Documentaliste : un métier féminin ? Emilie ROUX

Documentaliste : un métier féminin ?

Emilie ROUX

Paru dans le no 9 de HRC (HERMÈS : revue critique)

Mémoire de maîtrise de sciences de l’Information et de la Documentation
rédigé sous la direction de Martine MARTIN

UNIVERSITE PARIS I SORBONNE

Jury : Martine MARTIN
Yves F. LE COADIC
Serge CACALY

le 7 octobre 2002



SOMMAIRE

Introduction

Partie 1 : Etude des facteurs de construction de la féminité et de la masculinité de certains métiers

Sous-partie 1 : La construction des différences entre les sexes

Sous-partie 2 : Histoire du travail des femmes : processus de féminisation de certains métiers

Partie 2 : Le documentaliste : une femme de 35 ans,… ?

Sous-partie 1 : Les circonstances de la féminisation du métier de documentaliste

Sous-partie 2 : Documentaliste : un métier exercé principalement par des femmes

Sous-partie 3 : Des formations en Information-Documentation majoritairement suivies par des femmes

Partie 3 : L’avenir du métier de documentaliste : vers le professionnel de l’information ?

Sous-partie 1 : De plus en plus d’hommes grâce à l’aspect technique du métier… ?

Sous-partie 2 : … Non, les hommes deviennent plutôt des « professionnels de l’information »

Sous-partie 3 : Vers la capitalisation et la complémentarité des compétences de chacun

Conclusion

Bibliographie


INTRODUCTION

A première vue, la réponse au sujet : « Documentaliste : un métier féminin ? », paraît évidente dans la mesure où comme chacun le sait, du moins dans la profession de l’Information-Documentation, le métier de documentaliste est exercé principalement par des femmes. C’est justement parce que cela semble aller de soi que ce sujet est intéressant.

En ce qui concerne le choix de l’intitulé, il y avait plusieurs formulations possibles : « Documentaliste : Un métier de femmes ? » et « Documentaliste : Un métier féminin ? ». Les deux intitulés sont à la forme interrogative, ce qui permet d’introduire la problématique : le métier de documentaliste a-t-il toujours été exercé majoritairement par des femmes, et si oui pour quelles raisons, et enfin quelle est la place des hommes au sein du métier ? Le premier intitulé n’a pas été retenu car il avait déjà été choisi par Karine ATTIG(1) dans son mémoire d’INTD en 1995 et parce qu’il contournait le problème que la notion de « métier féminin » peut engendrer. Le deuxième intitulé semble plus intéressant puisqu’il suggère justement la notion de métier féminin et par conséquent celle de métier masculin qu’il faudra définir. Notre objectif est bien de comprendre en quoi le métier de documentaliste peut être dit « féminin ». Toutefois, le problème aurait pu être abordé d’une autre manière, en s’interrogeant par exemple sur la place occupée par la minorité incarnée par les hommes. Nous aurions donc pu proposer les intitulés suivants : « Les hommes : l’avenir du métier de documentaliste ? » ou « Les hommes et le métier de documentaliste ». Mais, ces formulations ne sont pas satisfaisantes dans la mesure où notre propos est bien de tenter de cerner la population féminine qui représente tout de même 88% de l’effectif des documentalistes(2). Sans occulter les hommes (12%) pour autant, il paraît évident que notre attention se concentrera sur l’effectif dominant.

Si l’on s’intéresse aux ouvrages sur l’histoire de la documentation, on se rend compte que la documentation est un secteur d’activité qui rassemble un grand nombre de femmes depuis sa naissance en 1895, avec de nombreuses pionnières françaises comme Suzanne BRIET(3) surnommée « Madame Documentation » ou encore Georgette de GROLIER(4), épouse d’Eric de GROLIER. Certes, les hommes ont toujours été présents, plutôt en tant que théoriciens de la documentation, mais en minorité en tant que pratiquants de cette activité. Cette caractéristique est considérée comme un état de fait mais c’est une question très sensible et polémique, voire « taboue ». Il est vrai que les premiers « pratiquants » de cette activité sur le terrain ont été des femmes. Néanmoins, les hommes sont présents sur le terrain à des postes de responsables. Par exemple, nous avons pu rencontrer, à l’occasion d’un stage au service de documentation de L’Equipe, trois responsables masculins des services de documentation du journal Le Figaro, du journal Le Monde et enfin du groupe Hachette-Filipacchi. Mais, nous avons également rencontré des femmes responsables comme Madame X à L’Equipe et Madame Y au Parisien. Nous pouvons donc en déduire que l’accès aux postes à responsabilités sont mixtes mais réservés malgré tout à une élite très diplômée (Madame X est diplômée de l’INTD). Et si l’on retrouve généralement les hommes à des postes de responsables, ils sont beaucoup moins visibles aux postes d’employé documentaliste ou d’assistant documentaliste. Si certaines femmes occupent aussi des postes d’encadrement, les autres sont beaucoup plus nombreuses que les hommes à exercer à des postes d’employé.

Les études sont abondantes en ce qui concerne les thèmes généraux relevant de l’anthropologie des sexes (construction du « féminin » et du « masculin »), de la sociologie (construction sociale de la différence entre les sexes) et de l’histoire du travail des femmes. En revanche, elles se font plus rares quand on s’intéresse à la documentation et encore plus rares lorsque l’on s’intéresse au débat sur le terme « documentaliste » ou aux causes de la féminité du métier de documentaliste alors que de nombreuses études de genre ont été réalisées sur les métiers de secrétaire (Josiane PINTO(5)), d’infirmière et d’institutrice. On se heurte à des non-dits, à un véritable silence ou à des réflexions avortées sur le sujet. Seul Serge CACALY(6), dans l’enquête sur les documentalistes de 1985, suggérait de manière ironique que « le documentaliste est une femme de 35 ans ». Il ne semble pas y avoir eu de véritable continuité dans le débat. D’ailleurs, Didier FROCHOT(7) nous a récemment fait remarquer que l’étude(8) de Karine ATTIG, menée il y a sept ans maintenant, avait été décevante du point de vue sociologique : « On n’avait pas trouvé de raison nouvelle et pertinente à la féminité du métier de documentaliste si ce n’est les habituels caractères sous- payés – donc salaire d’appoint – du métier, et celui de l’intuition dite féminine si utile dans la recherche, etc. »

Il a donc fallu utiliser les sources disponibles. L’association des professionnels de l’Information et de la Documentation (ADBS) réalise régulièrement, c’est-à-dire environ tous les dix ans, une enquête sur la situation professionnelle des documentalistes. La première grande enquête nationale(9), dont le compte rendu constitue le premier numéro de Documentaliste fut menée en 1964 et la dernière(10) intitulée « L’évolution de la fonction Information-Documentation » a été réalisée en 1999. Le problème de ces études est qu’elles ne s’attardent pas vraiment sur la répartition des effectifs féminins et masculins puisqu’elles se contentent d’établir un constat de la situation des professionnels sans la remettre en cause. C’est pour cela qu’il y a très peu d’études publiées sur les causes de la féminité du métier de documentaliste. Le même constat se dégage lorsque l’on s’intéresse aux débats menés sur la liste de diffusion de l’ADBS. Ces derniers portent principalement sur le contenu du métier de documentaliste, sur son image, sa non-reconnaissance ou encore sur sa terminologie. Par conséquent, nous avons réalisé une enquête auprès des documentalistes en activité par l’intermédiaire de cette liste de diffusion. L’objectif est de mener une étude sur les représentations et les perceptions que les documentalistes ont de leur métier. Cette enquête fait donc l’objet d’une étude sur l’image de soi et non pas sur les pratiques documentaires. Il s’agit de réaliser, à ce niveau, une photographie, un état des lieux de la perception du métier par les documentalistes et leur situation professionnelle proprement dite. Ceci ayant déjà été réalisé récemment par l’ADBS, il s’avère intéressant de comparer les résultats de cette enquête à petit échantillon avec celle de 1999 et d’établir quelques statistiques sur les variables les plus intéressantes (tels que le sexe, l’âge, les études suivies, etc.) en ne l’appliquant qu’à l’échantillon constitué.

Cette absence de réflexions sur le genre pour la documentation peut s’expliquer par le fait que le métier de documentaliste a une image sociale floue, que les dénominations sont très variées, puisque ce métier recouvre des réalités très différentes. En effet, il suffit de consulter le Référentiel des compétences et des métiers-types des métiers de l’information et documentation(11) élaboré par l’ADBS (Association des professionnels de l’Information et de la Documentation) ou le ROME(12) pour s’en rendre compte. Pour l’instant, nous définirons le documentaliste comme un professionnel faisant partie de la profession de l’Information-Documentation qui manipule et diffuse de l’information. Le choix du mot « métier » dans l’intitulé n’est pas anodin dans la mesure où il permet d’insister sur le fait qu’être documentaliste, c’est posséder un savoir technique, un apprentissage et une formation spécifiques, une identité professionnelle et une image propres.

Notre principale préoccupation est d’essayer de comprendre les causes et les facteurs de féminité de certains métiers pour les comparer ensuite au cas particulier du métier de documentaliste. Il s’agit également de s’interroger sur l’avenir du métier de documentaliste : ce dernier est-il voué à devenir masculin en raison des mutations actuelles (progrès technologique, diversification des métiers, …) ? Quels moyens peut-on mettre en œuvre pour rétablir l’équilibre entre les sexes au sein de ce métier qui, malgré la malgré la légère évolution des effectifs hommes-femmes, reste fortement féminin ?

Ce mémoire est constitué de trois grands chapitres. Une première partie fera l’objet d’une réflexion générale mais nécessaire pour tenter de comprendre la façon dont l’identité sexuelle des individus se construit à travers l’action des principaux agents de socialisation que sont la famille et l’école. Il s’agira également d’étudier le processus de construction de la féminité et de la masculinité de certains métiers à travers la place occupée par les femmes et les hommes sur le marché de l’emploi. Une deuxième partie aura pour objectif de dresser le profil du documentaliste d’aujourd’hui et d’émettre des hypothèses sur les raisons de la féminité de ce métier par une approche historique ainsi qu’une enquête sur les documentalistes en activité. Enfin, une troisième partie sera l’occasion de s’interroger sur l’avenir du métier de documentaliste, à savoir s’il est voué à devenir masculin ou non et pour quelles raisons. Les hommes auront-ils un jour leur place au sein du métier ou bien continueront-ils à se diriger vers d’autres métiers de l’Information-Documentation ? Nous nous demanderons également si l’équilibre entre les hommes et les femmes s’établira un jour au sein du métier de documentaliste qui pourra alors profiter de leurs compétences respectives.

