Compte rendu : Riccardo Petrella, Écueils de la mondialisation. Urgence d’un nouveau contrat social. Québec – Montréal, Musée de la civilisation et Éditions Fidès, Collection Les grandes découvertes, 1997, 48 p. par Pierre Blouin

La mondialisation et la pensée technicienne

Riccardo Petrella : Écueils de la mondialisation. Urgence d’un nouveau contrat social, Québec, Musée de la Civilisation, Montréal : Éditions Fides, Collection  » Les grandes conférences « ,1997, 50 p.

« Internet and the new data networks are the prime force giving rise to globalization (…) Increased standard of living in the only effective population control we know. We are at the downage of globalization. We must take steps to insure that historians can write a good story by seizing the opportunity to eradicate poverty through the creation of one global market. » Donald Johnston, président de l’OCDE, discours de la Conférence d’ouverture sur l’AMI, Montréal, 25 mai 1988. in Hour, 28 mai-3 juin, 1998, p. 10

Pour se tenir au courant des implications de l’économie globale dont on entend parler chaque jour dans les médias, voici un petit essai, brillant et nécessaire, qui est la transcription d’une conférence donnée à Québec par Petrella en avril 1997. Le nombre de pages n’étant heureusement pas synonyme de la profondeur de pensée, on aura grand plaisir à lire d’un trait ce condensé de ce que chacun doit savoir à propos de l’organisation socio-économique dans laquelle nous vivons. Plus encore, l’auteur y parle de technologie de l’information… Ainsi que le rappelait le professeur Alain Chanlat, lors du passage du célèbre critique aux Hautes Études Commerciales (HEC) le 16 avril 1998,  » dans le temple même des prêtres de la mondialisation « , on a grandement besoin d’intellectuels comme lui pour  » se vacciner contre l’imbécilité ambiante « … Le Groupe Humanisme et Gestion de Chanlat représente bien la preuve que l’être humain doué d’autonomie existe encore, parmi tous ces jeunes loups et jeunes louves prêt(e)s à réussir dans cet univers de gagnants où eux seuls ont droit de parole.

Soulignons tout d’abord la qualité remarquable de cette collection conjointe des  » grandes conférences « . Des titres comme  » Une école centrée sur l’essentiel  » par Roland Arpin (le directeur de Musée de la Civilisation), « Construire une civilisation terrienne  » par Albert Jacquard,  » Culture : de la fascination au mépris « , par Claude Julien, ou encore  » Éloge de la lecture  » par Hubert Nyssen, donnent envie de revenir dans une prochaine parution d’Hermès avec d’autres commentaires.

Riccardo Petrella, collaborateur à plusieurs organes de presse français, dont Le Monde Diplomatique, est président du Groupe de Lisbonne, président de l’Université européenne de l’environnement depuis 1990, politicologue et économiste. Il nous présente le véritable visage de la mondialisation de l’économie dans ce bouquin, en insistant sur la perte de la communauté et de la solidarité qu’elle implique, non comme une de ses conséquences, mais comme une de ses stratégies concertées au plan global, international. La compétitivité mondiale inculque une idéologie et une morale du chacun pour soi. Elle est  » le nouvel évangile du nouveau monde universel de la haute technologie  » (p. 8). Elle est  » élevée au rang d’option stratégique inévitable  » (idem).

Donc, compétitivité et technologie, surtout celle de l’information, puisqu’elle est à la pointe des autres : voilà un paradigme peu fouillé jusqu’à présent, autrement que dans les discours de vente. Il a marqué le discours du conférencier tout au long de sa présentation aux HEC. Doit-on condamner la technologie en bloc, ou en distinguer le bon et le mauvais usage ? L’auteur se refuse à une telle alternative dans son opuscule. Il croit aux bienfaits technologiques, mais s’attaque aussi à la technologie en tant que porteuse d’un discours, ce qui veut aussi dire à une conscience de la technologie, qui en fait un environnement dont la gestion touche tout le monde. S’opposer à l’évangile économique et technologique est s’opposer à la  » logique naturelle des choses  » et  » faire acte d’aveuglement, d’inconscience  » (p. 9). Ajoutons aussi que c’est faire preuve de paranoïa au Québec, et de nostalgie qui peut devenir même réactionnaire.

