffalo, commentant le livre dans Library Quarterly, Vol. 66, no 4, 1996, p. 469-470)

Ce livre, écrit par un astronome et pionnier de l’Internet, ne peut laisser indifférent. D’abord et avant tout, il y a le ton, ironique et sarcastique, et cet humour pince-sans-rire qui ne fait pas trop dans le style ampoulé académique ou « sérieux ». Mais bien sûr, cet aspect est une faiblesse du livre ; on a en fait affaire ici à un heureux mélange de désinvolture et de philosophie dans cet essai, qui a introduit à l’époque de sa parution une bouffée d’air frais dans le discours « scientifique » sur l’utopie informationnelle. Il intéressera particulièrement les bibliothécaires.

À sa parution, en effet, ce fut un des premiers, sinon le premier, des ouvrages critiques globaux sur Internet. Acclamé par la grande presse américaine, il s’est fait certainement le manifeste d’une réaction contre l’ordinateur et les réseaux planétaires, lors de la naissance de ces derniers. Il faut parcourir cet ouvrage avec la conscience qu’il fut aussi (nécessairement) le manifeste d’un certain néo-conservatisme, axé sur la communauté, les valeurs américaines, et un sens certain de la tradition où toute une classe socio-économique dérangée par la technologie s’est reconnue. Ce qui n’enlève absolument rien à la pertinence et à l’intelligence des remarques qu’on y lit, et aux analyses que l’auteur y fait, pour peu qu’on aille au-delà de ces traits secondaires et qu’on lise effectivement le livre. Car aujourd’hui comme en 1994-1995, une réflexion philosophique d’ensemble sur ces questions est d’une urgence toujours présente. Pour nous qui pensons la technologie et s’efforçons d’y porter un regard de critiques et non de « nostalgiques », ce livre constitue presque une pièce historique.

L’auteur part de ses expériences personnelles pour nous amener à considérer un ensemble de faits, allant du trivial au théorique ; la méthode est typiquement américaine, pragmatique et s’applique à merveille à la réflexion sur la technologie et sa logique.

« And so, I’m writing this free-form meditation out of a sense of perplexity. Computers themselves don’t bother me; I’m vexed by the culture in which they are enshrined » (p. 3).  « As computers evolve, so do my opinions toward them (…) In advance, I apologize to those who expect a consistant position from me. I’m still rearranging my mental furniture » (idem). Nous sommes donc avertis dès le départ du caractère plutôt méditatif de l’essai, ce qui en fait la saveur et le mordant.

Une des parties les plus originales du livre est celle qui traite de la comparaison entre l’autoroute électronique et l’autoroute réelle. Lors de son apparition dans les années 50, après un début prometteur sous l’Allemagne nazie, il faut aussi le dire, le système autoroutier est acclamé par un tas de gens : politiciens, fermiers, routiers, manufacturiers automobiles, syndicats de la construction. Mais qui a affirmé, voire prévu, que ces autoroutes allaient constituer un cauchemar dans les villes, détruisant leur tissu géographique et social, dévisageant la campagne, inventant les bouchons aux heures de pointe et le désert de la banlieue ? (Quand on songe que le père de Al Gore fut un grand entrepreneur d’autoroutes, en ces temps bénis de la croissance américaine). Coûts économiques versus coûts humains : lesquels importent le plus, selon vous, nous demande Stoll.

« I do want people to think about the decisions they’re making. It’d be fun to write about the wonderful times I’ve had online and the terrific people I’ve met through the modem, but [ I say]  : You’re entering a nonexitent world. Consider the consequences » (pp. 3-4).

« Overpromoted, the small, intimate benefits of the Internet are being destroyed by their own success » (p. 10).

Le rapport Gore sur la National Information Infrastructure de septembre 1994 se voulait une rationalisation des bénéfices d’Internet au plan économique et politique, ce qui s’est traduit par des objectifs de réduction des soins de santé (36 billions $ par année), coupures effectuées par ceux-là même qui visaient « à préparer nos enfants pour l’économie du savoir », et à ajouter ainsi 100 billions au PNB du pays durant les dix prochaines années… On n’oubliait pas non plus la création de 500 000 nouveaux emplois pour 1996, ainsi que l’amélioration de la qualité de vie au travail (pp. 9-10).