Nous aurions tout à fait pu choisir un autre plan, c’est-à-dire commencer par notre deuxième chapitre pour établir immédiatement un constat sur le métier de documentaliste. Puis, une réflexion plus générale sur la construction des métiers « féminins » et « masculins » aurait pu faire l’objet d’un deuxième chapitre. Mais, si nous avions raisonné de cette façon, il aurait fallu renoncer à notre troisième partie sur l’avenir du métier dans la mesure où elle n’aurait pas été dans la continuité de la réflexion. Par conséquent, il nous paraissait plus logique d’élaborer un premier chapitre réflexif en faisant appel à plusieurs disciplines (anthropologie, sociologie, histoire, etc.) pour ensuite appliquer cette réflexion au cas particulier des documentalistes. Ainsi organisé en forme « d’entonnoir », ce plan permet de progresser vers la troisième partie qui ouvre des perspectives sur le métier de documentaliste.


Partie 1 : Etude des facteurs de construction de la féminité et de la masculinité de certains métiers

1.1 La construction des différences entre les sexes

Toute société impose, prescrit des rôles sociaux qui supposent des modèles de conduites. Ils dépendent des normes et des valeurs en vigueur dans la société dans laquelle on vit. L’intériorisation de ces rôles est fondamentale si l’on veut être intégré dans la société. Tout individu qui ne respecte pas cet ordre établi est considéré comme « déviant », c’est-à-dire comme étant en dehors de la norme. C’est pourquoi les individus doivent intérioriser ces rôles à travers le processus de socialisation afin de se construire une identité propre. Et l’on constate qu’il existe une division sexuée des rôles sociaux dans toutes les sociétés, même si les frontières de cette division peuvent varier. Les rôles de sexe sont en fait des modèles organisés de conduite, attribués dans une société donnée, à l’ensemble des individus appartenant à l’un des deux sexes. Dès lors, chaque individu doit adapter son comportement social, intériorisé grâce à l’éducation parentale ou à l’école, en fonction du sexe auquel il appartient.

La différence des sexes apparaît, au regard des anthropologues, comme le principe organisateur des sociétés. Pour Claude LEVI-STRAUSS(13), cette différence est inhérente à la pensée elle-même. En tant qu’être humain, nous avons intériorisé la division du monde en deux catégories sexuées : le masculin et le féminin.

1.1.1 Approche anthropologique : qu’est-ce que du « féminin », du « masculin » ?

Edwin ARDENER(14) fut l’un des premiers anthropologues masculins à faire remarquer que quelque chose n’allait pas, concernant les femmes, en anthropologie. Il estimait que les femmes étaient absentes dans le discours ethnologique et que « nous étions dans un monde masculin ». Cependant, il ne remit pas en cause le discours des ethnologues. En effet, pendant longtemps les anthropologues, tout comme les sociologues, ont adopté une vision masculine du monde en faisant abstraction au sexe féminin. Ils ont également eu tendance à enraciner la vision « féminine » du monde dans le biologique (le rapport à la nature) et la vision « masculine » dans le culturel (le rapport au politique), autrement dit recourir à deux systèmes d’explication pour les deux termes d’un même phénomène. Le « masculin » sert de référent général (économiquement et idéologiquement), il dit la vision légitime du monde, de l’ordre social et, ce faisant, de l’ordre des sexes, il représente le tout social. Penser la dynamique des relations homme/femme en termes de catégorisation et s’attacher à en décrire les effets sur le vécu individuel et social, des femmes en particulier, n’est pas nouveau. Dès 1949, cette ligne d’analyse est soumise par Simone de BEAUVOIR(15) dans son introduction au Deuxième Sexe. Elle souligne en particulier le fonctionnement asymétrique de cette catégorisation : enfermées dans une fonction d’altérité au bénéfice des hommes, les femmes sont essentiellement définies par leur existence catégorielle de sexe. Toutefois, les contours des catégories de sexe sont mouvants, malléables et présentent de nombreux décalages. Les représentations de sexe ont des contenus très divers comme les caractéristiques physiques, les fonctions bio-sociales telle la reproduction, les domaines d’activités, les caractéristiques psychologiques (éléments constitutifs importants de ce qui est appelé féminité et masculinité).

Selon Pierre BOURDIEU(16), « sauf capacités exceptionnelles, une femme ou un homme ont beaucoup de mal à accéder à la connaissance de la féminité ou de la masculinité, justement parce que c’est consubstantiel à ce qu’ils sont ». En effet, en tant qu’homme ou femme, nous nous définissons par rapport à l’autre sexe, mais il est difficile de comprendre l’essence même de la féminité ou de la masculinité. Qu’est-ce qui nous fait être « féminin » ou « masculin » : le fait de porter une jupe, un pantalon, de mettre au monde des enfants ou non ? Si chacun des deux sexes se construit l’un par rapport à l’autre, on constate qu’il s’agit d’un rapport d’opposition. D’ailleurs, il est possible de constater que la différence entre les sexes est idéologiquement traduite dans un langage binaire et hiérarchisé : chaud (masculin)/froid (féminin), haut/bas, fort/faible, raide/souple, etc. Un seul des pôles, le masculin bien évidemment, est valorisé au détriment du féminin. Ce qui induit un rapport de force. Dans la tradition occidentale, le féminin est situé du côté de l’imprévisible, de l’arbitraire affectif, du sensible trompeur, en bref du désordre alors que le masculin représente le pôle de l’ordre, de la rationalité, de la construction civilisatrice. La maternité est classée du côté du biologique, du spontané, de l’immédiat, de l’instinct alors que la paternité est « incertaine », « sociale » et « symbolique ». Plusieurs études comparatives entre les sociétés dites « primitives » (ou non occidentales) et les sociétés occidentales vont nous permettre de mieux comprendre cette opposition masculin/féminin à travers les rapports entre les sexes. L’étude(17), menée par l’anthropologue Paola TABET, sur la division sexuelle du travail à travers l’étude des outils s’avère ici incontournable.

On croit généralement que du sexe, comme réalité biologique, découlent naturellement les propriétés ou caractères qui définissent le masculin et le féminin. Or la plupart des études féministes menées depuis les années 1960 ont montré qu’être homme ou femme, avec les attributs psychologiques et sociaux que ces propriétés impliquent, n’est pas une donnée naturelle. Il suffit de s’intéresser aux autres sociétés et notamment aux sociétés dites « primitives » ou non occidentales pour voir que ces propriétés et attributs ne sont pas identiques à ceux des sociétés dites occidentales pour comprendre que chaque société établit sa propre définition de ce qu’est être un homme ou une femme. Chaque société attribue pour chaque sexe des rôles, des activités et des identités particulières. Cette distribution dépend de la culture de chaque société et de la manière dont le rapport entre les sexes a été institué. Le modèle occidental(18), lui, ne reconnaît fondamentalement que deux catégories, que ce soit au niveau logique, linguistique(19) (il/elle, un/une) ou encore institutionnel. Et selon ce modèle, le rapport entre les sexes est inégal puisqu’il est basé sur la domination du sexe masculin dit « sexe fort » sur le sexe féminin dit « sexe faible ». En effet, définir le « masculin » et/ou le « féminin », c’est hiérarchiser, c’est définir le féminin à travers ce qui le domine, au travers du masculin.

Malgré le développement de la recherche technologique en anthropologie, la question des outils est souvent négligée lorsqu’il s’agit de problèmes théoriques généraux, notamment des relations entre homme et femme et de la division sexuelle du travail. Par exemple, une faible importance est donnée aux outils et moyens productifs, étant sous-entendu qu’ils sont à la portée de tous. Or, justement le problème est que tous les outils ne sont pas à la disposition et ne peuvent pas être fabriqués et utilisés par tous. Les études anthropologiques ont plutôt tendance à insister sur celui qui produit l’outil. Au contraire, le travail de Paola TABET consiste à reconnaître une importance fondamentale au contrôle des outils mis à la disposition de chacun des deux sexes. Qui s’approprie quoi selon qu’il s’agit d’un homme ou d’une femme ? Si différenciation il y a, quels en sont les caractères et quel est le rapport entre cette différenciation, la division même du travail et la domination des hommes sur les femmes ?

L’idée généralement admise en ethnologie est que chaque sexe posséderait les outils adaptés aux tâches que la société lui assigne. Bien au contraire, Paola TABET montre, par l’analyse d’un grand nombre de populations, qu’une tâche (ou une partie d’une tâche) est dévolue à un sexe en fonction de sa capacité à se servir des outils et non l’inverse. L’auteure a pour intention de démontrer que les femmes accomplissent certaines tâches à l’exclusion d’autres, selon les outils à utiliser. Le contrôle des instruments-clés de production par les hommes, l’utilisation des femmes comme outils de processus de travail, le contrôle masculin de la production lui apparaissent comme un des éléments du rapport de classes entre les hommes et les femmes dans de nombreuses sociétés. Par conséquent, c’est dans les formes de contrôle masculin des instruments de production (contrôle qui a pour corollaire le sous-équipement des femmes) qu’il faut chercher les facteurs objectifs et les constantes de la division sexuelle du travail.

Paola TABET constate que les outils des femmes sont différents de ceux des hommes. Elle montre, par exemple, que dans les sociétés de chasse, les femmes sont exclues de la fabrication des outils et, bien sûr, des armes. De façon générale, les outils utilisés par les femmes sont plus rudimentaires et moins spécialisés que ceux employés par les hommes qui exercent ces mêmes activités dans la même société. De plus, pour chaque activité ne reviennent généralement aux femmes que les opérations les plus archaïques pour ce qui est de l’évolution technique, notamment les opérations de manipulation et de motricité directe et en général les outils où l’on n’emploie que l’énergie humaine. Par conséquent, le fait que l’emploi et le contrôle des outils par les femmes soit limité de façon précise, montre bien que ce sont les outils qui déterminent l’attribution des différentes activités aux femmes ou leur exclusion. Pour autant, il ne semble pas y avoir, comme on pourrait le croire, d’activités féminines spécifiques. Elles se contenteraient donc d’effectuer des activités « résiduelles » qui ne sont permises aux femmes que lorsqu’elles sont accomplies sans outils ou bien avec des outils simples.

P. TABET décrit plusieurs types de tâches qui nécessitent le travail des hommes et des femmes. Premièrement, il s’agit de la cueillette qui s’opère la plupart du temps à main nue puisqu’il s’agit de ramasser des baies et des graines. Cette tâche est donc exclusivement féminine et il n’y a pas de différenciation sexuelle quand l’outil est rudimentaire (ex : bâton à fouir pour planter et récolter les tubercules). Par contre, il y a différenciation sexuelle lorsque l’outil principal de la cueillette se trouve être la hache, généralement utilisée par l’homme ; les femmes ayant pour tâche de transporter et/ou de traîner la récolte. Néanmoins, on peut dire que la cueillette est une activité féminine, la participation masculine étant occasionnelle. Quant à la chasse et le maniement des armes de guerre, il s’agit d’une activité exclusivement masculine. Chez les Baruya de Nouvelle-Guinée, les femmes n’ont pas le droit de porter des armes ni même de les toucher. Les hommes bénéficient alors d’un outillage complexe et performant pour chasser le gros gibier. La pêche est décrite comme une activité « quasi-masculine » mais dans certaines populations, elle est l’apanage des femmes. Elles disposent alors d’une large gamme d’outils comme des filets, des lignes, des pièges, etc. Cependant, elles dépendent toujours des hommes en ce qui concerne la construction des outils. L’exemple de l’agriculture, quant à lui, s’avère intéressant puisque chaque sexe utilise son propre outil. Alors que les femmes manipulent la houe, les hommes utilisent un outil plus évolué symbolisé par la charrue. Cependant, il faut se garder de penser en terme d’opposition « hommes/machines évoluées » et « femmes/machines rudimentaires ». Ce n’est pas par « nature » que le travail des femmes est non mécanique, et on ne saurait attribuer totalement aux femmes l’élaboration des techniques non machinistes. Il semble plutôt que ce soit le monopole des hommes sur la fabrication et l’utilisation des outils et non pas l’incapacité qui empêche les femmes de contribuer à l’amélioration technique de ces outils. On constate donc que les outils ont un rôle symbolique puisqu’ils sont identifiés avec le sexe masculin ou avec la virilité.

