Compte rendu : Walt CRAWFORD; Michael GORMAN; Future Libraries: Dreams, Reality and Madness, ALA Editions, 1995 (ISBN: 0838906478) par Pierre Blouin

La culture du digital

Michael Gorman et Walt Crawford; Future Libraries : Dream, Madness and Reality. Chicago ; London : ALA Editions, 1995, 198 p.

 

The only difference between the men and the boys is the price of their toys
(Lu sur un «  bumper sticker » d’automobile, p. 36)
La futurologie a beau jeu dans nos pays industrialisés : les prévisionnaires y sont couverts par une immunité d’espèce technocratique, qui confère plus de sécurité que l’immunité banale dont jouissent parlementaires et diplomates.
(Georges Elgozy, «  Le bluff du futur :demain n’aura pas lieu », pp. 82-83)

 

Avec le rêve du cyberespace, celui de la bibliothèque électronique « virtuelle » semble sur le point de se réaliser et enflamme les imaginations les plus fiévreuses. Mais, comme tout rêve, il comporte aussi sa part d’impossible et d’excessif, mêlant l’irréalité et le merveilleux dans l’imagination de technocrates ou de professionnels, voire d’intellectuels, en mal de volupté technologique. Gérard Mercure, un bibliothécaire québécois, écrivait déjà en 1994 : «  Ce n’est pas à travailler à l’avancement de sa carrière que de promouvoir une bibliothèque bien pourvue de livres et des services personnalisés à ses usagers. Il est de meilleur ton de rêver tout haut de bibliothèque virtuelle et de scruter l’horizon pour y apercevoir des usagers non identifiés ». (1) Le présent ouvrage de Gorman et Crawford ne nous permet pas de douter un instant de la véracité de cette prophétie. Bien que le Web n’en était qu’à ses balbutiements à cette époque, la mise en ligne de l’information était déjà suffisamment développée, et on commençait à célébrer le festival permanent qu’on connaît aujourd’hui.

Dans ce volume aux allures d’essai polémique, les auteurs, qui sont deux praticiens ayant joué un rôle prépondérant dans l’automation des bibliothèques, tentent de remettre à leur place les valeurs de base de la bibliothéconomie, en exposant les limites de la mutation technologique. Gorman, entre autres, a largement contribué à l’élaboration des règles de catalogage (dites RCAA dans le jargon) de 1978 à 1987, et aux RCAA2 la même année. Il collabore à American Libraries à de nombreuses reprises. Il est un des acteurs majeurs du projet de catalogue virtuel des universités de Californie. Pas du tout technophobe donc, et encore moins luddite. Simplement réaliste.

Soulignons que l’ouvrage a remporté le Blackwell Scholarship Award 1997, décerné par l’« Association for Library Collections and Technical Services » (ALCTS) aux Etats-Unis.

Avec Crawford, Gorman met de l’avant dans ce livre une approche véritablement rationnelle qui tient compte du facteur humain, cela dans un accès et un style bien lisibles, pas du tout gestionnaires. Le débat est d’emblée situé dans un contexte sociologique et économique. On laisse enfin tomber ici le débat formaliste autour de la mort de l’imprimé et de la disparition du livre. Le débat théorique sous-jacent à ces approches qui ont été privilégiées a toujours été occulté, et ce débat, c’est celui de la définition de la bibliothéconomie. Les auteurs n’y échappent pas, et c’est pourquoi on peut avoir l’impression de relire chez eux des axiomes de base que l’on a appris dans nos cours. Or, il y a une nécessité aujourd’hui, celle de reformuler ces vérités fondamentales pour les réactiver.

L’argument de l’adaptation inévitable au changement (sous-entendu technologique) représente de plus en plus une sorte d’exploitation de la réalité ; s’il est nécessaire d’apprendre et de s’initier aux technologies de l’information (ce que, pour notre part, nous n’avons jamais remis en cause), il est tout aussi essentiel de les relativiser, de les intégrer à une pratiquer qui leur préexiste. Bref, il est aussi nécessaire de les penser. Et même d’en questionner la pertinence et la nécessité par rapport à d’autres pratiques, à d’autres moyens. Comme le disait Pierre Bourgault aux archivistes québécois réunis en congrès, (reprenant à son insu la pensée exacte de Paul Virilio), il faut se servir de la technologie de l’information tout en résistant à sa force. Lorsqu’on entend un directeur de bibliothèque publique (et président de l’Association des directeurs de bibliothèques publiques du Québec, l’ADIBIPUQ) soutenir que «  Si les bibliothèques publiques ratent le virage technologique, elles risquent de se retrouver dans le décor, avec comme seul viatique, «  la nostalgie de l’odeur de l’encre et de la texture du papier « , on peut se demander quelle conception culturelle du livre et de la lecture un bibliothécaire de la nouvelle génération peut se faire…(2) La créativité de la bibliothèque est d’emblée ramenée à une affaire d’innovation technique, laissant de côté un paquet d’autres questions irrésolues, dont celle de la distinction à faire entre l’information et la connaissance.

