Compte rendu : Richard Dubois, Intellectuel. une identité incertaine, Montréal, Éditions Fides, 1998, 79 p. par Pierre Blouin

Intellectuel : identité incertaine

Richard Dubois

Fides, 1998, 79 p.

Le Québec est-il plus anti-intellectuel que les autres coins du globe? Débat sciemment entretenu par nos chroniqueurs « culturels » depuis plusieurs années, mais qui mériterait d’être éclairci par une question plus fondamentale, à savoir ce qu’est un intellectuel. Toujours commencer par les définitions, c’est la leçon même… de l’intellectuel. Cela peut même parfois jouer de vilains tours à certains. Quand on lit Mario Roy dans La Presse (et son confrère à ce journal Louis-Bernard Robitaille, qui est aussi représentant de L’Actualité à Paris), et qu’on a droit à ses allusions obsessives sur la « Bible de la Rive Gauche boursieusienne » que serait La société du spectacle de Guy Debord, cela donne quand même envie au lecteur moyen et le moindrement curieux d’aller voir ce qu’il en est et d’ouvrir le livre, non? Le plus comique, c’est que Bourdieu est contre la Rive Gauche, qu’il ne cesse de la dénoncer… (En fait, ce qu’on ne pardonne pas à Bourdieu, ni à Debord, ni à Marcuse, c’est qu’ils ont touché la base du fonctionnement social avec la production des discours et des mythologies, avec la fabrication de la pensée et ceux qui la font).

Pour Roy, il est clair que ce sont les intellectuels seuls qui portent la condamnation d’être élitistes ou renfermés sur eux-mêmes. Il trouve inconcevable et impensable qu’ils puissent être des chiens de garde. Dans sa « critique » du livre de Dubois, Roy constate, « par un effet de glissement qui échappe à ma compréhension » (au moins là, il est franc), une « ahurissante dénonciation » par Dubois de la collusion mondiale des pouvoirs de l’argent dans le monde (même l’homme de la rue ne conteste pas cela). (La Presse, 23 août 1998, p. B4). Il y a une phrase un peu à l’emporte-pièce qui le choque (qui est davantage une évocation qu’une phrase rationnelle, ce qui choque doublement Roy) qui relie pègre, pouvoirs financiers, banques, etc. Le critique officiel de La Presse se plaît toujours à relever ces « énormités », dans tous les livres qu’il « lit ». Il parle de Dubois comme du « professeur Dubois », comme les critiques et journalistes américains qui disent ce mot pour mieux montrer leur mépris de la chose intellectuelle. Il conclut son article très court sur la « nostalgie » de Mai 68 et ses tenants actuels, cette époque où, énormité impensable, on voulait changer le monde…

La critique de Roy s’accorde assez bien avec celle de Pierre Monette du Voir. Ce dernier salue l’ouverture faite par Dubois sur l’américanité, le dada de ce journal, et la coupure d’avec la vieille pensée européenne, « momifiée, mythique » (Dubois). Bien, sauf que Dubois dit aussi qu’il faut inventer autre chose que la pensée de clan ou de chapelle, ce qu’on a actuellement au Voir, en format réduit et impressionniste…(Voir, 15 octobre 1998, p. 58). Monette cite d’ailleurs en entier le paragraphe qui l’a impressionné tout en faisant moins qu’un sommaire du livre.

Voilà déjà une petite analyse de notre intelligentsia culturelle québécoise, si besoin est. Elle répugne à l’analyse (trop long, trop compliqué, pas assez vendable)et préfère la livraison d’opinions qui tiennent lieu d’analyses. Le livre de Dubois est représentatif lui aussi, dans un certain sens, de ce manque de rigueur qui nous caractérise. Il n’est pas toujours limpide, comme tous les critiques l’ont souligné. Il y a même des énormités, comme celle d’identifier le Parti Québécois à un front anti-capitaliste. Pour nous, cependant, sa force est ailleurs, dans son ton, dans ses dénonciations, et dans les questions qu’il soulève. Nous les reprenons ici pour mieux les approfondir (c’est d’ailleurs notre conception de ce qu’est une critique).

L’intellectuel n’est pas plus « intelligent » qu’un autre, pas plus que le cordonnier est mieux chaussé, ou que le plombier n’a pas de problèmes de tuyauterie chez lui. L’intello est un travailleur social qui a une tâche spécifique parmi toutes celles qui existent et qui sont nécessaires : celle de comprendre et de faire comprendre. « Cum prehendere », prendre avec, avoir une pensée de l’ensemble, ne pas isoler les phénomènes et les événements au niveau de l’individuel, au niveau des pulsions (si universels soient ces deux paradigmes, excusez le terme intellectuel employé).