Faisons plutôt un historique de la technologie et de son discours :  » À partir des années 70, la technologie a pris clairement une portée et une signification de plus en plus stratégiques, au fur et à mesure que la science (la connaissance) devenait l’un des facteurs clé de la production et de la redistribution de la richesse.  » (p. 11). L’importance donnée à la politique de l’offre technologique, en recherche, dans les relations université-industrie, en bases de données, en NTI, a servi l’intégration compétitive de l’économie. L’exemple détonnant, qu’on se permettra ici de mentionner : Internet, qui loin d’être le fruit d’une généreuse rêverie utopique (Lévy), est né du besoin de la recherche scientifique à grande échelle, marqué par la course à l’espace et aux armements ; cette technoscience structure aujourd’hui une économie virtuelle qui est la continuation logique de la flexibilité nécessaire à la circulation des capitaux et des biens.

Remarquons aussi que Petrella parle de connaissance en terme de science. Cette précision, peut-être inconsciente dans le cadre de son propos, est pour nous fondamentale. Connaissance égale science dans un univers informationnel où tout savoir est mesurable et quantifiable, un univers économique pur. Dans cette optique-là, la technologie est doublement dangereuse : elle réduit les connaissances. Elle n’est qu’un  » outil plus performant capable, à court terme, de répondre aux besoins du marché solvable  » (p. 12). Elle fait émerger une politique de  » techno-globalisme exprimant le passage de l’intégration-adaptation à l’intégration-conquête  » (idem). En témoigne, comme le dit l’auteur aux HEC, le  » Personal Global Communication System  » de Nokia, par lequel la personne est globale (excusez le non sens de la phrase), grâce à l’interconnection téléphone-ordinateur (et bientôt par satellite, par les bons soins de Microsoft et du réseau qu’il s’apprête à mettre en place).

Les pouvoirs nationaux, dans leur état de torpeur et de passivité, épaulent la politique technologique compétitive, en façonnant entre autres une formation et une éducation centrée sur le besoin en ressources humaines (une autre notion centrale chez Petrella), ressources amovibles et interchangeables. La National Information Infrastructure aux États-Unis, et le Fonds de l’autoroute de l’information au Québec (FAI), témoignent à leur manière de la puissance du dogme chez les politiques réduits à l’obéissance aux marchés, qui en profitent largement, et malgré la bonne volonté de fonctionnaires qui, au départ, ont sans doute cru à la technotopie, mais sans en mesurer les vrais enjeux.

La notion de ressources humaines trouve un équivalent dans celle de savoir organisationnel : on demande en effet à la composante ressource dans l’entreprise que son savoir soit profitable à l’organisation, qu’il tende à se conformer à cette dernière et à ses finalités. Cette notion imprègne fortement les discours de gestion actuels, et particulièrement ceux développés en sciences de l’information. On donne ainsi à l’employé un sentiment d’appartenance à l’entreprise. En réalité, la ressource humaine doit être rentable, tout comme le consommateur doit être solvable. La question morale soulevée ne saute pas immédiatement aux yeux, mais lorsqu’on pense à ses implications futures, en bio-technologie par exemple, elle se complique :  » Quel sera le frein moral au clonage humain quand le marché décidera de tout ? « , se demande Petrella (1).

La croissance ne peut que progresser que grâce à l’inconscience des citoyens et des personnes.  » La théorie de la croissance est une théorie extrêmement dangereuse (…) Toute croissance est catastrophique à long terme, mais dans l’immédiat elle fait du bien. La croissance, c’est une drogue : cela vous fait du bien, mais à court terme. N’empêche que vous êtes en train de vous détruire « , avertit Albert Jacquard dans le même article du Devoir. Une illustration de cet état de choses dans une société de dimensions moyennes comme le Québec : le niveau de vie véritable du citoyen versus son standard de consommation. En laissant aller les services publics, dont certains sont essentiels à une redistribution juste et équilibrées des richesses, l’État non seulement renonce à son rôle moral et éthique, mais encore contribue au  » capitalisme sauvage  » que la classe infocratique  » virtuelle  » rêve de créer. Par exemple, cette privatisation des soins de santé au Québec, dont plusieurs lobbyistes caressent l’avènement, dont le Groupe Vaugeois qui veut construire un hôpital  » international  » (?) de 2 000 lits à Laval, en banlieue de Montréal : ce même groupe est à l’origine de la venue de la multinationale des effets virtuels multi-médias Ubi Soft dans la métropole, et a piloté le dossier de la venue de MCI, un joueur central des télécommunications américain, à Montréal. Le groupe a plusieurs appuis, dont celui de la firme américaine Columbia/HCA Healthcare Corp., qui a des revenus annuels de 20 billions de dollars et possède 342 hôpitaux, ainsi que 570 centres de soins de santé dans 36 états américains. (2)