Faisons un court détour par l’histoire pour mieux saisir les propos qui vont suivre : lorsque le microfilm et les bases de données industrielles sont apparues au cours des années 50 et 60, la bibliothéconomie y a vu l’occasion rêvée pour se redéfinir, se mettre à la page, briser son image souffreteuse et conservatrice, initiant du même coup le casse-tête où elle se trouve maintenant. Le niveau purement formel du débat autour de la disparition de l’imprimé a fait l’affaire d’un establishment de la profession, puisqu’il laissait le champ libre à une définition technique (managériale, scientifique, gestionnaire) du bibliothécaire, qui est devenu spécialiste (de l’information). Pouvait-il en aller autrement, se demandera-t-on ? Les compétences et les prérequis ne sont plus les mêmes qu’avant, bien entendu. Mais si des compétences nouvelles sont très fortement liées à l’évolution technologique, il n’en reste pas moins des compétences de base, qui ont presque tendance à être diminuées, voire oubliées, dans le contexte euphorique actuel. Voir par exemple la gestion des collections ou le catalogage dans les nouvelles méga-bibliothèques (lire notre analyse de la Grande Bibliothèque dans ce numéro).

Bref, on oublie les compétences de base au profit des compétences techniciennes. Cela ressort clairement au fil de la lecture du livre. Quand on considère que l’American Library Association (ALA) accorde une certification à près de 5 000 diplômés par an depuis 1993 et que sa présidente, Elizabeth Martinez, avoue ne pas posséder de statistiques précises sur le placement de ces heureux élus, il y a de quoi s’interroger. Elle concède que « more and more, we’re hearing titles like cybrarian, information specialist, Webmaster, knowledge navigator, and data base manager » (3), toutes formes de titres qui s’apparentent aujourd’hui aussi bien à un gestionnaire d’affaires, voire une secrétaire, qu’à un bibliothécaire. Ford, Monsanto ou Microsoft emploient des « configuration managers » et des « records management analysts », poursuit-on dans l’article. Les NTI (nouvelles technologies de l’information) sont peut-être avant tout assez rentables et payantes : depuis 1986, dit Martinez, les inscriptions sont en hausse de 47 % aux USA et au Canada dans les écoles de bibliothéconomie. Dans les universités du Texas et du Michigan, on enregistre une hausse de 50 %. Des entreprises, comme CNA Insurance, mettent sur pied des programmes internes (« internship programs ») qui vont concurrencer bientôt les universités.(4)

Donc, le rappel des notions de base que font les auteurs n’est pas vain : la bibliothèque a comme rôle de conserver, organiser et diffuser la connaissance et l’information sous toutes leurs formes, et d’aider les lecteurs à y avoir accès. Distinguant information et connaissance, ils posent comme premier axiome : les bibliothèques ne se préoccupent pas d’abord de donner de l’information. Elles préservent, disséminent et utilisent la connaissance, ce qui fort différent d’un mandat de simple accès visa l’interconnexion en réseau. On rappelle ainsi que les cinq lois de Ranganathan sont tout aussi applicables aujourd’hui qu’elles ne l’étaient dans les années 30.

Deuxième axiome : Respecter les choix et les formes de connaissance (p. 9). Ne pas sous-développer le livre au profit de l’informatique. Penser un équilibre en tout : imaginer la planification sensée et partagée des tâches avec le personnel plutôt que d’automatiser un processus qui n’a pas besoin de l’être ; rechercher des solutions aux problèmes plutôt que de compenser par l’application automatique d’une technologie et surtout, peser sérieusement les coûts et les bénéfices de l’innovation technologique, ce que les promoteurs ne veulent que rarement aborder. Il ne suffit pas en effet de dire qu’une technologie ne coûte presque rien et que ses coûts ne peuvent que diminuer avec le prolifération des logiciels ou des équipements. Toute technologie est d’un coût phénoménal au départ, rappellent les auteurs, seule l’augmentation des frais de maintenance et/ou de remplacement semble négligeable (ces frais sont eux aussi considérables), et de par là même, fait illusion.(5)

L’innovation comme fin en soi est d’ordinaire promue par la frange des bibliothécaires qui ne sont pas en contact avec la communauté des lecteurs ordinaires, soutiennent Gorman et Crawford. Ils vivent dans un milieu très technologisé, soit en université ou en entreprise, voire en bibliothèque publique ; pour eux, la lecture ne représente qu’un discours surtout décoratif, qui sert par exemple à justifier une idéologie de la culture servant à la production ou à l’implantation du multi-médias. Cette catégorie de bibliothécaires ne lit pas beaucoup de livres, autres que de la documentation technique touchant à leur domaine ou leurs intérêts immédiats.(6)

Troisième axiome : Protéger l’accès gratuit au savoir (p. 11). Bien que fort discutée actuellement, cette prémisse traditionnelle de la bibliothéconomie trouve ici un sens particulièrement significatif. Il est clair qu’« avec les réseaux, c’est la tarification de la connaissance qui s’en vient, on le constate chaque jour. La numérisation veut aussi dire le paiement électronique de consultation (avec la monnaie électronique, il est possible de construire un circuit de l’échange par et pour la connaissance). Le savoir acquiert une quantification de type monétaire avec le réseau. D’ailleurs, on parle maintenant de transaction au lieu de consultation effectuée sur un site Web dans le réseau.