Dès ce moment, Stoll se demande la folie du lemming ne s’est pas emparée des technologues. Pourquoi tant d’intérêt mis sur le réseau ? (Le lemming est cet animal nordique qui court partout et semble désorienté).

Les groupes de discussion ont des comportements primitifs, remarque Stoll, ils sont asociaux et laissent libre cours à une agressivité protégée par l’anonymat, se défoulant, par ce moyen, du stress imposé par notre société. On voudrait idéalement que chacun se plie à cette forme de discussion, sinon on reste derrière le changement, on s’exclut. En fait, c’est la loi de Gresham qui s’applique ici, souligne Stoll : le « babble » élimine le vrai dialogue. N’est-ce pas le but de ce processus, peut-on se demander ?

Stoll est un utilisateur d’Internet, clame-t-il, et un passionné en plus. Il n’a donc rien d’un « réactionnaire sentimental » (dixit un de ses amis), ou d’un craintif face aux NTI. Mais il tient encore au monde réel, à sa richesse, à sa culture, à l’intérêt qu’on lui prête : c’est peut-être ce qui le sépare des technojunkies. Il refuse la technologie comme bulle, comme île.

Ce que Stoll sentait très bien, c’est cette réduction, cet aplatissement aseptisé de l’expérience humaine par le réseau virtuel. Il ne cesse de dénoncer ces effets tout au long de son livre. Que ce soit le simple magasinage, la consultation des livres, la communication de personne à personne, le commerce avec le marché qui est composé lui aussi de personnes d’abord, l’auteur nous ramène au sens premier du face à face. Malgré tous les raffinements de l’échange en réseau, le commerce, par exemple, perd son sens s’il n’est pas un échange vivant et culturel, ce qu’il a été depuis les débuts de l’humanité, du moins jusqu’à la Révolution industrielle. Les notions de rite et de sacré ont aussi leur importance dans l’expérience humaine, et c’est que la totalité technologique veut évacuer dans ses phantasmes de purification (mot bien à la mode aujourd’hui s’il en est, et pour de tout autres raisons…). La maison informatisée n’est-elle pas un asile pour handicapés, incapables de faire la moindre chose par eux-mêmes ?

La bibliothèque n’est qu’un autre phantasme pour Stoll. Mais au-delà de ses interrogations fondées sur la limitation technique de la numérisation et des mémoires, il faudrait aussi demander ce qu’il va advenir du savoir et de la mémoire dans une société totalement définie par le seul critère de l’accès, de la consommation et de l’information. Une telle structure mentale ne peut que viser l’exclusion de la connaissance pour se réaliser, la connaissance en elle-même, non utilitaire, désintéressée comme on dit. Le simple fait qu’on compare Internet à une bibliothèque témoigne de notre démission intellectuelle et éthique face à la fascination pure. On exige déjà moins de profondeur dans nos connaissances en se contentant de ce qu’on trouve sur le réseau, comme en témoignent des études diverses et l’attrait des grandes librairies auprès des étudiants. Internet est le stade ultime de cette croyance en l’omnipuissance du mot-clé : parfait pour trouver une information précise, organisationnelle, pratique, mais nul (ou à peu près) pour la recherche de connaissances, d’idées, de sources fiables. Comme le dit Stoll, « if you’re satisfied with clean facts, numeric answers, and institutional reports, then look’em up on the Internet » (p. 126).

La recherche en hypertexte témoigne aussi de cette façon de faire : elle tend à dissocier le discours de sa structure logique interne. « As a result, the author’s logic, structure and reasoning disappear. You get random facts » (p. 198). Stoll déplore ainsi la perte de références croisées dans les catalogues en ligne (p. 201). Pour lui comme pour Nicholson Baker, l’effacement du catalogue sur fiches est la perte du travail de plusieurs générations de bibliothécaires, ainsi que du savoir relatif à une collection locale et spécifique. Le catalogue papier dans son principe, est un instrument de recherche, fruit d’une époque où le travail intellectuel avait une importance privilégiée dans une société plus libre, moins marquée par l’utilitaire, moins « mondialisée » paradoxalement.