De fait, la mondialisation tire ses grandes forces de l’ »empowerment », notion tirée de la psychologie et des sciences politiques. On donne une dignité à l’individu en le valorisant idéalement, dans l’abstrait, en lui disant qu’il a toute latitude pour créer son propre emploi, que tout est centré sur lui. C’est la force des théories de Pierre Lévy que de représenter la mécanique collective comme dépendante du niveau individuel. Il résume son projet d’intelligence collective de la façon suivante :  » discerner, dans tout ce qui se passe aujourd’hui, les potentialités les plus positives. Ensuite, il s’agit d’identifier les démarches actives et d’inciter les gens à s’inscrire dans ce mouvement politiquement, socialement, personnellement.  » (3). Les termes de l’analyse de Lévy ne sont pas du tout politiques et sociaux, toutefois. Pour lui, politique et virtuel ne correspondent pas, ce sont deux univers séparés.

Liberté du marché, liberté politique et liberté offerte par la technologie se confondent en un discours globalitaire sur le bonheur de consommer-communiquer. Tout en s’informant, bien sûr. On accomplit n’importe quoi au nom de cette liberté : dérégulation, financiérisation, réduction des dépenses et des structures publiques (pp. 16-17), méga-fusions (de banques, par exemple). À l’analyse de Petrella, ajoutons qu’on ne s’aperçoit pas dans le même temps de la liaison qui s’affermit entre le crime organisé, les banques et la politique. Les gouvernements et les organismes comme le FMI ou la Banque mondiale, en volant à la rescousse des pays ou des banques en faillite, comme au Japon dernièrement, aident un système de plus en plus inique à se maintenir. Aux États-Unis, l’avoir des banques fluctue selon la route de la drogue : Miami a ainsi perdu sa place au profit de la Californie du Sud dans les années 80.

Le commerce mondial se donne de la sorte le droit de réglementer le social, par des clauses dites sociales ou environnementales (dont on connaît l’ignoble marchandage lors du Sommet de Tokyo en décembre 1997), clauses introduites dans les traités.  » Le commerce n’est pas l’instrument approprié  » pour ce faire, nous avertit Petrella (p. 21). Ces propos se confirment tous les jours : on a pu voir récemment des effets d’une telle façon de penser et une telle éthique, lorsque Bill Clinton a  »  reconnu  » la responsabilité de l’Occident dans la traite des Noirs, et s’est excusé pour ne pas avoir parlé ouvertement de guerre de génocide au Zaïre… Au Mexique, le tiers de l’armée nationale est stationnée au Chiapas, région riche en ressources naturelles, dont l’uranium ; Hydro-Québec International et d’autres firmes québécoises pensent à y vendre leur technologie pour exploiter les rivières, aidés par l’ALENA. L’idéologie typique de la classe corporative et communautariste (Weinstein), représentée par les Démocrates et l’administration Clinton, a essaimé dans le monde entier, y compris en Russie et en Chine. Elle repose fortement sur le pouvoir du commerce virtuel et de sa flexibilité inégalée.

Petrella le politicologue ne manque surtout pas de pointer la complicité des intellectuels et des penseurs avec ce nouveau cynisme global :   « Pourquoi diable nous, les progressistes, n’avons-nous pas développé un véritable discours de réflexion sur les NTI, au lieu de simplement en questionner les aspects secondaires reliés à l’usage ? « , s’exclamait-il devant l’auditoire des HEC, composé de beaucoup d’étudiants curieux et intéressés à réfléchir sur ces fondements qu’ils ne peuvent éviter de constater dans ce monde qu’ils apprennent et découvrent. La force de la mythologie de l’information-communication est telle qu’elle a obnubilé le discours critique. Gobera-t-elle bientôt la libre expression, voire la démocratie ? Peut-être la fabrication de clones qui pensent tous la même chose réglera-t-elle cet épineux problème des gestionnaires du futur… ? En attendant, nos gestionnaires à nous disposent de la technologie de l’information, assez primitive certes, en regard de ces instruments fantasmatiques, mais qui évolue sans cesse… Déjà, le culte intellectuel du nouvel évangile a été imposé, au cours des vingt dernières annés seulement, grâce à de simples  » rapports d’experts, d’études académiques, de conférences nationales et mondiales  » (p. 22).