Il est également possible de constater qu’il existe une coupure entre les activités des hommes et des femmes en ce qui concerne les matières premières. Alors que les matières dures comme le métal, la pierre, l’os, le bois sont travaillées par les hommes, les matières souples comme la terre, l’argile les peaux, les fibres végétales et animales sont travaillées par les femmes. Chaque catégorie de matières nécessite l’emploi d’outils différents comme pour l’agriculture. Faut-il donc mettre en rapport l’exclusion des femmes du travail de ces matériaux avec le fait qu’ils nécessitent un outillage plus complexe et diversifié ? On peut le penser pour certains secteurs où des armes comme la hache sont nécessaires puisque les femmes sont privées de son utilisation. On peut ajouter que dans l’ensemble, les outils de base pour travailler les matières dures sont relativement simples et que par conséquent les femmes pourraient très bien les utiliser. P. TABET conclut que le monopole des hommes sur les femmes serait donc plus symbolique que réel et que l’examen des outils employés ne suffirait pas à rendre compte d’une division sexuelle aussi absolue. Mais est-ce vraiment le cas ? On ne peut pas nier qu’il existe une véritable division sexuelle des tâches… D’autant plus que l’une des fonctions actuelles de l’anthropologie dite des sexes (ou sexual anthropology) est justement de mettre en lumière les problèmes soulevés par la domination masculine.

Cette division sexuelle du travail, que l’on perçoit comme inégale au premier abord, est souvent définie comme une relation de complémentarité, de réciprocité, de coopération. Ce schéma se reproduit dans les sociétés dites égalitaires où les compétences de chacun se cumulent, se complètent et les individus s’enrichissent mutuellement, ce qui a pour effet de les faire progresser. Pendant que les hommes partent chasser, les femmes s’adonnent à la cueillette. Pour P. TABET, cette spécialisation des tâches apparaît comme fondée sur des caractéristiques physiologiques. La notion de complémentarité, précise-t-elle, est employée dans le sens spécifique et positif d’une division équilibrée. Malgré tout, on insiste sur le caractère naturel et biologique et donc sur la nécessité objective de cette division. Même si la notion de complémentarité n’exclut pas celle d’inégalité entre les sexes, la division du travail serait due aux « conditionnements objectifs, matériels, impersonnels, imposés par la nature et les limites des forces productives », elle « destine les hommes à la chasse et à la guerre, les femmes à la cueillette, au transport des charges, à la cuisine, aux soins et à l’éducation des enfants ». Loin d’être complémentaire, le travail des femmes constituerait donc bien pour les hommes un moyen ou un prétexte pour asseoir leur domination sur elles.

Claude LEVI-STRAUSS souligne ce caractère artificiel de la division sexuelle du travail qui peut être aussi considérée comme « un moyen d’instituer un état de dépendance réciproque entre les sexes » et qui, loin d’être naturelle, se construit socialement à travers les interactions entre les sexes. En effet, on peut supposer que dans la mesure où chaque individu se voit attribuer des tâches différentes et spécifiques, il y a un déséquilibre. Celui-ci intervient notamment lorsque certaines tâches nécessitant force physique et compétences techniques (ex : chasse, fabrication d’outils complexes) sont réservées aux hommes. Cependant, les hommes peuvent être dépendants des femmes pour des tâches qu’ils n’exercent pas non plus comme la cueillette, le soin aux malades, etc. Mais, ces dernières, prises par les soins aux enfants et aux personnes âgées, ne feraient qu’un travail moins complexe et, par conséquent, n’auraient besoin que d’outils simples appropriés à leurs activités.

L’accès aux techniques constitue un des éléments et un enjeu de la domination sociale et des rapports entre les sexes. Néanmoins, ce n’est pas uniquement l’accès aux techniques qui structure le rapport social entre les sexes mais ce que représente la possession ou la non-possession des techniques pour chaque sexe. Celui qui n’a pas directement accès aux outils, les femmes notamment, se retrouve dépendant de celui qui fabrique et utilise les outils. Dans les sociétés de chasseurs-collecteurs, le monopole de l’arme a une importance décisive dans les rapports homme/femme : c’est en effet dans la technologie qui crée les armes que se marque la distance entre les outils des hommes et ceux des femmes. Mais ce qui prévaut surtout, c’est le contrôle de la force d’où le rigoureux interdit imposé aux femmes quant à l’emploi des armes. Le rapport de force se joue entre celui qui possède les armes et celui qui ne les a pas. Le pouvoir des hommes sur les femmes est donc assuré par le monopole des armes-outils. Faut-il considérer que la discrimination passe alors entre qui détient les machines et qui en est privé ? Entre qui détient les moyens de production fondamentaux et qui ne les possède pas ? Si l’on assiste à une « masculinisation » des activités liées à la machine, cela ne veut pas dire que les femmes en sont toujours exclues : leur énergie, leur travail seront employés dans des tâches qui n’exigent pas l’outil de base et la machine ; leur travail pourra être à plein temps, mais subordonné au travail de celui qui possède et utilise les techniques et les instruments fondamentaux. Les femmes fournissent alors du travail à main nue dans l’artisanat et l’agriculture, …et n’ont pas la possibilité de prolonger leur corps et leurs bras par des outils complexes qui augmenteraient leur pouvoir sur la nature. Pour cela, elles dépendent entièrement des hommes. L’exemple des Dani de Nouvelle-Guinée est très explicite puisque, par précaution, on va jusqu’à couper les doigts des femmes pour éviter que la structure économique et religieuse de cette société et la division sexuelle du travail ne soient compromises.

Les outils semblent régler les rapports de domination /soumission entre les hommes et les femmes. Mais cela n’est pas aussi simple dans la mesure où on se rend compte qu’il existe des degrés différents dans les formes de domination. En fonction des populations étudiées, l’auteure constate que certaines femmes ont plus d’autonomie que d’autres en ce qui concerne le maniement des outils, des armes, de leur fabrication (il existe une complémentarité entre les outils réservés aux femmes et ceux destinés aux hommes selon les activités pratiquées : chasse, pêche, etc.). Paola TABET a bien montré le fossé technique puis technologique ». constant entre hommes et femmes comme l’expression des rapports de production entre les sexes : « comme le monopole de certaines activités clés est nécessaire aux hommes pour s’assurer le contrôle des instruments de production et, finalement, l’utilisation globale des femmes » pour permettre « une appropriation aussi totale des femmes, une telle utilisation dans le travail, la sexualité et la reproduction de l’espèce(20).

Pour Pierre BOURDIEU, « tout individu, qu’il soit un homme ou une femme, a incorporé, sous la forme de schèmes inconscients de perception et d’appréhension, les structures de l’ordre masculin(21) ». La force de l’ordre masculin se voit au fait qu’il se passe de justification. La différence biologique entre les sexes, c’est-à-dire entre les corps masculin et féminin, et tout particulièrement, la différence anatomique entre les organes sexuels, peut apparaître comme la justification naturelle de la différence socialement construite entre les genres, et en particulier de la division sexuelle du travail. La domination masculine, qui constitue les femmes en objets symboliques, dont l’être est un être perçu, a pour effet de les placer dans un état permanent d’insécurité corporelle ou de dépendance symbolique. Elles existent d’abord par et pour le regard des autres, c’est-à-dire en tant qu’objets accueillants, attrayants, disponibles. On attend d’elles qu’elles soient « féminines », souriantes, sympathiques, attentionnées, discrètes, voire effacées. Et cette prétendue « féminité » n’est souvent pas autre chose qu’une forme de complaisance à l’égard des attentes masculines. Dans La domination masculine de P. BOURDIEU, le raisonnement diffère assez peu de celui centré sur la domination de classe. Il analyse la situation des femmes exclusivement comme la résultante de la violence symbolique exercée par les hommes en tant que groupe (et en tant qu’individus, membres de ce dernier). Le propre de la violence symbolique est de s’accomplir « au travers d’un acte de méconnaissance et de reconnaissance qui se situe hors des contrôles de la conscience et de la volonté, dans l’obscurité des schèmes pratiques de l’habitus(22)». Ce qui signifie que le pouvoir symbolique ne peut s’exercer sans la contribution de ceux qui le subissent et qui ne le subissent que parce qu’ils le construisent comme tel. Cette approche des rapports entre les sexes est intéressante mais elle fait passer les individus aliénés dans leur propre rôle, que ce soit celui de dominé ou de dominant. Les « victimes » de cette violence n’ont-elles donc aucun moyen de se révolter ?

Nous continuons toujours à penser en termes de catégories masculine et féminine et non pas de manière globalisante, c’est-à-dire en terme d’être humain. Notre pensée est conditionnée de telle sorte que la différence entre les sexes devient un concept évident, intériorisé depuis l’enfance. Si le sexe est une réalité biologique, il n’en est pas moins et surtout une construction sociale et culturelle.

1.1.2 Construction du « genre » ou du « sexe social »

Dans cette sous-partie, il s’agit plus exactement de s’intéresser à la construction du genre ou du sexe social et donc à la construction de l’opposition entre les sexes.

Parler de rapports sociaux de sexe présuppose que les identités sexuelles ne sont pas des données naturelles, mais au contraire des constructions sociales et culturelles. Françoise HERITIER-AUGE résume très bien cette idée en une seule phrase : « les catégories de genre, les représentations de la personne sexuée, la répartition des tâches telles que nous les connaissons dans nos sociétés occidentales ne sont pas des phénomènes à valeur universelle générés par une nature biologique commune, mais bien des constructions culturelles(23) ». Si le sexe est une donnée biologique, l’identité sexuelle, elle, se construit progressivement : « on ne naît pas femme, on le devient(24) » écrivait Simone de BEAUVOIR en 1949, et « on ne naît pas homme, on le devient » avait ajouté Elisabeth BADINTER en 1992.