Après ces notions de base, un second chapitre explore la « voix » du livre, qui nous parle où et lorsqu’on le désire. Le livre est lui aussi une technologie, et une technologie simple, non coûteuse et d’une efficacité remarquable. Le livre n’est désuet que pour un certain nombre d’usages qui peuvent être remplacés par l’électronique, par exemple le bottin ou le catalogue. Mais on ne lit pas de tels documents, on les consulte. « Le débat papier versus électronique est vraiment celui autour de la lecture et des meilleurs moyens pour lire » (p. 13, les soulignés sont de nous). « Sustained reading leading to the acquisition of knowledge is important (…) » (p. 14). Pourquoi imposer ses besoins d’information en ligne, alors que les besoins actuels se mesurent en nombre de magasines et en collections de qualité dans les bibliothèques ? (7)

On donne un petit coup de griffe à l’hypertexte en passant, parlant de lecture en Pages Jaunes (p. 23). Encore là, un usage éclairé de cette fonction est expliqué, lequel tient en grande partie à l’information, à la formation et à l’aide au lecteur, (p. 24), bref, à cette fameuse fonction d’intermédiaire ou de médiateur qu’on reconnaît depuis 20 ans au bibliothécaire.

Un aperçu de l’économie de l’édition nous fait comprendre ensuite les avantages et les inconvénients de la publication électronique. Les auteurs remettent en question les coûts comparatifs des périodiques imprimés et ceux publiés en ligne (pp. 30-35). « Print on paper is a highly refined technology, developed over several hundred years and made cost-effective and timely by contemporary technology » (p. 34). De quoi sourire ? C’est tellement évident que personne n’y pensait plus… On ouvre ici toute une réflexion sur une opposition classique, mais que la nouvelle donne va transformer dans un sens qui n’est pas nécessairement celui des apôtres de la bibliothèque-éditrice.

Dans un troisième chapître, on explicite les fantasmes du « technolust », cette propension à croire que tout se « technologise » parce que la proportion des ventes et des marchés de la technologie de l’information augmente. Durant les années 50, on croyait que chacun allait pouvoir transporter la Bibliothèque du Congrès dans sa valise, grâce au microfilm… (p. 36). « Technojunkies look at new devices and see wonderful toys or wonderful «solutions» and never seem to pause to investigate the existence of the «problem» these devices are meant to solve » (p. 37). Des études de cas assez explicites accompagnent cette présentation.

« The stain of the technolust is most difficult to deal with. It blinds its victims to reality in general » (idem). C’est ainsi qu’on est conduit à croire en une gratuité du branchement et de l’accès au réseau, alors que ces faciltés sont subventionnées et nous donnent l’illusion d’être gratuites… Mieux, toute information devrait être gratuite, soutient-on (p. 41). Les technojunkies (qu’on pourrait nommer infocrates en français) n’écoutent pas les autres points de vue et construisent un nouveau monde dont ils se disent les apôtres. « They know what is right, and dismiss other viewpoints as being old-fashioned and retrograde » (p. 42). « Technojunkies do not understand real-world economy as well (…) Their sanitized view of the world resembles nothing as an intellectual theme-park » (p. 43) (8).

Les mordus du discours technologique (9) négligent les sacrifiés de cette révolution, à savoir les techniciens, le personnel et les producteurs de matériel, écrivains, auteurs, qui ne touchent qu’un infime pourcentage des ventes dans le système actuel de l’imprimé. Toute la question du droit d’auteur touche en dernière analyse à cette catégorie des « travailleurs du savoir » dont on fait assez bon marché dans les théorisations gestionnaires savantes ou demi-savantes de l’élite (revues spécialisées ) Qu’en serait-il avec le document numérisé, imprimable à l’infini, sur demande ? La situation pourrait être pire, car les détenteurs de droits de documents numériques seront beaucoup plus puissants que nos éditeurs actuels. La solution rêvée ne serait-elle pas l’identification de l’usager sur le réseau ? Ce qui amènerait la bibliothèque entièrement digitale à contrôler l’accès en temps réel, instaurant ainsi un contrôle des consultations et des contenus consultés en vue de leur meilleure gestion…. Il est effectivement inquiétant de constater comment on fait bon marché des questions touchant aux « ayants droit », de voir comment on réduit la question à sa seule dimension technique, c’est-à-dire juridique ; comment, entre autres, on privilégie la problématique du tarif des revues scientifiques et autres au regard des circuits de production-distribution classiques (cf. Jean-Claude Guédon), problématique qui est propre à un milieu scientifique et universitaire (sociétés savantes, presses universitaires) et qui ne s’aventure pas dans une interrogation globale