Richard Dubois, professeur de littérature au Collège de Lévis, a abordé le sujet de la tâche de l’intellectuel par le biais de sa parole. C’est le cœur du livre. Tout en dénonçant l’intelligentsia, cette classe supérieure des intellectuels (comme dans tout autre groupe social), il met en garde contre ceux qui agissent « comme des colonels dans le monde des idées, et auxquels il faut désobéir » (p. 7).

La parole, donc, est abordée : tout est toujours affaire d’écriture. Les politiques écrivent le pouvoir en l’exerçant, ils construisent le Réel. Les néo-libéraux « ne décrivent pas le monde, ils l’écrivent, et le disent tel qu’ils le souhaitent » (p. 9).

La parole décrit l’acte de l’intellectuel au travail. La parole questionnante, dite « intellectuelle », qui peut être aussi celle d’un spécialiste bien institué, qui découvre que « penser est gratifiant en termes matériels » (nos deux critiques n’ont pas parlé de ce paragraphe) (p. 13), et que penser peut aussi être dangereux. « (…) la Modernité a campé l’intellectuel en certains lieux (souvent l’Université) et dans certaines fonctions bien délimitées (enseignement, journalisme, etc.) globalement pourvoyeuses d’un certain prestige social » (p. 12). La connaissance comme propriété, voilà qui pourrait le mieux définir ce spécialiste détenteur (comme on dit) d’un savoir technique et positiviste. « Chaque groupe social – chambre de commerce, corporation, association – articule, en effet, une pensée qui lui assure à la fois compétence technique, sa cohésion interne, et sa plus ou moins grande conformité aux pratiques discursives ambiantes (…) » (p. 16).

On a alors ces « penseurs collectifs » à la Lévy ou à la Drucker qui sont attachés auprès des conseils d’administration, des gouvernements, des agences de publicité, « déblayant le terrain pour les grands décideurs » (p. 17). En fait, ils partagent le pouvoir avec les décideurs, car les politiques sont conçues d’après leur avis, leurs rapports et leur façon de penser les choses. On n’a qu’à considérer les sondeurs et la connaissance statistique pour s’en apercevoir. Les intelligentsias partagent le pouvoir, mais sans les risques inhérents. Le politicien demeure le responsable et le bouc émissaire lorsque besoin est.

La parole minoritaire, dite « mineure », fait l’objet du second chapitre, qui semble hétérogène à l’ensemble. La littérature dite mineure, régionale, est abordée. Léandre Bergeron, Kafka en son temps, ont écrit pour se réapproprier le territoire par la langue et le sens. Toujours question de parole, donc. Le modèle linguistique d’Henri Gobart sert à analyser, un peu schématiquement, les enjeux québécois de la création littéraire.

L’intellectuel classique, celui de la « vie de l’esprit », a cédé la place au penseur polyvalent, désacralisé, mais qui œuvre dans un monde où la parole semble ne plus avoir de place dans l’édification de la cité. La parole civique, dite « de gauche », se brouille avec celle de droite (dans la pensée néo-libérale et néo-conservatrice). Al Gore institue par exemple l’autoroute de l’information comme politique distributive et sociale. Georges Soros ou le pdg de Volkswagen (p. 35) dénonce le grand capitalisme financier tout comme Petrella ou Chossudovsky (le mot « comme » ne concerne que l’acte de dénoncer). Il faut tenir compte du contenant, dit Dubois, et plus seulement du contenu : la gauche qui domine par son contenant devient de droite (p. 37). C’est le jeu même de la pensée néo-conservatrice, que l’auteur n’analyse pas comme telle, mais à laquelle il réfère constamment. Et le contenant devient mode de transmission, d’expression, de conservation des idées. La mise en images de la réalité, sa « spectacularisation », (Debord) mot qui n’est pas sans parenté avec spéculation, c’est Michel Chartrand vedette qui donne un contenu « de gauche, potentiellement subversif », à la télé nationale (c’est pourquoi le « human interest » si bien nommé ne l’intéresse pas…). En s’éloignant du syndicalisme, Chartrand gueule à la télé, et devient montrable. On le vide de son message social (par exemple, l’absence de couverture du contenu de sa campagne contre le Premier ministre Bouchard dans Jonquière aux élections de 1998).

Le mode, dit Dubois, c’est la communication des grands médias. L’auteur mentionne aussi la pensée écologique, qui peut être institutionnelle (Greenpeace par exemple et ses campagnes). Encore qu’ici il faille faire preuve d’un peu plus de nuances que Dubois : la grande bataille de l’écologie se joue essentiellement sur la scène politique américaine, et les armes sont le lobbying, la communication et les médias. Les influences et le pouvoir des groupes écologistes sont plus forts qu’on ne le croit, surtout dans la pensée néo-conservatrice qui accorde à l’environnement une importance croissante. C’est le contenu et l’intelligence qu’il faut analyser ici, comme ailleurs. Aux écolos de ne pas se laisser prendre au jeu du Pouvoir.