Essayons, dans un premier temps, de définir les notions de « genre » et de « sexe social ». La notion de sexe est une organisation mentale d’idées (représentations, mythes, utopies, etc.) et de pratiques (rapports sociaux entre les sexes). Il y a donc le « sexe pensé » et le « sexe agi ». La notion de sexe est ambiguë dans la mesure où elle recouvre deux réalités : biologique et sociale. Par exemple, on oppose généralement le sexe comme ce qui relèverait du « biologique » et le genre comme ce qui relèverait du « social ».

Nicole-Claude MATHIEU note, dans son ouvrage(25), qu’il y a comme un renouveau d’intérêt de l’anthropologie symbolique pour le genre (gender), venu d’une impulsion féministe à laquelle l’auteure a elle-même contribué dans les années 1970. Le mot « gender » couvre une dimension à la fois biologique, grammaticale et sociale. N.C. MATHIEU entend par « sexe social » ou « genre », à la fois la définition logique qui est donnée du sexe et les aspects matériels de l’organisation sociale qui utilisent (et aussi transforment) la bipartition anatomique et physiologique. Elle s’est intéressée à l’articulation entre les notions de sexe et de genre et distingue deux modes de conceptualisation : « premièrement, l’identité « sexuelle » est basée sur une conscience individualiste du sexe. Il y a une correspondance homologique entre sexe et genre : le genre traduit le sexe. Cela signifie que la différence des sexes est conçue comme fondatrice de l’identité personnelle, de l’ordre social et de l’ordre symbolique. Deuxièmement, l’identité « sexuée » est basée sur une conscience de groupe. Il y a une correspondance analogique entre sexe et genre : le genre symbolise le sexe (et inversement).(26) »

La détermination du sexe social n’est pas partout et toujours calquée sur la détermination du sexe biologique. Parfois, elle doit être matériellement construite, la forme apparente ne suffisant pas à en décider. D’après l’étude(27) de Gilbert HERDT sur les Sambia de Nouvelle-Guinée, les garçons de cette tribu sont en réalité dépourvus de la capacité endogène d’atteindre la masculinité. Ils sont censés avoir le même organe sexuel que les femmes. C’est donc la semence qui fait la masculinité : des os solides, muscles durs, ventre plat. Les hommes doivent entretenir leur corps pour le rendre fonctionnel et faire en sorte de construire leur masculinité. Alors qu’au contraire, la féminité est considérée comme complète et naturelle de façon innée. Chez les Inuit, le genre et l’identité sont dissociés du sexe. En effet, l’enfant qui vient au monde a certes un sexe apparent, mais ce sexe n’est pas nécessairement considéré comme son sexe réel. Son sexe réel est celui qui est porté par l’identité, par l’âme-nom, c’est-à-dire le sexe de l’ancêtre dont l’âme-nom a pénétré telle femme, s’est installée dans sa matrice pour renaître à nouveau, ce que les chamanes font savoir à la naissance de l’enfant. Quant aux travaux de Margaret MEAD, ils montrent qu’il y a des sociétés où des individus sont amenés, indépendamment de leur sexe biologique, à adopter des modèles de comportement que nous serions portés à « étiqueter » comme « féminins » (les Arapesh) ou « masculins » (les Mundugumor) ; dans d’autres, certes beaucoup plus rares, on observe une inversion des rôles par rapport aux modèles occidentaux (les Chambouli). La stricte dichotomie des statuts et des rôles selon le sexe n’est pas universelle, et que dans la pratique, elle n’est même pas toujours respectée là où elle est censée être impérative, et surtout que sa forme et son contenu varient selon les sociétés.

Toute interaction sociale « is doing gender », c’est-à-dire « fabrique de la différence des genres ». Toute interaction joue un rôle actif dans le processus de production et de reproduction des identités de sexe et engendre des différences de sexe à travers des mécanismes d’attribution. Les capacités, les comportements, les attitudes et les intérêts d’une personne sont catégorisés comme conformes ou déviants par rapport aux stéréotypes sexuels, c’est-à-dire en fonction d’un concept institué par la société du masculin et du féminin.

En utilisant le concept de genre, il s’agit de tenter de comprendre comment se construisent les catégories de masculin et de féminin, comment se définissent les identités sexuées. Etre une femme ou un homme relève en grande partie d’une construction sociale et historique.

L’intériorisation du « sexe social » se fait dès la petite enfance. La famille, un des principaux agents de socialisation, a un rôle de transmission des valeurs et des normes sociales. Elle contribue également à la formation de la personnalité sociale et de l’identité sexuelle des hommes et des femmes. La famille propose des modèles d’hommes, des modèles de femmes, des modèles de pères et de mères, des rôles masculins et féminins, à travers lesquels chacun s’efforce de construire son identité personnelle. Les parents se comporteraient différemment selon le sexe de leur enfant et ne les éduqueraient pas de la même manière selon qu’il s’agit des garçons et des filles. Peut-être reproduisent-ils ce qu’on leur a inculqué, leur propre rapport avec leur père, leur mère ? Selon son sexe présumé, l’enfant est déjà supposé se couler dans le moule que définissent les stéréotypes du masculin et du féminin. Il est en quelque sorte conditionné par les attentes de ses parents qui sont différentes en fonction du sexe. Les mères, par exemple, se comportent différemment, notamment dans les jouets et dans leurs interactions verbales selon qu’il s’agit d’un garçon ou d’une fille.

Pour les filles, on parle plus, on reprend les bruits qu’elles émettent. Il semble que l’on stimule leur « comportement social » davantage que chez les garçons. Elles semblent être considérées comme des êtres fragiles, que l’on protège plus longtemps, alors que les parents encouragent de manière plus précoce les garçons à prendre quelque distance et à découvrir seuls l’espace environnant. Les filles sont donc invitées à une certaine passivité et à une certaine dépendance par rapport aux adultes, tandis que les garçons sont poussés à l’autonomie, à l’activité et l’indépendance. Les jeux dits pour garçons sont liés au mouvement, à la mécanique (legos, jeux de construction), à l’aventure, à l’agression (faux pistolets). Les jeux dits de filles sont liés au domaine maternel ou domestique (poupées, cuisinières, aspirateur, etc.). Il existe aussi une contradiction et une ambivalence des discours parentaux. En effet, d’une part ils affirment résolument l’égalité entre les sexes, filles et garçons doivent recevoir la même formation, partager les tâches domestiques, etc. ; et d’autre part ils formulent des attentes spécifiques en fonction du sexe de leur enfant.

Mais, par leurs comportements conscients ou inconscients, les parents ne font qu’exercer une des fonctions primordiales de la socialisation, c’est-à-dire faire intérioriser à l’enfant son « sexe social » en encourageant les comportements liés à son sexe. Le premier repère stable qui est fourni à l’enfant dès la naissance, c’est son identité sexuelle. Ce qui va l’amener à s’identifier à son père si c’est un garçon et à sa mère si c’est une fille. Les individus ne peuvent construire leur identité sexuelle et sociale à partir des modèles identitaires qui lui sont donnés depuis leur plus jeune âge.

Après une réflexion sur le processus de construction du « féminin » et du « masculin », il serait intéressant de voir comment il est possible d’expliquer les différences qui existent entre les sexes à travers quelques hypothèses neurobiologiques.

1.1.3 Le cerveau a-t-il un sexe ?

Que sait-on de l’influence de la différenciation sexuelle sur le cerveau ? Les discussions au sujet du sexe du cerveau ont été entamées au 19e siècle. Notre objectif est de faire état des thèses qui tentent d’expliquer les fondements de la différence entre les sexes. Il ne s’agit en aucun cas de légitimer ce genre de thèses mais de les évoquer dans la mesure où elles intéressent le débat. Il faut également noter qu’il ne s’agit encore que d’hypothèses.

L’étude du poids du cerveau a longtemps été un prétexte pour prouver l’infériorité intellectuelle des femmes. La différence de poids entre le cerveau des hommes et celui des femmes est l’élément le plus anciennement connu, le cerveau des hommes étant en moyenne plus lourd de 100 grammes, soit 10% environ. Vers 1860, Paul BROCA, chercheur en neurobiologie et anthropologue, établissait qu’en moyenne, le cerveau mâle pesait 1 325 grammes, contre seulement 1 144 grammes pour le cerveau féminin. Il fournissait ainsi la preuve irréfutable que, sur le plan intellectuel, la femme devait s’incliner devant l’homme. Il mourût en 1880, son cerveau pesait 1 484 grammes. Mais, P. BROCA et ses disciples avaient oublié de tenir compte du rapport taille/poids global des hommes et des femmes. Cet oubli n’était pas négligeable puisque les calculs remaniés donnaient dès lors un léger avantage aux femmes.

En réalité et malgré de nombreuses tentatives de corrélations entre poids du cerveau et capacités intellectuelles, il n’existe aucun lien entre ces deux éléments et le seul paramètre lié au poids du cerveau est la taille des individus : la différence de taille moyenne entre homme et femme (en général, les femmes sont plus petites que les hommes, donc leur cerveau est plus petit) explique la différence de poids du cerveau.

Cerveau droit, cerveau gauche

Vers 1865, ce même Paul BROCA avait étudié les deux parties qui composent le cerveau : l’hémisphère droit et l’hémisphère gauche. Sa théorie, mais aussi celle d’autres scientifiques du 19e siècle tentait de montrer que ces deux parties du cerveau humain avaient leurs propres spécificités et n’étaient pas utilisées de la même manière selon les situations et les comportements des individus. Ainsi, selon la théorie de P. BROCA, lorsque le cerveau d’un individu était blessé, les troubles ressentis n’étaient pas les mêmes selon que ces blessures atteignaient l’hémisphère gauche (troubles de la parole) ou l’hémisphère droit (rien de particulier). Il en a donc déduit que les deux hémisphères étaient différents.

Et il avait raison, puisque de nombreux chercheurs comme le professeur Lucien ISRAEL(28) ou Jean-Louis de MENDOZA(29), professeur de psychologie à l’Université Nice Sophia-Antipolis, ont démontré que le cerveau possédait deux hémisphères aux rôles et fonctions différents. L’hémisphère droit du cerveau commanderait les aptitudes artistiques, comme la musique, la conscience de l’art et l’intuition. Il commanderait aussi la compréhension des relations spatiales et sociales. Alors que l’hémisphère gauche du cerveau serait responsable des fonctions scientifiques, comme travailler avec des chiffres, et du raisonnement. Il serait également largement responsable de la compréhension du langage parlé et écrit. L’un des deux hémisphères étant plus développé que l’autre, l’hémisphère dominant serait celui qui est responsable du langage parlé et écrit.

Ces deux chercheurs ajoutent qu’étant donné que le système nerveux suit un modèle « entrecroisé », l’hémisphère droit du cerveau commande le côté gauche du corps et vice-versa. C’est dans le traitement du langage par exemple (grâce aux nouvelles techniques d’imagerie cérébrale) que des chercheurs ont pu mettre en évidence des différences entre la stratégie mise en place par les hommes et les femmes pour gérer l’information. Il s’agissait de reconnaître des rimes dans un texte. Pour y parvenir, les hommes ont mobilisé exclusivement l’hémisphère gauche alors que les femmes ont fait appel aux deux. On ne peut pas dire qu’une méthode soit supérieure à l’autre, mais les individus homme et femme s’appuient sur des façons très diverses d’appréhender une même situation. Certaines recherches montrent que les hommes réaliseraient de meilleurs scores dans les épreuves testant les compétences spatiales, alors que les femmes obtiendraient de meilleurs résultats dans les tests verbaux.