En fait, un certain aperçu de la bibliothèque digitale peut nous être donné par l’état actuel du Web, qui en est après tout le prototype. L’« offre informationnelle » est largement dominée par le contenu corporatif et économique au sens large (gouvernemental, statistique, technologique). Les sites corporatifs et institutionnels dominent, et avec raison, parce que ce sont les plus riches de moyens, les plus proliférants (on a déjà évoqué une entreprise qui avait des dizaines, voire une centaine de sites par affiliations diverses). La bibliothèque digitale universelle est comme les méga-bibliothèques physiques : elle nécessite des mises de fonds énormes. C’est la condition de son existence. On parle bien sûr ici de la bibliothèque rêvée par les théoriciens du virtuel, pas des petites collections ou des sites répertoire ou autres, dont l’échelle et les fonctions dédiées permettent, du moins pour l’instant, d’échapper à cette complexité. Il est clair que les mentalités sont formées par cette offre informationnelle, par cette logique de vitrine infopublicitaire qui domine. Toute entreprise de digitalisation est patronnée par les grandes entreprises multinationales, qui y voient une occasion de former et de fidéliser des consommateurs d’information. C’est là une des facettes de la digitalisation qu’on ne devrait pas oublier, et qui de toute façon risque bien de nous revenir de manière un peu brutale avec l’avènement du livre électronique.

Le chapitre quatrième aborde justement l’édition et la distribution électroniques, en spécifiant qu’elles ne s’appliquent pas à n’importe quel contenu. Un catalogue ou un index ne sont pas un essai ou un livre de philosophie. Même la revue électronique comme celle que vous lisez doit être imprimée pour être lus confortablement. Et comment l’imprimez-vous, ce texte ? À un dollar la page dans un établissement commercial, ou à votre bureau, à l’université (moyennant l’achat d’une carte magnétique) ou à votre entreprise ? Déjà là, vous êtes des privilégiés de l’information. On comprend pourquoi M. et Mme Tout-le-Monde préfèrent, eux, acheter un « paperback » (dans les librairies anglophones uniquement) à 3, 4 ou 6 dollars, ou une édition populaire dans un kiosque de station de métro… Ou encore aller à leur bibliothèque de quartier. Étrange combat que celui pour la gratuité des bibliothèques alors qu’on ne glisse mot sur celle de l’information électronique (coûts initiaux d’un ordinateur haut de gamme, d’une imprimante, de logiciels nécessaires et performants, des accès, des services, etc…).

Un cinquième chapitre analyse les solutions auxquelles correspondent les moyens électroniques, en les relativisant par rapport à l’ensemble de la circulation des documents. La technologie du moment n’est pas nécessairement la solution idéale et sans alternative aux types de communications qu’exige la pratique bibliothéconomique. L’édition électronique a des faiblesses spécifiques qui vont au-delà de la facilité de lecture des documents produits, et que les auteurs résument par cette question : « Can the user cope with the quantity and the lack of structure of the data and information ? » (p. 72).

En ce sens, ils soulignent la nécessité de distinguer gestion des données et gestion documentaire : « The data [of insurance companies] may very well be commercially useful and necessary, but it should be seen for what it is—unprocessed data and, as such, of little concern to libraries » (p. 73). La notion de veille statégique en entreprise a été amenée à rabattre la gestion bibliothéconomique au travail de gestion de l’information en entreprise, dans l’optique d’une valeur stratégique de l’information, valeur ajoutée à haut rendement économique (contrairement à celle qu’apportait le simple catalogage, par exemple).(10)

En analysant les problèmes posés par la recherche en plein texte, telle celle permise par WAIS, les auteurs nous rappellent une vérité de La Palice, mais qu’on a tendance à oublier encore et encore : la recherche par occurrence, grâce à la technique du mot clé mise au point au début de l’informatique, s’applique très imparfaitement à de grandes bases plein texte telles le Web. Il faut développer une recherche théorique, entre autres en sciences cognitives. Le travail de construction des résumés dans la base ABI/Inform ne peut s’appliquer à des domaines comme celui d’Internet. Il s’agit là d’un apport intellectuel propre à tout instrument défini par la science bibliothéconomique (science étant entendue ici par son sens large de méthode, et non pas comme un savoir académique) (p. 76).

Les auteurs remarquent fort pertinemment une déconsidération du travail du bibliothécaire au profit de celui du spécialiste de réseau :

Unfortunately, that group – professionnal librarians – tends to be ignored by the computer wizards dreaming of new and wonderful tools. Worse, some librarians seem to ignore their own achievements and assume that the new ways, even ways that exist only in the fertile brain of some futurist, are better (p. 77).

Le danger est également présent chez l’étudiant et le professeur. La fausse gestion de l’information les amèneront à se sur-spécialiser et à dépenser temps et argent à jouer avec le gadget technologique (ce qui est fort agréable), négligeant le travail d’organisation, de synthèse, d’analyse, en un mot, le travail de création (p. 81).

Some assert that, in the future, all scholarship will be cooperative (…) and that is to be good. This assertion is oversimplified to the point of inanity. Some scholarship is, and should be, cooperative. But the best of new thinking, however, is not. Some scholarship arises out of simply massaging existing data (…) (idem).

