Compte rendu : Michel Lacombe, L’idée du siècle. La liberté du citoyen. Montréal,Radio-Canada et Fides, 2001, 92 pages + cédérom Roger Charland

Michel Lacombe, L’idée du siècle. La liberté du citoyen. Montréal, Société Radio-Canada et Éditions Fides, Collection radio-livre, 2001, 92 pages + 1 cédérom

Voici une nouvelle collection qui propose une formule inédite, celle du radio-livre. Radio-Canada, on le sait depuis longtemps, regorge de ces interviews qui passent dans l’oubli. Voici un moyen de retenir certaines de celle-ci. On salue ce geste de la société d’état et des éditions Fides. Reste à savoir ce qu’il y a dans ce livre et ce cédérom.

Le livre est la transcription du contenu du cédérom. À ce titre, nous pouvons avec cet oeuvre multimédia écouter et lire en même temps, deux choses qui sont habituellement difficile à faire. Le livre reprend des extraits d’entrevues. Sept intellectuels ont ainsi été interviewés, ce sont des intellectuels, professeurs d’université ou écrivains. Cette dernière catégorie est celle de Amin Maalouf et de Marek Halter. Les intellectuels sont tous les autres qui ont accepté par la parole à participer à cette interrogation portant sur la liberté du citoyen. Ils s’agit de Alain Bentolila, Dominique Wolton, Alain Touraine et Guy Rocher. Ce dernier est le seul québécois qui participe à ces rencontres. D’entré de jeu, Alain Bentolila nous dit que la liberté du citoyen repose sur « sa capacité d’utiliser le pouvoir de la langue. » (p. 21) Être capable de comprendre, de faire siennes des idées, les concepts enfin le savoir démocratique, le savoir sur la démocratie et la liberté. Dominique Wolton précise que les nouvelles technologies de l’information sont importantes dans l’enjeu de la démocratie et de la liberté du citoyen.  Ces techniques permettent la liberté et l’accès à l’information. Mais elles permettent aussi la désinformation, alors c’est la politique qui joue un rôle primordial. Après la langue, il y a la politique. Alain Touraine lui nous annonces que dans les prochaines années nous pourrons voir le « retour du bâton ». « [N]ous aurons des régimes autoritaires qui redonneront une domination absolue aux problèmes de la politique » (p. 43) Touraine affirme que l’individualisme peu aller vers le pire, « vers la consommation pure » (p. 48)

Puis pour Amin Maalouf, le problème est que les citoyens, partout dans le monde, «n’exercent pas véritablement tous leurs droits de citoyens » (p. 56) Il faut que ces derniers prennent part à la démocratie, ce serait là que le mot liberté prendrait sens. Il faut plus de partage, que les pays développés mettent à l’agenda le développement et l’aide pour les plus démunis. Un désir de démocratie et de partage qui implique que l’ensemble des individus prennent part à la marche de la société et à son histoire. Que la société mondiale aille dans le sens d’un partage des richesses et des idées, c’est un combat permanent. Philippe Schmitter nous dit que la démocratie dans les pays où elle s’est développée au cours des deux derniers siècles ne vas pas très bien. Ces difficultés des vieilles démocraties sont nombreuses, celles des nouvelles démocraties (de l’Asie, de l’Europe du Sud et de l’Est, de l’Amérique latine et centrale) sont de tailles. En fait, on demande de plus en plus de démocratie et c’est partiellement à une distillation de la pratique démocratie que l’on assiste. On questionne la validité du système de représentation, ainsi pour plusieurs la démocratie antique serait un modèle plus démocratique que celui de la représentation – délégation. De plus l’indépendance des partis politiques fait problème. Quel pouvoir ont-ils dans ces sociétés dépendantes du marché mondial de la finance et du capital ? Pas beaucoup à vrai dire !

C’est alors que Guy Rocher nous rappelle à l’ordre. Au début de son entrevue, nous l’écoutons nous dire que «La notion de citoyenneté est d’abord une notion juridique» (p. 69) Pourquoi disons nous qu’il nous rappelle à l’ordre ? Bien que les autres textes soient intéressants, il ne font que discuter d’une manière abstraite de citoyenneté, de démocratie, etc… Rocher nous rappelle que le citoyen est avant tout une entité qui est décrite par un corpus légal : par les lois ou les constitutions qui le définissent et précisent spécifiquement ses droits et ses obligations. Le citoyen n’est pas l’individu nu, ce n’est pas ce citoyen libertaire, ce n’est pas le bon sauvage : c’est ce que le droit nous donnent, ce qu’il permet juridiquement au citoyen, c’est que nous sommes dans le dilemme liberté de l’individu et liberté du citoyen. Rocher raconte bien les dilemmes propres à la vie en société dans les avenues des choix de l’après Deuxième Guerre mondiale. Nous avons dans les pays d’Europe et d’Amérique défendu la démocratie contre le nazisme et le fascisme. Mais à la fin de la Guerre, nous étions loin d’une démocratie parfaite. Les droits des noirs aux États-Unis faisaient problème, les femmes en France n’avaient pas encore le droit de participer aux élections, plusieurs pays passeront d’un régime mi-féodal / mi-capitaliste à une forme de socialisme d’État qui faisait fi des droits et des libertés de ses citoyens ou d’une partie de ceux-ci. Rocher indique que seulement environ 20 % de citoyens vivraient dans un pays démocratique. 40% des citoyens vivrait dans une situation de pays partiellement libre et un autre 40% ne connaîtrait pas la liberté. Ces quelques commentaires résument bien le travail à accomplir en ces temps de mondialisation.

Mark Halter termine cette série d’entrevues en nous disant que la démocratie est une lutte permanente. Ce dernier présente la mondialisation comme un point positif pour la diffusion du modèle démocratique, par le pouvoir qu’elle donne au politique. Nous pouvons plus que nos parents influencer la politique, la société civile aura une influence de plus en plus grande sur les dirigeants.

Ce livre, qui se termine sur un ton positif, ne doit pas nous faire oublier les critiques et les questions qu’il pose. De même que nous pouvons croire à un développement de plus en plus grand de la démocratie et de l’espace citoyen, nous sommes encore loin d’une société mondiale mue par la raison et la liberté. Ces thèmes de la révolution bourgeoise sont encore à l’ordre du jour, comme si en fait elle n’aurait pas existée ! Ou bien pouvons-nous conclure que cette révolution est depuis longtemps empêtrée dans ses propres limites ?

Roger Charland



© Tous droits réservés, Roger Charland
À jour le 4 avril 2001
Hermès : revue critique

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Bibliothécaire des Appalaches
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