Selon Terri RUTTER(30), ce phénomène s’expliquerait par le fait que l’on trouve dans les deux cerveaux une proportion différente de substance grise et de substance blanche. Les tâches spatiales demanderaient davantage de substance blanche que n’en possèdent la plupart des femmes. Les différences anatomiques ne sont pas les seules qui existent entre le cerveau des hommes et celui des femmes. Les différences hormonales semblent, elles aussi, jouer un rôle. Selon des travaux effectués par une équipe de chercheurs de l’Université de Yale, les oestrogènes auraient tendance à améliorer les capacités de lecture du cerveau, ce qui pourrait être une explication au fait que les femmes ont de meilleurs résultats que les hommes dans les tests de langage.

Il semblerait en fait que le « cerveau droit » soit plus stimulé chez les filles que chez les garçons lors du processus de socialisation. Par exemple, on constate que le type de jeux ou de jouets proposés aux femmes et aux hommes diffèrent précocement. C’est vrai, on offre plus volontiers aux petits garçons des jouets « à orientation spatiale » (voiture, vélo, legos) et aux petites filles des jouets à « caractère social » (poupée, déguisements, jeux ménagers : fer à repasser, dînette, etc.). Tout le comportement éducationnel des parents conditionnerait finalement l’avenir de l’enfant. Par exemple, on constate qu’une femme adulte ne réagit pas de la même manière face à un bébé de sexe masculin ou un bébé de sexe féminin. Il y a une reproduction de ses propres acquis lors de l’éducation des enfants même si certains parents ne tombent pas dans les stéréotypes du type telle couleur pour tel sexe ou tel jouet pour tel sexe, ils ont l’impression de déroger à la norme reproduite de génération en génération. Malgré tout, les enfants s’approprient mutuellement les jouets de l’autre sexe : les filles jouent avec des voitures et les garçons avec des poupées quelle que soit leur connotation.

Cependant, il faut se garder d’accréditer ce genre de thèses qui ne sont que des hypothèses et apporter quelques nuances à notre propos. En effet, sans nier l’importance des différences éventuelles au niveau biologique ou cérébral, toute tentative pour expliquer des comportements complexes, largement socialisés, par ces différences biologiques paraît tout à fait inacceptable. Même si la neurobiologie a fait d’énormes progrès, dans l’état actuel de ses connaissances, cette science ne permet pas d’expliquer les différences de comportement entre homme et femme. Le débat reste ouvert car, jusqu’à présent, aucune conclusion n’est ni définitive, ni vraiment satisfaisante quant à la fiabilité absolue des résultats scientifiques.

En ce qui concerne le sexe du cerveau, la frontière entre l’inné et l’acquis n’est pas nette et précise. Il ne s’agit en aucun cas ici de rentrer dans des considérations d’ordre

neuro-psychologique pour justifier le fait qu’il y ait une majorité de femmes exerçant le métier de documentaliste. On peut juste noter que les caractéristiques généralement attribuées à l’hémisphère droit (maîtrise du langage parlé et écrit, sens du contact et de la communication) semblent correspondre aux aptitudes propres à l’exercice du métier de documentaliste : savoir communiquer, être capable de s’exprimer, de rédiger, d’être à l’écoute de l’autre, etc. Nous verrons que de nombreux autres facteurs explicatifs de la féminité du métier de documentaliste entrent en ligne de compte.

1.2 Histoire du travail des femmes : processus de féminisation de certains métiers

« Ce ne sont pas seulement les métiers qui ont un sexe. Le sexe de celui qui occupe tel ou tel type de poste constitue un marqueur durable de la représentation de l’emploi(31) »

La sociologie du travail est longtemps restée muette sur la question du travail féminin.

Les travaux fondateurs de deux sociologues français Georges FRIEDMANN (1902-1977) et Pierre NAVILLE (1904-1993) ont tout simplement ignoré la différence des sexes. Ils employaient le masculin pour désigner les travailleurs. En effet, la sociologie du travail était alors essentiellement centrée sur la figure emblématique de l’ouvrier masculin qui servait de référent général. La division sexuelle du travail ne constituait pas un objet d’étude dans la mesure où l’on considérait finalement que le marché du travail n’était pas sexué.

Les premières recherches sur l’activité féminine furent menées, dans les années 1960, principalement par quatre femmes pionnières qui introduirent la figure de l’ouvrière et la question des différences entre travail masculin et travail féminin dans le champ sociologique : Madeleine GUILBERT(32), Viviane ISAMBERT-JAMATI(33), Andrée MICHEL(34) et Evelyne SULLEROT(35). Elles ont su imposer la question des femmes dans le champ des sciences de l’homme, à des disciplines qui, pendant des années, ont pu traiter de la division sociale du travail, des conditions de travail, du syndicalisme et des relations professionnelles, de l’évolution des classes sociales… sans traiter des femmes ou des inégalités professionnelles entre les sexes. Dans les années 1970, de nombreuses femmes sont intégrées dans des instituts de recherche (CNRS, universités) et peuvent enfin mettre au jour une histoire du travail des femmes occultée par une historiographie essentiellement au masculin. D’où la multiplication des recherches sur le travail domestique et professionnel, ainsi que sur les rapports sociaux de sexe et la division sociale du travail. Dans les années 1980, un pas est franchi puisque de nombreuses études sociologiques, qu’elles émanent d’hommes ou de femmes, visent à étudier conjointement travail professionnel et travail domestique en essayant de situer la place des hommes et des femmes dans l’ensemble des structures sociales. En effet, il était nécessaire de se détacher de la vision masculine de l’ordre des choses pour entrer véritablement dans les sciences humaines et faire exister la différence des sexes. Dans les années 1990, la réflexion porte sur la différence des sexes sur le marché du travail et l’évolution de l’emploi féminin devient un véritable objet d’étude. Les nombreux travaux de Margaret MARUANI intègrent bien cette notion et traitent principalement des inégalités professionnelles entre les hommes et les femmes.

Comme chacun le sait, le métier de documentaliste n’est pas le seul métier exercé principalement par des femmes. Certains métiers comme ceux de secrétaire, d’infirmière, d’assistante sociale,…, le sont tout autant. Il s’agit, dans cette troisième partie, d’étudier les hypothèses selon lesquelles un métier peut être décrit comme « féminin » ou « masculin ».

Tout d’abord, nous devons nous interroger sur l’évolution du travail des femmes.

1.2.1 Les femmes ont toujours travaillé…

Certes, les femmes –nous dit-on – ont toujours travaillé mais cela ne signifie pas qu’elles exerçaient les mêmes activités que les hommes ni qu’elles percevaient les mêmes salaires. Avec le modèle patriarcal en vigueur, les femmes devaient se subordonner à leur père puis à leur mari à l’intérieur comme à l’extérieur de la famille et n’avaient aucune capacité juridique propre ni de droits politiques. Ainsi, la plupart du temps, elles éprouvaient des difficultés à faire reconnaître leur activité comme un « métier » ou une « profession ». Au Moyen Age par exemple, la notion de « métier », dans le sens corporatif, impliquant un savoir-faire et la possession d’un outil de production, reconnus de façon institutionnelle, ne s’appliquait qu’à une partie des activités féminines. Les métiers réservés aux femmes concernaient le travail de la soie ou la fabrication de vêtements. Elles pouvaient donc exercer, sous le contrôle avisé des corporations, les métiers de lingères, brodeuses, bonnetières ou modistes.

Les travaux(36) d’Arlette FARGE ou de Michèle PERROT montrent que le travail des femmes ne s’est jamais réduit aux tâches au sein du ménage. Avant l’industrialisation massive ou la montée des emplois salariés dans les services, des femmes, issues des milieux populaires, pouvaient exercer un métier de façon indépendante, malgré que le travail des femmes à l’extérieur fut souvent perçu comme étant de la prostitution. A la campagne comme à la ville, les femmes exerçaient déjà de nombreuses activités. A la campagne, les femmes étaient journalières et effectuaient les travaux des champs, elles faisaient de la couture et de la broderie. A la ville, les femmes des milieux populaires exerçaient des « petits » métiers tels que marchandes, blanchisseuses ou tenancières de pension ou bien encore nourrice pour enfants. Bref, il faut retenir que les femmes ont toujours travaillé, mais que leur travail était perçu comme improductif alors qu’elles effectuaient généralement les mêmes tâches que les hommes que ce soit à la ferme (en tant qu’auxiliaire du chef de famille), dans la boutique ou dans l’atelier artisanal. Cette dépréciation tenait d’ailleurs plus au statut féminin au sein de la famille et de la société (soumission des femmes au chef de famille) qu’à la nature des tâches accomplies. Décidément, les femmes devaient se contenter d’être de bonnes épouses et de bonnes mères. Leur participation à la production était considérée uniquement comme un travail d’appoint. Elles étaient sous-payées, exploitées, et employées à des travaux pénibles.

Avec le phénomène d’industrialisation et le développement du salariat au 19e siècle, les femmes passent du travail au sein de l’unité domestique au salariat dans les usines, sans pour autant cesser le travail à domicile (tâches domestiques, soin aux enfants,…) : la domestique, la couturière et l’ouvrière du textile constituent les figures dominantes de la femme au travail. Dès ce moment, le processus de féminisation de certains métiers opère véritablement et le travail salarié est perçu comme une menace par les hommes qui se voient concurrencés sur leur propre territoire. Toutefois, malgré l’essor du salariat, les femmes n’ont toujours pas de profession propre puisque leurs activités sont répertoriées, dans les recensements, sous la profession de leur mari. La Grande Guerre (1914-1918) représente un véritable tournant pour le travail des femmes. En effet, 8 millions d’hommes (soit 60% de la population active) sont mobilisés au front et il faut les remplacer. La part des femmes parmi le personnel de l’industrie et du commerce passe de 32% à la veille de la guerre à 40% fin 1917. Certes les femmes ont remplacé les hommes dans les usines (les « munitionnettes ») mais leur condition n’a pas vraiment évolué dans le sens où elles sont massivement licenciées une fois la guerre terminée et qu’elles retrouvent leur rôle traditionnel de femme au foyer.