Il nous faut combiner le « surfing » et le « swimming », ne pas craindre de plonger dans l’océan informationnel pour en extraire réflexions, analyses critiques, synthèses, visions plus personnelles et globales (p. 84). La vision du tout-à-l’électronique est un cauchemar irresponsable, illogique et impossible, soutiennent Gormann et Crawford (p. 87). Rarement aura-t-on lu une critique si radicale et si franche. L’opposition des conceptions est extrême, entre un Jean-Claude Guédon (un défenseur de la digitalisation reconnu dans le monde francophone, et internationalement) et ces deux pourfendeurs du mythe technologique. (11).

« The key point here is replacement. It is no accident that some futurists will not contemplate the print and electronic media in peaceful coexistence. The economic case for the universal workstation rests squarely on abandoning well-maintained print collections » (p. 89-90). Remarquons à cet égard ce qui s’est produit dans une bibliothèque prestigieuse comme celle de San Francisco (voir notre article sur la Grande Bibliothèque du Québec). Convertir drastiquement les imprimés existants est tout à fait injustifiable, pour la bonne et simple raison que la technologie ne cesse d’évoluer (celles des énormes mémoires nécessaires entre autres), compliquant graduellement l’opération par le fait même. Pire, la conversion sélective introduit un arbitraire inquiétant : qui décide de conserver quoi ?

Who needs anything but the best and most up-to-date nonfiction works ? (…) This approach is a recipe for totalitarianism, a refined form of book-burning. Who will make the decisions ? Ultimately, those with the gold make the decisions, and, in this case, that means the government and mega-business  (p. 93).

Le matériel non converti sera inacessible parce que trop coûteux à conserver, non rentable… Les promoteurs de la virtualisation documentaire se prétendent aussi écologiques, mais leur prestation ne convainc pas tout à fait jusqu’ici : l’informatique dépense autant de papier, sinon davantage dans de nombreux milieux de travail. L’impression sur demande exigerait 7,5 fois plus de papier chaque année que la quantité totale présente dans nos bibliothèques publiques.Un calcul rapide de la circulation dans les bibliothèques américaines et canadiennes nous dit ceci : 1,6 billions de livres circulaient en 1991-1992. Supposons une moyenne de 200 pages par livre, et les coûts d’une impression « just-in-time », selon les auteurs, se montent à 8 billions $ (US, bien sûr), et ces derniers excluent les redevances aux auteurs, les impressions faites en biliothèque, les droits de distribution, etc. Le budget total des bibliothèques considérées était de 5 billions $ durant la même période.

Il est clair que la vision du tout-virtuel profite d’abord à l’industrie du multimédias, du logiciel et de l’équipement informatique. Il s’agit de créer un bassin de consommateurs, en participant au mouvement vers la monétarisation du savoir, lequel contredit le principe même de la bibliothèque comme service à la communauté, financé par cette dernière et accessible à tous. L’appellation de « free library » a cristallisé cet idéal dans l’imaginaire et la réalité américaine depuis des générations.

« The institutions apparent costs are reduced by the simple expedient of concealing actual costs and shifting them to the user (…) The free library is now only freely available to those with the money to pay » (p. 101). La gratuité serait-elle en passe de devenir un mythe ? Tout comme celle d’Internet, qui se paie en tant que vitrine technologique et commerciale par une hausse des tarifs généraux chez Bell Canada, qui disait au début 1998 vouloir ainsi financer l’implantation croissante des services Internet en région.

Le ton se corse au chapitre 7, lorsque les auteurs ne mâchent pas leurs mots pour dénoncer les professionnels qui dévaluent leur propre profession pour mieux jouir de leur nouveau statut de gestionnaires. Ce ton serait qualifié d’« agressif » par certains bibliothécaires québécois peu habitués à de telles mises au point…

It is profoundly discouraging to read that the head of a public library system, a person who calls himself a «chief executive» rather than a library director, has turned all the librarians into information specialists. Every white collar worker, professional or not, could be called an «information specialist». It is a bland, meaningless term (…) (p. 105-106).

La bibliothèque est-elle pour autant devenue un centre d’information ? Le directeur de la Bibliothèque du Congrès, qui défend la complémentarité de l’électronique et de l’imprimé, « does not have an MLS (Master of Library Science).The head of the public library system alluded to [voir ci-haut] does have an MLS. Which professional serves libraries better ? » (p. 106). La référence s’inscrit dans cette « vision amincie » de la bibliothèque, où on se demande dans quelle mesure la présence même du bibliothécaire est indispensable à la recherche des documents. À l’Université Laval, à Québec, ce sont maintenant des techniciens et des commis qui guident les usagers « sur le plancher », les bibliothécaires ayant regagné leurs cubicules d’arrière-scène d’où on les avait tirés il y a de nombreuses années, lorsqu’ils ne sont pas en « en deuxième ligne » pour seconder les techniciens durant certaines périodes déterminées.