Stoll lance des remarques à l’intention des spécialistes en information qui feront sourire ou grincer des dents, c’est selon ; celle-ci, entre autres : « High school teach us that knowledge is power. The movie « The Net » transformed that cliché into information is power. Today, those with the most information have the most power. This is parently false. The powerful aren’t informed. And who has the most information ? Librarians. Hardly a powerful group » (p.194). Ou encore celle-ci : « None of the library journals warn against tossing out the catalogs. The big-name librarians are all on board; inevitably, they’re administrators who never meet library patrons at the main desk » (p. 203).

La logique technologique diffère de la logique intellectuelle dans son obsession de la quantification, des statistiques, des mesures. Ajoutons davantage de bande passante, de liens de fibre optique, plus de serveurs et plus de vitesse : plus de connexions seront possibles, plus d’usagers s’ajouteront, et ce, jusqu’à la prochaine congestion. Mais surtout, le nombre total des « connaissances » va augmenter, ce qui confère de facto au réseau un caractère universel et illuminant, humanitaire pourrait-on dire (pour exploiter un autre mot fort du moment…). À la prochaine congestion, on trouve une nouvelle solution technique. Et le processus se poursuit ainsi en théorie jusqu’à une limite encore inféfinissable. Même logique que pour l’autoroute actuelle.

Allons faire maintenant un tour en Égypte : Ératosthène était bibliothécaire en chef à la bibliothèque d’Alexandrie. En 200 avant J.-C., il mesure la circonférence de la Terre, par deux simples observations de l’ombre projetée par le soleil à deux endroits différents, à la même heure du jour. Il est aussi ce mathématicien qui a inventé une méthode pour trouver les nombres premiers (p. 214). Son secret : il a mis son « cone-shaped thinking cap » (p. 3), l’une des innovations technologiques les plus significatives de l’Histoire…

À trop vouloir faire le vide sur la question du contenu des bibliothèques et du multimédia, nous nous préparons à évacuer la mémoire et sa durée. « Libraries will become adept at suppying the public with fast, low-quality information. The result won’t be a library without books – it’ll be a library without value » (p. 216). L’auteur donne comme exemple les données accumulées par la mission Pionneer en 1979. Ayant lui-même participé à l’enregistrement de ces données envoyées depuis Saturne, il affirme que plus rien n’est lisible aujourd’hui, à cause de la désuétude des supports (rubans magnétiques de divers formats et cartes perforées). Les rubans sont en trop grand nombre pour être transférés sur d’autres supports, en format disque par exemple (p. 182).

En plus de cette perte de savoir rétrospectif, le réseau a pour conséquence de privilégier le produit sur le processus (p. 125). « Answers are less important than the process of discovery » (p. 124). C’est pourquoi l’auteur considère l’enseignement à distance comme un autre mythe, puisqu’on ne l’imagine que comme un substitut au manque de fonds, d’espace et de communication du système actuel. Il ne renouvellerait pas l’enseignement, mais en dissimulerait les difficultés présentes. Il déplace le problème ailleurs, sur la scène technologique, avec tout son attrait auprès des décideurs et du corps professoral lui-même.

L’étudiant qui n’utiliserait que le réseau dans son apprentissage (ce qu’on constate aujourd’hui comme une tendance) peut être amené à avoir une conception assez simple de la recherche – à savoir, celle des données. Cette recherche apparaît alors « as an end in itself. It’s usually the easy part of the reasearch, and the part requiring the least thought » (p. 130).   On peut dire en effet que le processus était déjà amorcé bien avant l’arrivée des ordinateurs, dans les secteurs de la sociologie, de la psychologie, des sciences sociales et de l’éducation, entre autres. Ce que l’informatisation a achevé, c’est cette fiabilité aux méthodes statistiques et empiriques donnant la priorité à la recherche quantitative.