Toutefois, quelques années après la fin de la guerre, dans un contexte de pénurie de main d’œuvre, elles investissent des secteurs en expansion comme la métallurgie, la chimie, l’électricité ou l’industrie alimentaire. On assiste dès lors à un élargissement des tâches féminines, à l’émergence de métiers mixtes ou à la féminisation de certains métiers masculins (instituteur), avec toutefois certaines réticences de la part des hommes. Pendant l’entre-deux guerres, les femmes affluent dans des emplois et des activités en plein essor : administrations de l’Etat, banques, bureaux des grandes entreprises, grands établissements de commerce (ex : employées des grands magasins). En effet, essentiellement occupées à des postes ordinaires d’employées administratives, les femmes sont majoritaires, dans les années 1920, dans des emplois « techniques » de bureau : dactylographes, téléphonistes, opératrices sur machines comptables, receveuses des postes, etc. Les services télégraphiques, les PTT embauchent systématiquement des femmes. En 1921, 52% de ses employés de la poste sont des femmes.

En 1926, les femmes constitueraient un-tiers des employés dans l’industrie, autour de 40% de ceux qui travaillent dans le commerce, les banques et assurances et les soins personnels, 40% également des employés des services publics.

Mais les périodes de crise économique sont celles où on incite le retour des femmes au foyer, par peur du chômage. La crise de 1929 entraîne la fermeture de certains concours dans les ministères aux femmes en 1931, le début d’une campagne contre le travail féminin en 1932 et une prime pour les femmes au foyer en 1938. Le régime de Vichy continue dans cette voie en mettant en place des restrictions législatives du travail féminin et en présentant la famille comme modèle et « unité organique » du fonctionnement social et territoire légitime de l’activité féminine. L’éviction des femmes du marché du travail se révèle relativement important en 1939 et en 1940 puisque l’on interdit l’accès des emplois publics aux femmes mariées. Il faut attendre le préambule de la Constitution de 1958 pour que les femmes puissent avoir accès à l’emploi au même titre que les hommes et la loi du 3 juillet 1965 pour supprimer l’autorisation du mari théoriquement nécessaire pour les femmes mariées voulant exercer une profession. Le préambule dispose : « la loi garantit à la femme, dans tous les domaines, des droits égaux à ceux de l’homme », et plus loin : « chacun a le devoir de travailler et le droit d’obtenir un emploi », le principe d’égalité des droits au travail entre les sexes est de ce fait constitutionnel. Mais tous ces efforts pour le retour des femmes au foyer s’avèrent vains sur le long terme dans la mesure où les femmes continuent à s’orienter vers les emplois de services et de bureau.

Depuis les années 1950, deux tendances ont caractérisé l’évolution de la structure des emplois : la tertiarisation et la « salarisation » du marché du travail. Et ce sont justement les femmes qui ont contribué à produire cette évolution. Et inversement : c’est parce que l’emploi devenait de plus en plus tertiaire et de plus en plus salarié que les femmes y ont accédé nombreuses. Le travail agricole et industriel, qui exigeait auparavant de la force musculaire, s’est déplacé vers le « traitement de l’immatériel » (les services). De plus, la force physique n’est plus une obligation puisque les machines viennent la suppléer. Si bien que les femmes ont pu accéder en plus grand nombre au marché de l’emploi et surtout dans le secteur tertiaire.

Depuis les années 1960, le taux d’activité des femmes ne cesse de progresser. En 1975, sur 22 millions d’actifs, il y a 8 millions de femmes, soit un travailleur sur trois. Entre 1975 et 1998, la population active masculine reste quasiment stable alors que la population active féminine augmente de 3 millions de personnes. Ce mouvement ne s’est jamais interrompu malgré la crise de l’emploi qui sévit depuis les années 1980. Dans la France de 2002, selon les chiffres de l’INSEE, les femmes représentent presque la moitié du monde du travail, soit 45% de la population active (soit 11,5 millions de femmes sur un total de 26 millions), contre un tiers seulement dans les années 1960. Et l’évolution devrait se poursuivre : les emplois féminins continuent d’augmenter deux fois plus vite que les emplois masculins. Au point que les experts de l’INSEE estiment que près de 90% des femmes devraient, en 2040, occuper un emploi salarié. L’augmentation du nombre d’actives s’explique notamment par le fait que les femmes interrompent de moins en moins leur activité professionnelle lorsqu’elles attendent un enfant, si bien que leur période d’inactivité se réduit. De même, la poursuite de longues études par les femmes et l’acquisition de diplômes leur permet de s’installer plus durablement sur le marché du travail. Leur comportement tend donc à se rapprocher de plus en plus du modèle masculin. La création de ces nouveaux emplois de services est notamment liée à l’édification de l’Etat social (institutrices, infirmières, assistantes sociales), mais aussi dans le privé (rationalisation des emplois de bureau et accroissement du nombre d’emplois de secrétaires). Tous ces emplois nécessitent une solide culture générale et particulièrement littéraire préalable à l’accession aux écoles professionnelles (écoles d’infirmières, d’assistantes sociales, écoles professionnelles de secrétariat). Par ailleurs, c’est à partir des années 1950 que les femmes se mettent à envisager différemment leur avenir familial, elles ne cessent plus de travailler quand elles mettent au monde des enfants. C’est ce phénomène, entre autres, qui explique la progression de l’activité féminine, alors que la durée des études s’allonge et que l’âge de la retraite s’abaisse. De plus, aucune activité ne nécessite désormais de prédisposition « naturelle » ou physique à son exercice sauf quelques métiers comme ceux du bâtiment ou de l’industrie lourde où il faut transporter des charges lourdes. D’ailleurs, il faut noter que la naissance du métier de documentaliste semble coïncider avec cette conjoncture économique favorable. Ce qui explique qu’un grand nombre de femmes ont pu s’orienter vers ce métier de service.

Comme nous venons de le voir, l’activité féminine occupe une place très importante sur le marché de l’emploi surtout depuis les années 1950-1960. Cependant, cette activité féminine revêt un aspect particulier dans la mesure où elle a tendance à se concentrer dans un nombre restreint d’activités.

1.2.2 Concentration de l’emploi féminin dans un nombre restreint d’activités

Avant d’étudier plus précisément la situation de l’emploi féminin sur le marché de l’emploi, essayons de définir ce que l’on entend par « métier féminin » et « métier masculin ».

Alors qu’actuellement, le ministère de l’Education nationale œuvre en faveur de la mixité des métiers et affirme qu’il n’y a pas de métiers d’hommes ni de métiers de femmes, une telle concentration des femmes dans un nombre restreint d’activités semble accréditer l’idée qu’il existe bel et bien des métiers spécifiquement « masculins » et « féminins ». Mais qu’entend-on par « métier masculin » et « métier féminin » et en quoi peut-on dire que les métiers du secteur tertiaire sont des métiers « féminins » ?

La notion de métier féminin est établie au 19e siècle lorsqu’une réflexion sur la segmentation du marché du travail s’instaure. A cette époque, le travail féminin souffre d’une image négative, comme s’il était qu’une pâle copie du travail masculin évidemment prestigieux. Pour avoir un aperçu des opinions de l’époque concernant le travail des femmes, nous pouvons nous intéresser à deux hommes. Le premier, Jules SIMON(37) (1814-1896), reconnaissait l’idée du travail des femmes mais soulignait l’incapacité des femmes à effectuer des travaux de création. « Les femmes n’ont pas d’imagination », écrivait-il, « ou du moins elles n’ont que cette sorte d’imagination qui rappelle et représente vivement les objets que l’on a perçus. Elles ne créent pas, mais elles reproduisent à merveille ; ce sont des copistes de premier ordre ». Quant au deuxième, Paul LEROY-BAULIEU(38) (1843-1916), interprète du libéralisme moderne, il insista au contraire sur la notion de « métiers propres aux femmes » et sur la possibilité de les développer par la formation et un judicieux emploi des aptitudes de sexe. C’est surtout le secteur tertiaire qui lui paraît convenir : l’instruction – « les femmes ont d’instinct la connaissance de l’enfance » – mais aussi le commerce, les banques, les administrations publiques les postes et télégraphes. Nous verrons par la suite que l’idée selon laquelle les femmes doivent transposer leurs qualités « naturelles » dans le monde du travail persiste fortement au 20e siècle. Quant à la notion de « travail féminin », elle fut supprimée en 1945 lorsque la législation française stipule que « à travail égal, salaire égal ». Nous verrons par la suite que cette décision n’a pas eu les effets escomptés.

Une activité peut se trouver définie ou redéfinie comme « féminine » ou « masculine » à divers moments de son histoire, parce que le type de qualification et d’idéologie professionnelle qui la caractérisent ainsi que les prestations fournies…ont subi des modifications. Les différentes représentations que nous pouvons avoir sur les métiers sont inévitablement sexuées puisque nous avons intégré les habituels stéréotypes selon lesquels certaines activités sont « réservées » aux hommes et d’autres aux femmes. « Enracinée dans le symbolique, le mental, le langage, la notion de « métier féminin » ou « métier de femmes » est une construction sociale liée au rapport des sexes. Elle montre les pièges de la différence, innocentée par la nature, et érigée en principe organisateur, dans une relation inégale(39) ». Cette citation de Maurice GODELIER permet de montrer que les notions de « métier féminin » et de « métier masculin » se sont construites en opposition tout comme les notions de « féminin » et de « masculin ». On retrouve bien ici le principe de la division sexuelle des tâches. Chaque sexe exerce sur son propre territoire avec ses acquis : les hommes avec leur force physique, les femmes avec leurs qualités « naturelles ». Mais, exclues de l’exercice de certaines tâches, comme nous l’avons vu avec l’étude des outils, les femmes ne peuvent pas avoir les mêmes activités que les hommes et se retrouvent dans une situation de relation inégale, de dépendance vis-à-vis de ces derniers.

Pierre BOURDIEU ajoute que les « les métiers de femmes sont, par définition, conformes à l’idée que l’on se fait de la femme, donc, ce sont les moins « métiers » des métiers. Parce que les vrais métiers sont des métiers d’homme. Un métier de femme, c’est un métier féminin, donc subordonné, souvent mal payé, enfin, c’est une activité où la femme est censée exprimer ses dispositions « naturelles » ou considérées comme telles(40) ». En qualifiant de « travail de femme » ou de « travail d’homme » telle ou telle tâche, les employeurs redéfinissent en fait sans cesse les frontières de la « féminité » et de la « masculinité », en fonction de leurs besoins. Schématiquement, on désigne comme féminins les secteurs du sanitaire et du social (infirmière, assistante sociale, …), de l’enseignement, de la bureautique (secrétariat), voire ayant attrait à la créativité (styliste, designer, décoration) ; pour résumer, tout métier qui correspond à ce que l’on assigne comme qualités premières des femmes et auxquelles souscrivent les jeunes filles : le dévouement vis-à-vis des autres, la fonction maternante, l’aspiration au contact et à la communication, la souplesse du corps et l’agilité des doigts (couture, claviers), la dextérité (montages électroniques), la patience, la douceur, la disponibilité, etc. A contrario sont perçus comme masculins les secteurs d’une part empreints d’une tradition machiste (l’archétype étant le secteur du bâtiment), d’autre part que l’on considère comme pénible et incompatible avec la féminité Ainsi, si la question de la force physique est aujourd’hui un critère moins discriminant en raison du progrès technologique (hormis dans les professions supposant une part possible de violence tels que certains aspects du métier de policier ou de pompier), néanmoins, les métiers décrits comme salissants, peu confortables (impliquant un travail dans le froid par exemple) sont spontanément rejetés par les filles. Enfin, de manière plus globale, un métier manuel, en particulier technique et/ou supposant une forme d’esprit scientifique sont spontanément associés aux garçons comme « naturellement » plus enclins au bricolage et plus intéressés par la science. Les métiers dits « mixtes », accessibles tant aux femmes qu’aux hommes, sont en premier lieu qualifiés comme des « métiers nouveaux » (tels l’informatique, les secteurs environnementaux, le marketing, etc.), libérés de schémas sociaux préexistants et notamment du préconçu selon lequel il existe depuis toujours des territoires d’activité strictement masculins ou strictement féminins.