L’acquisition n’est pas aussi sans souffrir d’un tel aveuglement, continuent Gorman et Crawford (12) :

The idea is that even the largest university library should acquire items only when they are currently in demand (…) get rid of all journal subscriptions and centralized collections (…) this, not surprisingly, has been embraced enthousiastically by bureaucrats and technovandals (p. 109).

En fait, l’idéologie de ces « nouveaux barbares » concerne l’éducation elle-même, dans laquelle s’inscrit la bibliothéconomie :

The new barbarians will prove that the all-electronic virtual library is cheaper and better than boring old-print or some confused combination of print and electronic. They are already proving to some university management teams that the road to vibrant health for the university is to eliminate everything taht does not return top dollar to graduates ; in other words, they are turning universities into vocational schools (p. 111).

Répondre aux besoins du marché est le dogme qu’on ne peut remettre en question. Ce qui veut dire, entre autres, privilégier la veille économique, l’approche systèmes (sic), la démarche qualité (resic). On fait peu à peu équivaloir la bibliothéconomie à la gestion des TI, alors que les deux domaines sont différents et spécifiques. Le livre de Gorman et Crawford insiste sur une définition fondamentale du bibliothécaire, qui le situe en dehors du spécialiste de l’information, puisqu’on n’a pas encore réussi à le distinguer raisonnablement de l’expert en gestion, du concepteur de réseaux, de l’expert en multimédias ou encore du gestionnaire en bureautique.(13).

Des promoteurs « provocateurs » comme John Kountz nous avertissent que le bibliothécaire est en passe de « devenir le curateur archaïque d’un système de livraison intellectuelle pour des artéfacts de papier » (p. 112) ; or, que sont des artéfacts de papier au juste ? Nos actuelles listings informatiques et nos tas de feuilles au laser dans 50 ans sûrement… Comment ne pas avoir une conception uniquement gestionnaire et économiste du livre et de la connaissance pour affirmer pareille chose, et quel mépris inconscient, jamais remarqué, pour la fonction actuelle de bibliothécaire, sous prétexte de changement nécessaire ? Comme si les livres étaient soudainement devenus des artéfacts du passé, des modes dépassés de la connaissance, simplement parce que des moyens plus efficients et rapides, plus séduisants, arrivent sur le marché et donnent l’impression que tout va changer pour le mieux grâce à eux, et uniquement à eux…

La gestion plus facile et flexible de l’information est une chose, l’organisation et la distribution des connaissances et la lecture en sont une autre. Les moyens matériels de consultation restent à leur stade optimal, dépendants du papier, ou de quelqu’autre matériau pouvant le remplacer (le livre électronique nous rend encore dépendant du système technique). La circulation et la distribution des documents en entreprise et en bibliothèque n’est pas susceptible d’être renouvelée à moyen terme par les processus électroniques : il faut encore imprimer si on veut distribuer aux gens qui n’ont pas d’ordi, effectuer un tri ou classement de nos feuilles brochées (qui auraient bien besoin d’être reliées d’ailleurs).

Soulignons au passage les coûts afférents que représentent les logiciels ROC (reconnaissance optique des caractères) à licence d’utilisation, tel celui d’Adobe, Acrobat, pourvu d’un compteur qui en rend l’utilisation périmée après un nombre donné d’utilisations. Il y a aussi les coûts des logiciels de sécurisation des données nécessaires à des solutions plus économiques, comme celles d’Acrobat justement. Ces coûts supplémentaires peuvent être considérables, et sont presque toujours amortis au détriment des collections et du personnel, comme on l’a vu. À titre d’exemple de coûts de consultation digitale, mentionnons celui de la jurisprudence québécoise, interrogeable sur le serveur SOQUIJ à 1,30 $ la minute de branchement, plus un abonnement de 15 $ par mois. « De plus, pour lire à l’écran ou faire imprimer la décision juridique, il en coûte 25 cents l’octet. Une décision moyenne de 25 pages ou de 2 500 mots représente une facture de 62 $ environ. Le total pour une recherche par mois dans un organisme comme la Conférence des recteurs universitaires québécois serait de 80 à 100 $. Chaque décision supplémentaire coûterait environ 50 $. On a contacté une personne qui a comptabilisé son utilisation du service de SOQUIJ à 10 heures par mois. Sa facture se situait à près de 800 $. » (14).

Les efforts faits pour augmenter la productivité et améliorer les conditions de travail en bibliothèque, ainsi que la satisfaction au travail, sont loin d’être couronnés par l’informatisation, soutiennent les auteurs. Remarquons encore ici que tout un discours sur la qualité a succédé à celui de l’excellence (la qualité fait plus fonctionnel, plus technique), mais « cette imitation du modèle de l’entreprise s’avère désastreuse (…) Elle confine parfois à l’absurde. Quel sens peut en effet avoir la notion de « qualité » et a fortiori de « qualité totale », ou encore de « marketing » ou de d’« orientation client » si elle ne se réfère pas à des missions et des services définis ? » (15)

Les auteurs en appellent à une vision humaniste et courageuse (« affirmative » en anglais ) pour contrecarrer celle fondée par l’approche mécaniste (p. 113). Ils proposent des avenues de solution :

  • S’adapter au changement, oui, mais au changement des mentalités et des visions, pas au simple changement technique imposé par l’industrie du savoir et de l’information.
  • Aborder le changement dans sa complexité, non pas dans sa linéarité, orientée, elle, dans la consommation de produits et services (voir notre note sur le livre The Culture of Technology, qui explicite cette attitude ).
  • Être conscient de la diversité des bibliothèques, de leur complémentarité (par exemple, publiques et universitaires).
  • Ne pas définir la bibliothèque comme un centre d’information universelle. Cessons de la considérer comme désuète parce qu’elle est ce qu’elle est.