Là où est le danger, c’est dans l’écologie devenue industrie et morale. Le discours d’Al Gore comme celui des industries polluantes, tirent de la notion romantique d’écologie une force qui les légitiment. Le virtuel se construit sur la notion d’écologie propre, sans taches, où tout est fonctionnel, la technologie de l’information aussi, la publicité de plus en plus. Les catastrophes climatiques mondiales feront moins de dommages et de pertes de vies si on les prévoit par une surveillance fine et en temps réel, nous disent Gore, Toffler et consorts.

La parole bien pensante, dite « correcte », permet à l’auteur de parler du « politically correct » (PPC), autrement que par une recension d’expressions drolatiques à la mode comme Voir ou Ici peuvent s’amuser à le faire. Quand on songe, dit Dubois, aux professeurs ou aux sociologues qui ont aidé à préparer les « pacifications » au Vietnam ou à ce bourreau de Pol Pot qui fut professeur de français et d’histoire dans un collège privé, on se dit qu’il y a de nouveaux enjeux de pouvoir avec ce type de pacification du langage (p. 45). La philosophie et l’éthique peuvent se défigurer facilement au contact de cette PPC.

À ce chapitre, l’auteur accuse Lyotard et Lipovetsky d’avoir seuls institué la fin du méta-récit; ce serait plutôt la société technologique qui la produit, cette fin, et qui veut mettre l’utopie (sans idéologie, sans discours, sans idées) à la place. L’idéologie du cyberespace en témoigne suffisamment. Ou peut-être serait-ce la technologie qui a repris ces idées philosophiques et les a fait siennes…? Une technologie peut-elle être influencée par des idées ? L’auteur reconnaît plus loin dans son livre un lien entre le souhait des post-modernes et le discours anomique des néo-libéraux (p. 60). Mais il faut étudier comment s’est faite la transformation et la migration de ces idées. On a là, du moins, une autre preuve du statut ambigu de l’intellectuel en cette ère de pensée diluée et technicisée.

L’usage technicisé de la parole est justement le propre de la PPC. Dubois démontre l’usage politique des distorsions du vocabulaire : « l’ouverture » des frontières des capitaux, « discours qui correspondent en tous points aux discours d’ « ouverture » des intellectuels » (p. 50). Encore une fois, négligence délibérée (censure, en fait) du contenu; « qui tire avantage de l’ouverture? » (idem). Peu d’intellectuels réussissent à démêler cet écheveau créé par un terme – qui est progressiste, « positif », qui a belle jambe et belle image, qui rassure, et qui prend les mouches au miel.

Même constat pour la notion de l’Autre, laquelle devient un « petit Club de Nous intéressés » (p. 51), comme dans le discours des fédérants, des libre-échangistes (dans toutes les acceptions du terme…), des partisans de l’Aléna. L’internationale financière est le vrai visage de cette « réalité nouvelle » de la nouvelle économie. « (…) l’intellectuel confondant slogans et vertu, qui veut bien s’occuper des « ayants droit » (p. 51), n’est-ce pas d’abord celui des chaires et des groupes de recherche sur les femmes, les Noirs, les minorités? On valorise l’altérité sans tenir compte de l’analyse globale du social et des rapports économiques. Autre ruse de la technicisation du savoir. « Gens sérieux, d’affaires et d’intellect, exactement sur la même longueur d’onde » concernant les « grands ensembles » (p. 52, Roy et ses collègues ont dû être touchés par celle-là, à n’en pas douter). Il s’agit toujours de produire une image moralement acceptable du néo-capitalisme (p. 53). « Les convergences ici inquiètent : on suggère aux intellectuels quoi penser, comment re-nommer le monde, la nécessité de nouvelles catégories – et ils le font » (idem). Le discours multiculturel (surtout celui du Québec) est pointé par Dubois en ce sens.

La parole de Marx, quant à elle, dite « dépassée », pourrait réapparaître là où on ne l’attend pas : « le marxisme constitue la première pensée sceptique planétaire » (p. 56). C’est bien là effectivement son essence. Ajoutons ici qu’on oublie trop facilement que le totalitarisme n’est pas une invention du marxisme, et qu’il commence avec la Révolution française en 1789. Le totalitarisme est une planification rationnelle du pouvoir, qui a dégénéré en barbarie avec le socialisme d’État.