L’idée est toujours solidement ancrée dans les systèmes symboliques que la maîtrise de la technique est une affaire d’hommes quand les femmes se voient cantonnées aux fonctions dites « naturelles » et relationnelles (altruisme, don de soi, gentillesse, etc.). Or ce type de préjugé est dépassé du simple fait de l’évolution même des métiers. D’une part, il n’existe pas un métier dont l’exécution n’impose la maîtrise de compétences scientifiques et techniques élevées ; d’autre part, on constate désormais une tendance forte à la tertiarisation des métiers du secondaire qui impose à ceux qui les exercent de développer des compétences relationnelles et humaines autrefois réservées aux emplois tertiaires féminisés. On peut choisir un exemple qui illustre bien cette tendance. Les soins infirmiers font désormais de plus en appel à un haut degré de technicité et de scientificité, tant dans le domaine strictement médical (matériels de diagnostic et de soins, unités de soins intensifs, etc.) que dans celui de la gestion administrative et des stocks, mais ce n’est pas pour autant associé à la représentation d’un métier technique. On peut néanmoins espérer qu’à l’avenir, compte tenu des évolutions médicales, le métier d’infirmier(e) sera reconnu comme étant éminemment technique. Mais, ceci ne pourra évoluer que lorsqu’un métier ne sera plus dévalorisé sous prétexte qu’il est majoritairement exercé par des femmes. Les infirmières ont donc un rôle à jouer, comme dans les années 1980 avec leur mot d’ordre « ni bonnes, ni nonnes, ni connes », pour être reconnues en tant que « professionnelles » et pour faire-valoir la technicité de leur métier.

Le tableau suivant est le résultat d’une enquête réalisée par Anne BARRERE, en 1990, auprès de dirigeants de 20 entreprises du bâtiment, des métaux et de la mécanique afin de mettre à jour la gestion sexuée du personnel. Et c’est à partir de cette série d’opposition qui semblent s’inscrire dans la « nature » des choses, où le pôle féminin est systématiquement infériorisé par rapport au pôle masculin que se met en place, pour les enquêtés, une catégorisation des métiers féminins, masculins, « féminisables », … L’embauche des femmes s’accompagne souvent d’un discours justificateur de la part des employeurs qui vise à légitimer leur emploi par les « qualités féminines » et à décourager leurs éventuelles ambitions à faire carrière. Les femmes sont donc engagées pour effectuer des travaux d’exécution et non pas pour prendre des décisions. Les employeurs recourent aux savoir-faire, et plus largement aux dispositions, que les femmes ont acquis dans la sphère domestique, tout en leur déniant toute qualification. Il en est ainsi des « qualités » de rapidité et de dextérité des ouvrières de l’électronique appréciées par les employeurs, alors qu’elles demeurent ouvrières spécialisées.

Tableau : Stéréotypes féminins et masculins tels qu’ils apparaissent dans la sphère du travail

Stéréotype masculin Stéréotype féminin
Force Faiblesse
Polyvalence Monovalence
Danger Protection
Saleté Propreté
Chantier Bureau
Ouverture Fermeture
Dextérité
Minutie
Qualité
Professionnel Domestique
Disponibilité Indisponibilité
Mobilisation Absentéisme
Dehors Dedans
Intuition
Conscience professionnelle

Source : GADREY (Nicole), Hommes et femmes sur le marché du travail, 1992

Par conséquent, les femmes et leurs qualités relationnelles supposées, tendent à se concentrer fortement dans les secteurs des services. En effet, le processus de tertiarisation de la société qui s’était accéléré dans les années 1960, se poursuit encore aujourd’hui. Entre les années 1950 et les années 1990, la part des emplois tertiaires, c’est-à-dire des emplois créés dans le secteur des services, passe de 40% à 70% du total.

Tableau : Répartition sectorielle des emplois en France, 1955-1996 (en %)

1955 1962 1968 1974 1980 1985 1990 1996
Agriculture 26 20 16 11 9 7 6 5
Industrie et bâtiment 34 36 37 39 35 32 29 26
Tertiaire 40 44 47 51 56 61 65 70
Total 100 100 100 100 100 100 100 100

Source : MARCHAND (Olivier), THELOT (Claude), Le Travail en France, Nathan, Paris, 1997
(Tableau cité dans MARUANI (Margaret), Les nouvelles frontières de l’inégalité, Paris, La Découverte, 2000)

Tableau : Répartition sectorielle des emplois féminins, France, 1955-1996 (en %)

1955 1962 1968 1974 1980 1985 1990 1996
Agriculture 27 20 15 10 8 6 5 3
Industrie et bâtiment 25 25 25 26 22 19 17 15
Tertiaire 49 55 61 65 70 75 78 82
Total 100 100 100 100 100 100 100 100

Source : MARCHAND(Olivier), THELOT (Claude), Le Travail en France, Nathan, Paris, 1997
(Tableau cité dans MARUANI (Margaret), Les nouvelles frontières de l’inégalité, Paris, La Découverte, 2000)

L’emploi féminin est majoritairement concentré dans le secteur tertiaire et cette concentration a fortement augmenté de 1955 à 1996. En effet, en 1996, 82% des emplois féminins se regroupent dans le secteur tertiaire contre près de la moitié seulement en 1955.

Cette évolution est en partie due au fait que le tertiaire est resté, tout au long des années de crise, le seul secteur créateur d’emplois. Il est donc tout à fait logique que les femmes se soient dirigées en priorité vers ce secteur. Les hommes ont subi les effets de la désindustrialisation pendant que les femmes ont tiré profit de la tertiarisation. La montée en puissance du travail rémunéré féminin s’est traduite par un double mouvement. Un certain nombre de femmes ont pu accéder à des professions autrefois réservées aux hommes où elles commencent à s’imposer : 45% des avocats, 52% des magistrats, 66% des instituteurs, 80 % des bibliothécaires sont des femmes.

Mais en même temps, l’emploi des femmes demeure pour l’essentiel concentré dans quelques professions mal rémunérées et peu valorisées du secteur tertiaire et déjà fortement féminisées (phénomène de « ségrégation horizontale ») : agents d’entretien, caissières, assistantes maternelles, secrétaires, par exemple. De plus, l’essentiel des créations d’emplois de ces vingt dernières années s’est fait dans des secteurs où les femmes étaient déjà largement présentes. En 2001, 6 catégories socio-professionnelles sur 31 CSP recensées par l’INSEE, concentrent 61% des femmes. Il s’agit des employés des entreprises et de la fonction publique (environ 82% des employés), des personnels de service aux particuliers et aux entreprises (85%), ouvriers non qualifiés de l’industrie, des instituteurs, des professions intermédiaires de la santé, activités sociales qui emploient au total 6 millions de femmes. Sur une longue période, c’est bien la constance qui frappe (comme le montre le tableau ci-dessous): les six catégories socioprofessionnelles les plus féminisées en 1997 sont les mêmes que celles qui l’étaient en 1962. Par contre, on peut observer une tendance plus récente à la sur-concentration des femmes dans les CSP les moins qualifiées : près de 50% des actives exercent leur profession dans les trois catégories d’emplois les moins qualifiées : celles des agents civils de la fonction publique, celle des employées administratives des entreprises, celles des services directs aux particuliers. A l’inverse, leur poids relatif dans les CSP plus qualifiées de l’enseignement ou des professions intermédiaires tend, lui, baisser depuis quelques années, même si les femmes sont plus souvent cadres (24% de l’encadrement des entreprises privées contre 19% il y a 10 ans). Or, cette situation est paradoxale dans la mesure où le niveau de diplôme obtenu par les femmes a largement augmenté voire dépassé celui des hommes. Les femmes sont majoritaires dans le secteur tertiaire non marchand (57%) qui concentre les deux tiers des créations d’emploi, elles sont plus souvent salariées (90% contre 84% pour les hommes) et fonctionnaires. Ces professions féminines se situent entre deux pôles : l’un fortement lié à la sphère domestique (externalisation dans la sphère de production de tâches confiées aux femmes dans la sphère domestique : concierge, agent d’entretien, assistante maternelle), l’autre qui s’apparente aux cadres et professions intermédiaires (positions plus conformes aux positions masculines, mais souvent « décalées » par rapport à celles-ci : cadre administratif moyen, comptable, secrétaires de direction, etc.). Entre ces deux pôles, se retrouvent alors les agents de service, les serveuses, employés des banques et assurances, bref des postes moins qualifiés.

Tableau : Les six catégories socioprofessionnelles les plus féminisées (1962-1997)

CSP 1962* 1975 1982 1990 1997
Effectifs (en milliers) % de femmes Effectifs (en milliers) % de femmes Effectifs (en milliers) % de femmes Effectifs (en milliers) % de femmes Effectifs (en milliers) % de femmes
Personnels de service aux part. 809 88% 744 82% 786 83% 937 83% 1 289 86
Employés admin. d’ent 1 117 70% 1 807 75% 2 041 76% 1 921 83% 1 949 83%
Employ. civils, agents de service de la fonction publique 772 66% 1 352 72% 1 673 75% 1915 79% 1 924 79%
Professions de la santé, travail social 190 71% 434 73% 590 74% 737 77% 878 78%
Employés de commerce 389 74% 537 78% 625 78% 731 78% 790 77%
Instituteurs et assimilés 385 65% 673 64% 759 63% 736 65% 764 65%

* De 1962 à 1990, il s’agit des recensements de la population, pour 1997 de l’Enquête Emploi.

Source(41) : BORDES et GONZALEZ-DEMICHEL, 1998

La répartition par profession atteste du même phénomène de concentration. Douze professions sont exercées par plus de 90% des femmes : Assistantes maternelles, gardiennes d’enfants, travailleuses familiales ; Puéricultrices ; Sages-femmes ; Manucures, esthéticiennes salariées ; Personnel de secrétariat de niveau supérieur, secrétaires de direction ; Employés de maison et femmes de ménage ; Secrétaires ; Aides familiales non salariées ou associées d’artisans effectuant un travail administratif ou commercial ; Assistantes sociales ; Caissières de magasin ; Standardistes, téléphonistes ; Agents et hôtesses d’accueil et d’information.