Les prophètes, observent les auteurs, font leurs prédictions à partir d’un faux passé : de 1894 à 1994, la bibliothèque a en effet été le lieu de grands changements, aux plans de l’alphabétisation, l’apprentisage, l’animation, le service au lecteur et à la collectivité. Croire qu’elle n’a été qu’un entrepôt de livres poussérieux relève du mythe qui est utilisé à bien des sauces, et qui est bien facile à propager dans le public. « The absolute predictions of the futurists are made in the comfortable knowledge that nobody will denounce them, or even remember, when those projections do not come true » (p. 125).

Pierre Blouin



Notes

1. « Bibliothéconomie versus science de l’information », Documentation et bibliothèques, Juillet/Septembre 1994, p. 166. (Retour au texte)

2. Roger Bellefeuille, « L’avenir repose sur le virage technologique », Le Soleil, 24 avril 1994, p. C4. (Retour au texte)

3. Kate Murphy, « Moving from the Card Catalog to the Internet », New York Times, Jan. 6, 1997, p. D5. Notons la différence de ton et de contenu de cette entrevue d’avec celle de l’organe de l’institution, American Libraries. (Retour au texte)

4. Pour la problématique touchant la profession bibliothéconomique en redéfinition, voir le texte de Roger Charland, « Le bibliothécaire n’est pas une espèce en voie de disparition, les musées de sciences naturelles ne sont pas prêts de l’acquérir », Hermès, Vol. 1, no 1, Printemps 1998. (Retour au texte)

5. Walt Crawford, « Paper Persists : Why Physical Libraries Collections Still Matter ». Online, Jan. 1998 [www.onlineinc.com/onlinemag/OL1998/crawford1.htm ]. Voir également le témoignage d’une bibliothécaire de l’Université de Californie et membre des Computer Scientists for Social Responsibility, Karen Coyle, où elle soulève les questions économiques et morales liées à la responsabilité sociale et à la problématique de l’accès. « Growing our Communications Future : Access – Not Just Wires ». Progressive Librarian, No 14, Spring 1998, pp. 22-33. (Retour au texte)

6. On reconnaît là les lecteurs et les rédacteurs de la Lettre du bibliothécaire québécois… (Retour au texte)

7. Un exemple parmi d’autres de cette place secondaire de l’objet livre par rapport à une vision du réseau d’accès : l’amende de retard au prêt de deux heures sur place, dont les étudiants d’une bibliothèque comme celle des HEC se moquent (ils préfèrent payer). Pourquoi ne pas penser à une amende formelle sur la détérioration des livres ? Elle serait plus efficace, mais exigerait par contre plus de temps et de soin. On constate qu’il en va pareillement quant à l’état des postes et des logiciels de connexion sur CD-ROM à la même bibliothèque, ainsi que le manque d’encadrement de leurs usagers, dans un bâtiment par ailleurs luxueux et ultra-fonctionnel. L’auteur du présent article y a perdu de précieuses heures de recherche sur des bases de données, à cause d’un « bug » anodin dont on lui a dit de ne pas se méfier (effectivement, malgré un avertissement de non-lecture, les fichiers s’enregistraient, sauf que seul le nom figurait au répertoire, et non le contenu…). Misères et splendeurs de la révolution technocratique (et non pas technologique). (Retour au texte)

8. Dans sa critique du livre, April Bohannan, de la School of Library Sciences de la North Carolina University, [ http://venus.twu.edu/~F_Bohannan/resume/future-l.htm ] trouve irrespectueux et insultant de la part des auteurs l’enploi fréquent de termes comme « technojunkies », « barbarian » ou encore « madness, nonsense », précisant qu’on les applique à ceux qui proposent la bibliothèque électronique comme option viable (ce qui n’est pas le cas chez ceux visés par les auteurs du livre : on dit bien que les infocrates imposent la digitalisation et ses mythes, et non proposent). De plus, quel irrespect y aurait-il à appeler les choses par leur nom, un plombier un plombier, ou un bibliothécaire un bibliothécaire ? Seul le mot « imbécile » aurait été ici un manque de respect. Enfin, lorsque Mme Bohannan reproche aux auteurs de rejeter totalement l’ « option » électronique, elle semble ignorer que Gorman est à la tête d’un groupe qui se consacre à la digitalisation des collections de bibliothèques, le « Research Libraries Group » ; l’auteur note : « These projects will yield digital collections that enhance and extends libraries. They will not yield all-digital libraries… » (Site de Crawford, note 5). (Retour au texte)