L’actualité de Marx est frappante, note Dubois : les « dix plaies du nouvel ordre mondial » sont exactement celles que Marx avait identifiées en son temps, écrivait Jacques Derrida dans Spectres de Marx (Galilée, 1993).

Donc, la pensée unique mondiale n’aura jamais dit les choses avec des mots aussi « polis, techniques, raffinés » : « re-engineering » pour chômage de masse, « dépenses » sociales et de santé et « investissements » productifs, « pertes collatérales » des « frappes » US au Moyen Orient (d’où l’importance tout de même, remarque Dubois, « pour nos jeunes universitaires ce savoir ce qu’est un euphémisme ou une litote… », p. 59). L’étude du français va redevenir une priorité à l’école?

Petite définition du virtuel qui frappe particulièrement : « le détournement vers la sphère privée de l’impuissance collective » (p. 61). De la « fin de l’Histoire » : « Marx parlait de la faire, les néo-libéraux la proclament » (idem). De l’abolition de l’État : « (…) un avenir, un devenir, un travail des hommes, des valeurs », alors que la vision repue et triomphante des néo-libéraux est celle du stade suprême du capitalisme qui abolit cet État  » (idem).

Avis encore à nos chroniqueurs culturels qui tâtent de la politique de temps en temps : l’État capitaliste militarisé (Chine, Indonésie, Mexique, pays d’Amérique du Sud, Corée…) fascine nos chefs de gouvernement et investisseurs actuels. Serait-ce un nouveau modèle ? (p. 62).

En aparté final, l’auteur médite sur l’intellectuel québécois, qui hérite des faiblesses des « petits peuples peu sûrs d’eux-mêmes » (p. 64), et qui investissent tout dans le politique, comme nous l’avons fait dans la chanson au cours de notre éveil dans les années 50 et 60, et comme nous le faisons encore. « [les universitaires] deviennent polémiques et ne créent plus rien sauf de la polémique enragée » (p. 66), polémique alimentée comme denrée informationnelle dans notre presse « alternative ». « Petits peuples, petits intellectuels? En tout cas, ils imitent bien. Et sont à l’affût de tous les discours à la mode » (idem).

Disparus, ou tus, en effet, les Fernand Dumont, Guy Frégault, Fernand Ouellette, les Claude Jutra et Michel Brault des années 60 qui rivalisaient d’audace avec la Nouvelle Vague. Tu aussi le Denys Arcand du grand cinéma politique et social des années 70, celui d’avant Le déclin. En fait, nous avons de bons essayistes, à la Jacques Grand’Maison ou à la Jacques Dufresne, ou encore comme Pierre Vadeboncoeur, qui part de la question nationale pour aller vers la spéculation philosophique, mais pas de bons philosophes. La situation calque celle du cinéma : nous avons des techniciens « world class  », mais pas de bons scénaristes. On semble incapable de produire un construit à nos idées pour les ordonner dans un développement et une continuité, pour leur donner une profondeur.

Dubois clôt son essai quasi-pamphlétaire par une interpellation gênante pour nos nationalistes : « Qu’avons-nous créé, nous Québécois, comme pensée, théorie, École, concept ou système? Je ne parle pas de Vidéotron ou de Canadair, qui font et diffusent des idées concrètes, je parle de pensée, de système, de théorie? » (p. 67). Où sont nos figures mondialement reconnues? Peut-être notre continent nous condamne-t-il au pragmatisme?» (p. 68). « (…) elle est où, l’innovation québécoise dans le domaine des idées? Il ne s’agit pas de se dénigrer soi-même. Cité Libre le fait déjà honorablement en mettant la moitié de l’électorat québécois dans le camp des « tribaux » sanguinaires « ethnicistes » et « rétrogrades » (idem).

Double crise d’identité de l’intellectuel d’ici, donc. Et même triple, du moins dédoublée encore par l’ombrage porté de l’incertitude canadienne elle-même, qui fait porter sur le « problème québécois » ses propres peurs et ses propres fantasmes. Et qui n’a pas produit elle non plus de pensée authentique ni d’intellectuels (sauf McLuhan, observe Dubois, et ajoutons Harold Innis, qui fut le père spirituel de McLuhan). On pourrait citer John Saul ou Charles Taylor, mais leur incompréhension de la question nationale diminue leur portée.

« L’Amérique importe peu d’idées (…) elle exporte des savoir-faire – qui à la base sont des idées » (p. 73). Résister à la nouvelle forme de pensée pragmatique :« J’aime rappeler le devoir de résistance : l’Homme contre les réseaux, l’humain contre les structures, le privé contre le mondial, le national contre l’internationale du Dollar, le silence contre le tout-télé, le contact direct contre le tout informatique, la vieille évidence contre la nouvelle » (p. 78).

Pierre Blouin

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