L’ordinateur enseigne une façon de penser, nous dit Stoll. Une réaction à l’événement, un peu comme le conducteur automobile réagit au trafic. C’est ce qui fait la passion des jeux vidéo. On a certes un terrain de jeu pour la pensée avec un ordinateur (encore une fois, ce n’est pas la machine en tant que telle qui est en cause), mais il nous manque la profondeur de cette pensée, la nécessaire « cogitation » qui, elles, prennent du temps (p. 144).

D’autre part, l’apprentissage n’est pas seulement qu’un jeu : il requiert aussi du travail et une certaine discipline (p. 147).

Le paradoxe est qu’on s’imagine l’ordinateur comme un outil à penser. « We need a tool to spare us the effort of thinking ? (…) What is we’re trying to avoid ? » (p. 44). Est-ce que tout ne serait pas un outil alors ? Mes chaussures, un outil de transport personnel, la gomme à mâcher ou la cigarette, un outil de relaxation… Sur ce point, l’auteur nous fait encore montre de son style incisif et sans pitié dans la dérision : « Calling a computer a tool gives us a warm feeling that we’re craftsmen, burgeoning with physical skills and manual dexterity. It impacts none of these » (p. 45). Comme tant d’autres concepts, l’outil n’est qu’une image qui a pour fonction de valoriser une absence de définition. L’ordinateur est un autre genre d’outil, dit Stoll. Son usage limite notre habileté à reconnaître et à explorer d’autres solutions aux problèmes à résoudre. Stoll de conclure : « When the only tool you know is hammer, every thing looks like a nail. Which is the tool : the computer or the user ? » (p. 45).

Il y a toujours présente dans le livre une réaffirmation de l’art et de l’artisanat, comme dans cette remarque à propos du traitement numérique de l’image : « The romance and mystery is gone. Computer-processed images have no delicacy, no craftsmanship, no substance and no soul. No love » (p. 82, citant la photographe Kim Nibblett).  L’image numérique est froide, elle donne une représentation androgyne de la figure humaine, voire asexuée. Ce serait une erreur de considérer ce rappel des valeurs humaines de la création comme réactionnaire : bien entendu, l’infographe est créateur à part entière, mais il crée à partir de programmes et d’une technologie qu’il traduit dans un produit qui, finalement, a davantage pour but de fasciner et de célébrer le médium qu’autre chose (on n’a qu’à voir l’évolution des publicités, par exemple). L’infographie a tendance à confondre la quantité avec la qualité graphique, elle aurait besoin de redécouvrir la simplicité des instruments primaires comme le crayon ou la plume. Elle aurait besoin de plus d’artistes en arts visuels qui l’expérimentent. L’image animée de synthèse peut (pas à tout coup) être une prouesse technique artistique, mais n’a rien à voir alors avec la symbolique et l’expression propres à la recherche esthétique. C’est pourquoi la publicité et la télévision sont actuellement les médias qui lui permettent d’arriver aux réalisations les plus significatives (et spectaculaires).

Même réaffirmation par l’auteur des rencontres réelles et l’expérience réelle. L’accès à l’information, de meilleures communications et les programmes électroniques ne résoudront pas les problèmes sociaux, comme l’affirment les technocrates du digital. Les « communautés virtuelles » risquent fort de ressembler à ces touristes qui regardent les forêts détruites sur multimédia… dans des « visitor centers » érigés par les destructeurs eux-mêmes !… (p. 149).

Bref, chaque avantage du réseau correspond aussi à un désavantage : gain de temps versus perte de temps à lire les « newsgroups » et l’information mal présentée qu’on y trouve (pp. 90-91), commodité de la communication digitale versus ses coûts (pp. 70-71). Certes, répliquera-t-on, les coûts vont en diminuant, mais si on prend en compte les coûts afférents, comme les frais de connexion, d’utilisation, les logiciels, les mises à jour, les abonnements aux services divers, sans compter les restrictions que nous amènent ces services (comme le choix des périodiques dans les abonnements par Internet), l’image globale n’est pas si reluisante.