9. Une pensée idéalisante ayant sa logique propre est façonnée par les infocrates, et elle gagne en popularité parce qu’elle s’accorde au Progrès. Mes articles dans Argus (revue de la Corporation des bibliothécaires professionnels du Québec) ont été qualifiés d’ « envolées dogmatiques » au ton « outragé », qui barraient d’autres points de vue (alors que personne n’a formulé un autre point de vue de fond sur les technologies dans cette revue…) (Retour au texte)

10. L’introduction du « workflow », une solution de gestion des processus d’entreprise, pourrait s’appliquer par exemple à un environnement documentaire de bibliothèque digitale. Or, il faut considérer qu’un tel système est axé sur la rentabilité et l’efficacité en privilégiant les processus aux dépens de la fonction et du contenu. Il instaure aussi un contrôle sur la production, en fournissant une information statistique sur le travail, voire sur le « reingineering » des tâches. Les coûts de liaison avec l’équipement et les logiciels en place peut s’avérer très onéreux.. Voir Gregory Jordahl, « Workflow Solutions : From Department to Enterprise », Imaging Magazine, June 1998, pp. 19-30. (Retour au texte)

11. M. Guédon donnait, le 12 mai 1998, une conférence retransmise par satellite dans 230 établissements universitaires de l’Amérique du Nord, intitulée « The Virtual Library : An Oxymoron ? ». Il était invité en tant que « Leiter Lecturer » par la National Library of Medicine et la Medical Library Association. Il y défendait la nécessité pour les bibliothèques de se lancer dans la publication électronique, dans la continuation de ses écrits antérieurs. Il faut noter que les bases de données médicales représentent une avenue extrêmement prometteuse et fort populaire actuellement aux Etats-Unis. En 1997, près d’un internaute sur deux utilisait le Web pour aller chercher son information dans le domaine de la santé. (Référence : http ://msnbc.com/news/161582.asp). La National Library of Medecine était la quatrième productrice de bases de données en ligne aux USA, après OCLC, Lexis-Nexis et Westlaw en 1993. On connaît en outre l’association entre Microsoft Network et le réseau de télévision NBC pour produire avec Discovery Online le site « On Health », un must d’Internet dans le marché de la digitalisation. Et surtout, toute cette activité doit être considérée dans le contexte des luttes très aigües aux USA pour s’emparer du marché des soins de santé… (cf. l’échec du plan d’assurance-santé universelle de Hillary Clinton). Un autre commentaire fort intéressant en regard des bases de données médicales aux USA : « The new power of medical technology has been embraced by corporate and political America and by journalism, the pliant cousin of both (…) In modern-day America, we have so far opted to let technology decide moral issues for itself ». Jon Katz (un gourou des technologies), « The Blind New Science of Making Babies », Wired, March 1998, p. 73. (Retour au texte)

12. Voir aussi à ce sujet M. Gorman, « The Treason of the Learned », Library Journal, 119, Febr. 15, 1994, pp. 130-131. Déjà, la bibliothèque de l’École Polytechnique de Montréal bénéficie maintenant des périodiques corporatifs gratuits des entreprises et des géants de la technologie, en remplacement progressif des périodiques traditionnels, indépendants, devenus trop onéreux. (Retour au texte)

13. C’est ainsi que Bertrand Calenge parlera de « refonder la bibliothéconomie » à partir de cette absence de définition de ce qu’est un bibliothécaire. Face à cette angoisse d’ordre épistémologique, la tentation de l’école managériale se renouvelle aujourd’hui dans les TI ; liée à un contexte de crise économique, doublé d’une crise professionnelle d’identité dans les activités liées à la bibliothéconomie, on comprend qu’elle tend à occuper toute la place. Un rapprochement avec la médecine (traditionnelle, préventive et technologique) amène Calenge à parler de solutionner des « anomalies individuelles d’information » à partir d’une « modélisation des pathologies socio-cognitives » … Il en arrive finalement à des conclusions qui se rapprochent de celles de Gorman et Crawford : 1) la bibliothéconomie n’est pas une science, ni même une discipline et 2) les bibliothécaires doivent réaffirmer le sens et le rôle de leur établissement dans la chaîne document-information-lecteur, finalement 3) on constate un fossé entre les conceptions des responsables de la formation et celles qu’ont les praticiens sur le terrain. B. Calenge, « Peut-on définir la bibliothéconomie ? », Bulletin des bibliothèques de France, T. 43, no 2, 1998, pp. 8-24. (Retour au texte)

14. Roger Charland, « Scénarios de diffusion de la banque Badisau », Crepuq, Centre de documentation, Déc. 1997-Janvier 1998, pp. 47-48 (Retour au texte)

15. Thierry Giappioni, « De la bibliothèque au management », Bulletin des bibliothèques de France, T. 43, no 2, 1998, p. 30. (Retour au texte)

 

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