Comme l’impérialisme européen au début du siècle, la globalisation se donne une mission humaniste, celle d’apporter la civilisation aux démunis, en se voulant la seule façon rationnelle de garantir notre futur. Ce qui inquiète le plus Petrella, en fin de compte, c’est l’anihilation du citoyen.  » Où va la citoyenneté sociale ?  » se demande-t-il. Encore là, la technologie est l’un des principaux facteurs des dynamiques d’exclusion sociale (p. 26).  »  L’économie actuelle est en train de nous faire perdre le sens de l’être, de faire et de vivre ensemble, le sens du bien commun  » (p. 27). Les nouvelles priorités sont celles de l’itinéraire individuel (ma formation), des stratégies de survie individuelle (mon emploi, mon revenu), des biens individuels (mon auto, mon ordi), etc. (idem). Comme il y a eu un retournement dans la distribution des richesses économiques depuis les années 70, constate Petrella, aujourd’hui,  » lorsque les marchés se portent bien, c’est logique que la citoyenneté sociale se porte mal  » (p. 29). Le travail a cessé d’être un droit, il est une situation à conquérir. Quitte à écraser l’autre. Les  » ressources humaines  » manipulables sont égales aux ressources technologiques, et aux autres ressources soumises aux critères d’efficacité et de performance (p. 36). Quant à nous, qui écrivons sur les technologies, notre tâche ne serait-elle pas de continuer à dénoncer le discours des valeurs liées à la technologie ? C’est ainsi, par exemple, qu’on mesure le bien-fondé de nos nouvelles bibliothèques, grandes comme petites, aux statistiques de fréquentation quotidienne, tout comme un site web, ou de prêts de volumes, ou de postes de consultation à tous les réseaux présents et à venir. Une bibliothèque vouée à la logique de la technologie en somme, un « showcase » culturel. Du livre considéré comme un poids problématique (physiquement problématique, en plus), mais heureusement temporaire. Grâce aux progrès de la numérisation, on pourra peut-être tout jeter après… Sans en interroger le pourquoi de l’application en bloc.

Petrella reprend de façon étonnante les constatations formulées il y a un siècle par Marx et Engels, comme quoi la vision des philosophes matérialistes allemands est d’une profondeur inégalée. Dans Critique de l’éducation et de l’enseignement (Maspéro, 1976), ils écrivaient :  » (…) la masse des simples ouvriers – force de travail massive coupée du travail et de toute satisfaction même bornée de ses besoins implique donc le marché mondial et la concurrence, et pas simplement que les travailleurs aient temporairement perdu leurs sources de vie « . (p. 249). Les auteurs en concluaient au caractère universel du prolétariat et de leur utopie communiste. Quand Petrella nous convie à considérer l’importance du bien commun, comme l’eau et l’environnement, il reprend cette pensée utopique à son compte, en l’étendant.

Le discours économique et sociétal du Fonds monétaire international est loin de démentir les propos de Riccardo Petrella : « The main goal of trade reform should be to impose economic efficiency by creating a transparent and neutral system of incentives that eliminates anti-export bias, direct impediments to trade, and economic distortions caused by the trade regime » (4). « Trade liberalization is intended, in the first instance, to improve resource allocation and economic welfare » (idem, p. 5). Entendons ici par « resource » les ressources humaines et économiques compétitives, les ressources réelles restant intouchables. L’allocation des ressources est une variable dépendante du degré de flexibilité du marché, lequel degré aide à réduire les coûts d’ajustement (p. 27).

Usually, the most important impediments to trade reform are political economy factors. In some cases, they may be a response to the economic adjustment costs and disruptions that may be associated with significant policy changes that improve the efficiency of resource allocation (…) These political economy factors, together with the governments commitment to liberal-market oriented reforms, and garnering political support, are likely to be most critical factors in effective trade reform. (p. 5).

Que doit-on comprendre de cette prose ? Deux choses, capitales :

1) Le support politique est essentiel à la mondialisation, mais l’État est réduit au rôle d’instrument au service des intérêts de la mondialisation.