Toujours et partout, la fascination technologique l’emporte, même avec les meilleures intentions humanistes ou pédagogiques, continue Stoll. De ses étudiants, il dit : « I’m damn worried that these [ astronomy] students spend most of their time learning tools, rather than concepts. Science is knowing about our environment, not being able to manipulate a computer program » (p. 123). L’apprentissage par ordinateur occulte selon lui le processus de la démarche intellectuelle en fournissant une information facile et qui a l’apparence de l’universalité et de l’exhaustivité. Pour Stoll, le didacticiel enseigne à la façon du traitement de texte – en réduisant les connaissances à des « factoids », forcément simples puisqu’il s’agit d’être divertissant. Un peu comme le dictionnaire de synonymes de nos Word qui ont évacué la richesse de leurs équivalents imprimés et dont on a tendance à se contenter parce qu’ils sont justement accessibles directement.

De plus, le didacticiel est voué à un apprentissage individualisé, où l’élève n’a aucune interaction avec son confrère. L’auteur cite le travail de deux chercheurs qui ont souligné la préférence du livre chez un enfant de cinq ans (p. 142). Dans ce cas précis, une convivialité mal structurée a peut-être découragé l’utilisateur. Mais l’accès direct au livre et son enchantement (non pas sa fascination) n’ont-ils pas eu raison dans l’esprit de l’enfant de la machine ? Nul doute que de telles conclusions abondent plus qu’on ne le pense, le livre étant une technologie si simple et conviviale que même les enfants ne s’y trompent pas ; mais comment présenter ces leçons dans une faculté d’éducation, par exemple, où l’accent est mis sur la dévotion à l’enseignement par ordinateur et sur le télé-enseignement ?

Autre avantage qui fait naître un contrepoint moins perceptible : cette convivialité précisément. « A singular advantage of e-mail is its ability to be incorporated in other documents (…) Less chance for error and no wasted time retyping (…) Works just well with reports. I receive e-mail and copy important sections into my paper. Hardly a creative activity – it actually discourages me from critical reading the section » (p. 157). Stoll considère que le rituel de la lecture et de la communication écrite se perd, et avec lui une forme de la pensée critique. Cause perdue, dira-t-on ? Pas si sûr qu’on ne redécouvrira pas dans 20 ou 40 ans que le rite fait partie de l’expérience humaine et quotidienne. Un fait indéniable est que la technologie elle-même nous impose ses rites spécifiques, dont témoigne l’usage des « emoticons » dans le courrier électronique. « [ …] Of course, it’s absurd to put a TV on your work desk. Yet the Internet, with its wide-access video games, newsgroups and chat lines, is considered desirable for the office. Go figure » (p. 101).

Sur l’efficacité du e-mail, l’auteur a fait une amusante enquête en se faisant poster des cartes postales par son frère, qui réside à Buffalo (Stoll étant en Californie). Ses résultats corroborent ceux d’une enquête effectuée par Arthur Andersen Inc. sur le système postal US. Mais parmi la douzaine de courriels que l’auteur s’envoie par différents acomptes, 5 ne se rendent pas, dont 2 ne reviennent jamais (sous forme de confirmation de destinataire inexistant). Stoll se demande alors ce qu’aurait donné une enquête de la firme de consultants internationaux précédemment citée sur l’efficacité du courrier électronique ?… (pp. 162-163). Ce ne sont pas tant les raisons du mauvais fonctionnement qui sont importantes dans cette analyse que la pertinence de la fiabilité comparée des deux systèmes en cause ici.

« Instantenous response without reflection. Our words carry less weight, so we value them less. We won’t pack meaning into our messages » (p. 169). Nous ne soucions plus des fautes d’orthographe ou autres, puisque nous savons que nous écrivons du prêt à jeter.

Charles Kuralt, le commentateur bien connu du réseau CBS, peut résumer par cette remarque toute l’entreprise sarcastique et rafraîchissante de ce livre, qui fut aussi la première vraie critique d’Internet, toujours aussi actuelle : « Thanks to the Interstate highway system, it’s possible to travel across the country without seeing anything. I wonder if the Information superhighway will offer a corollary – a dulling impact on our cerebral cortex » (p. 221).

Pierre Blouin

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