2) Le processus doit compter avec des  » facteurs d’économie politique  » qui sont les plus critiques au succès de sa réussite. Ces facteurs (chômage, soulèvements armés, vagues de protestations ou de résistance, ou de répression de gouvernements autocratiques, insécurités de toute sorte)  » peuvent être une réponse aux coûts de l’ajustement économique « , mais peuvent être contrecarrés assez efficacement par un État dédié à la cause. En ce sens, un support politique initial est essentiel : « This was clearly the case in Sri Lanka where reforms were part of a preannounced package with clear medium-term targets » (p. 29). Les « side effects » furent assez forts dans la société srilankaise pourtant… En outre, la technologie constitue une autre source de changement structurel reliée à ces facteurs, au même titre que les « labor displacements ». (p. 27).

La  » gouvernance  » est un concept développé dans ce discours monétariste international pour faire état à la fois de la gouverne politique et de la réduction de l’incertitude économique (notion assez connue au Québec…). « Broadbased and comprehensive trade reforms, preferably preannounced, can contribute importantly to improved governance. This gave the right signal to policymakers and private agents, and served as an anchor for adjustment  » (p. 5).

Ce qui devrait rassurer tous les commettants, c’est que les pays ayant  » adopté  » des politiques de libre échange  » croissent  » plus rapidement, selon toutes les études empiriques sur le sujet (« empirical literature »), (p. 3), études universitaires ou de maisons de courtage, peu importe, qui contribuent elles aussi à l’imposition du discours de la mondialisation. Avant de produire la richesse, il faut la distribuer, rappelle Petrella (Le Devoir, 1998, idem). La production devenue fin en soi témoigne éloquemment de notre mentalité technicienne du collectif et du social.  » Il n’y a pas de gains de productivité sans qu’on se soit entendus sur la distribution de la richesse. Une des règles principales de l’économie politique, c’est la solidarité.  » (idem).

Bref, conclut très justement Petrella,  » il nous faut refuser la rhétorique dominante, ses mots clés, ses symboles  » (p. 39). Les moyens sont là, divers : économie coopérative, taxe sur les transactions financières, évaluation transparente des marchés financiers… L’auteur constate encore plus aujourd’hui que dans cette conférence de 1997, l’importance de la technologie dans les valeurs de la mondialisation.  » Cette prégnance idéologique de la technique depuis soixante ans a été le résultat de la culture américaine qui a assimilé la technique à la technologie. Et qui s’est mise à tenir un discours sur la société à partir des outils  » (5). Le technicien s’est nommé gestionnaire et sociologue. Le techniquement possible est devenu la nouvelle culture. La leçon que nous donnent pourtant les anciennes cultures devrait être étudiée : les plus puissants, les maîtres de la puissance technique, pouvaient seuls déterminer la vie sociale. Mais comme l’Histoire ne veut plus rien dire devant une société réinventée… On préfère assimiler technologie et humanisme, comme ce directeur de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), qui expliquait récemment à Genève que 800 millions de dollars pour installer un systèmes de téléphones cellulaires en Afrique ne seraient rien en regard d’une femme enceinte dans la brousse qui en aurait un urgent besoin… (Ici, idem). Son auditoire riait aux éclats… Le pauvre haut gradé ignorait que les femmes accouchent  » dans la brousse  » depuis des millénaires… Il pensait que la pub de Bell Canada ou de Nortel (ou de France Télécom ou de ATT), dirigée envers les enfants et les femmes seules, ou les couples occupés, aurait suffi.  » Imbécilité ambiante « , disait-on ?

Pierre Blouin

« Internet and the new data networks are the prime force giving rise to globalization (…) Increased standard of living in the only effective population control we know. We are at the downage of globalization. We must take steps to insure that historians can write a good story by seizing the opportunity to eradicate poverty through the creation of one global market. »

Donald Johnston, président de l’OCDE, discours de la Conférence d’ouverture sur l’AMI, Montréal, 25 mai 1988. in Hour, 28 mai-3 juin, 1998, p. 10


NOTES:

(1)  » Deux experts jettent un regard critique sur la mondialisation « , Le Devoir, 11 avril 1998

(2) Hour, 23-30 avril 1998

(3)  » Pierre Lévy: le McLuhan du virtuel « , Le Devoir, 21 avril 1997

(4) Trade Liberalization in IMF-Supported Programs, Washington, FMI, 1998, p. 4

(5)  » Le pèlerin de la pensée critique « , Ici, 16-23 avril 1998, p. 7

A propos charro1010

Bibliothécaire des Appalaches
Cet article a été publié dans Uncategorized. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s