Près de 71% des femmes travaillent dans les services, seulement 47% des hommes ; près de la moitié des hommes sont ouvriers et la moitié des femmes sont employées. Cette situation trouve en partie sa source dans l’orientation scolaire des filles qui, comme on l’a déjà vu, continuent de se diriger massivement vers des secteurs de services peu qualifiés et peu rémunérés et moins vers les secteurs techniques, plus rentables.

Certes, les tableaux suivants ne sont pas récents mais ils peuvent servir à titre indicatif, pour montrer que la concentration des femmes dans certaines professions est loin d’être un phénomène nouveau.

Tableau : Les 12 professions ayant les taux de féminité les plus élevés

Intitulé de la profession Taux de féminité (en %) Effectifs totaux (en milliers)
Assistantes maternelles, garde d’enfant, travailleuses familiales 99,66 % 261
Puéricultrices 99,59 % 13
Sages-femmes 99,56 % 11
Manucures, esthéticiennes salariées 99,26 % 12
Personnel de secrétariat de niv. sup., secrétaires de dir. (non cadres) 98,59 % 117
Employées de maison et femmes de ménage 98,16 % 178
Secrétaires 97,64 % 719
Associées d’artisans effectuant un travail admn. ou commercial 96,14 % 116
Assistantes sociales 95,64 % 37
Caissières de magasins 94,69 % 131
Standardistes, téléphonistes 93,52 % 37
Agent et hôtesse d’accueil et d’information 92,96 % 37

Source : INSEE, Recensement de la population de 1990 (sondage au 1 / 4)

Tableau : les 12 professions ayant les taux de féminité les moins élevés

Intitulé de la profession Taux de féminité (en %) Effectifs totaux (en milliers)
Couvreurs qualifiés 0,07 16
Tuyauteurs industriels qualifiés 0,07 22
Chefs d’équipe de gros œuvre (bât.) et des travaux publics 0,08 15
Carrossiers d’automobile qualifiés 0,09 36
Mineurs de fond qualifiés 0,11 8
Conducteurs qualifiés d’engins 0,11 46
Maçons qualifiés 0,12 176
Ouvriers qualifiés du travail du béton 0,12 34
Plombiers/chauffagistes qualifiés 0,14 88
Charpentiers en bois qualifiés 0,16 15
Menuisiers qualifiés du bâtiment 0,26 76
Mécaniciens qualifiés de l’auto 0,29 104

Source : INSEE, Recensement de la population de 1990 (sondage au 1 / 4)

Et lorsque les femmes travaillent dans le secteur secondaire, c’est pour occuper des branches spécifiques comme l’industrie textile, l’habillement ou encore la chimie. Parallèlement, on constate une absence des hommes dans certains secteurs tertiaires comme le secteur médico-social ou le secteur secondaire comme dans le textile, etc. Tout comme les femmes, les hommes ont également tendance à se concentrer dans certaines activités. Par exemple, ils se concentrent dans l’agriculture, le bâtiment et l’industrie. Le cas extrême (qu’on pourrait mettre en parallèle avec le cas de la secrétaire) est celui des ouvriers qualifiés de l’artisanat avec 91% d’hommes et 9% de femmes. Force est de constater qu’hommes et femmes se situent dans des segments différents du marché du travail.

La faible diversification des emplois féminins associés au développement des services a eu une incidence plutôt négative sur les conditions d’emploi des femmes, en termes de qualification, de rémunération, de nature des contrats, de représentation sociale, et de conditions de travail. En effet, même si les femmes participent activement à la vie économique, elles n’en continuent pas moins de souffrir de discriminations et d’inégalités persistantes. Diversifier les choix professionnels, en agissant à la fois sur les emplois dans lesquels les femmes sont très présentes et sur ceux dans lesquels elles le sont peu, promouvoir une image positive de l’emploi féminin dans les entreprises, améliorer le niveau de formation, sont autant d’enjeux essentiels pour l’avenir. Après un aperçu des raisons de la féminité et de la masculinité de certains métiers, intéressons-nous maintenant aux causes de la féminité du métier de documentaliste.

Partie 2 : Le documentaliste : une femme de 35 ans,… ?

Commençons cette deuxième partie par une définition du terme « documentaliste ». Mais nous verrons par la suite que ce terme n’est plus vraiment approprié aujourd’hui.

Prenons une définition proposée par l’ADBS : « Il reste commode d’appeler « documentalistes » les professionnels qui doivent connaître l’organisation de l’information, sa production, sa circulation et ses techniques de traitement, les moyens d’assurer et d’évaluer la qualité des services rendus, mais aussi la façon de communiquer avec les décideurs, avec les producteurs comme avec les utilisateurs d’information, les comportements des intermédiaires, les usages de l’information dans le management des entreprises(42) ». Plus simplement, le documentaliste est une personne chargée de rechercher, collecter, traiter et analyser l’information sur n’importe quel support, à l’aide des techniques mises à sa disposition afin de pouvoir la diffuser auprès de profils d’usagers prédéfinis, au bon moment, voire en anticipant, et dans les meilleurs délais.

2.1 Les circonstances de la féminisation du métier de documentaliste

On ne peut pas étudier l’histoire de la documentation sans évoquer l’histoire des bibliothèques dans la mesure où les métiers de bibliothécaire et de documentaliste sont très proches. S’ils se rapprochent parfois au niveau des compétences (connaissance des publics et du milieu professionnel, identification et localisation des documents, développement des collections, conservation et gestion des documents, indexation, recherche de l’information), il faut tout de même préciser qu’il s’agit de deux cultures professionnelles différentes et que le métier de documentaliste s’est construit par rapport au métier de bibliothécaire qui est beaucoup plus ancien puisqu’il existe depuis le IIIe siècle av. J.-C. Mais, les documentalistes ont essayé de se différencier de leurs collègues bibliothécaires en tentant de faire reconnaître leur spécificité (traitement et analyse du contenu, diffusion de l’information, veille). L’évocation de ces deux métiers va permettre d’établir des comparaisons, notamment en ce qui concerne le processus de féminisation.

2.1.1 Avant les documentalistes, il y avait des bibliothécaires

Le métier de bibliothécaire naît avec la création des premières bibliothèques(43) mais prend surtout son essor au 16e siècle avec la naissance du terme en 1546. Les fonctions de bibliothécaire sont le plus souvent confiées à des érudits, hommes de lettres ou ecclésiastiques. Leur rôle est celui d’un conseiller, d’un aide pour la recherche d’information. Il n’existe alors aucune structure de formation. En 1751, un article de L’Encyclopédie de DIDEROT et d’ALEMBERT définit la profession de la manière suivante : « Bibliothécaire, celui qui est préposé à la garde, au soin, au bon ordre et à l’accroissement des livres d’une bibliothèque. Il y a peu de fonctions littéraires qui demandent autant de talent…». L’image littéraire du bibliothécaire du 19e siècle est celle d’un homme érudit, sans connaissance technique particulière, plus attaché à l’avancement de ses travaux personnels – puis de son statut car ses appointements sont peu élevés – qu’au service du lecteur. Il s’agit, pour lui, de conserver des fonds anciens et non de gérer d’abondants fonds documentaires pour le plus grand nombre de lecteurs. En effet, à la fin du 19e siècle, les bibliothèques tendent à se scléroser dans la conservation de leur fonds ancien. Pour mieux former le personnel et répondre aux attentes du public, est créé, en 1873, le premier diplôme professionnel, le Certificat d’Aptitude aux Fonctions de bibliothécaire (CAFB). En 1906, est créée l’Association de Bibliothécaires Français (ABF) qui œuvre pour l’unification et la reconnaissance du métier de bibliothécaire à travers la promotion de la bibliothéconomie, la formation initiale des professionnels et la lecture publique. Dès lors, le bibliothécaire remplit un nouveau rôle professionnel, celui d’animateur, qui « doit se préoccuper davantage de la diffusion des connaissances que de la conservation des documents ».

Nous avons vu précédemment que le métier de bibliothécaire était exclusivement exercé par des hommes érudits et ceci jusqu’à la fin du 19e siècle. Or, dès le début du 20e siècle, les femmes font progressivement leur entrée (qui sera irréversible) dans le monde des bibliothèques. En effet, la féminisation de la profession de bibliothécaire intervient, en France, essentiellement entre les deux guerres, c’est-à-dire beaucoup plus tard qu’aux USA. On peut trouver quelques remarques désobligeantes sur les rôles limités données aux femmes dans les bibliothèques, mais dans l’ensemble, elles sont plutôt bien acceptées, voire même attendues dans les bibliothèques publiques. Parmi les premières femmes chartistes (la première femme chartiste fut reçue à l’Ecole des Chartes en 1906), certaines choisiront les métiers des bibliothèques. Selon un auteur anonyme cité dans l’ouvrage(44) de Sylvie FAYET-SCRIBE, le travail des bibliothécaires consiste à : « classer les livres avec soin, à les préserver de la poussière, à mettre de l’ordre dans les rayons, recopier avec une précision méticuleuse les titres sur un catalogue, à apporter du goût dans le choix des reliures, à servir les lecteurs avec empressement et complaisance » ; ce même auteur continue et s’interroge : « Ce travail ne peut-il pas être exécuté aussi bien par une femme que par un homme ? La question ainsi posée, la réponse ne saurait être douteuse. Disons toute notre pensée : il y a là qui convient beaucoup mieux à une femme qu’à un homme. […] Il ne s’agit pas évidemment- nul ne le propose – de porter atteinte aux situations acquises qui doivent être respectées. Mais procéder méthodiquement au remplacement progressif du personnel masculin par un personnel féminin dans les bibliothèques publiques serait à la fois rationnel et avantageux ». Ce témoignage œuvre donc explicitement en faveur de la féminisation des bibliothèques mais ce n’est pas sans intérêt dans la mesure où il souligne bien le fait que ce changement serait avantageux et rationnel sans dire pour qui. Mais on devine bien que ce sont les hommes bibliothécaires qui en tireraient profit.

En effet, dans les années 1920-1930, la main d’œuvre féminine des bibliothèques travaille souvent à des postes subalternes pour un salaire inférieur à celui que réclament les hommes. L’avantage est donc, dans un premier temps, économique puisque les femmes travaillent à moindre coût que les hommes. Les femmes ne sont pas perçues comme des professionnelles possédant un savoir technique et des compétences administratives. Pour une femme, être une bonne professionnelle, c’est avoir des compétences acquises suite à un apprentissage comme classer les livres, recopier avec précision et des compétences innées comme le goût de l’ordre, le goût pour servir avec empressement, etc. qui peuvent faire partie intégrante de la nature féminine. Comme nous l’avons dans la première partie, les femmes transposent leurs qualités dites naturelles (qualités ménagères par exemple) dans leur milieu professionnel. Mais cela peut également s’appliquer aux hommes à quelques nuances près : ils peuvent avoir le goût de l’ordre, des choses bien faites, etc.

Bref, quel que soit le discours, ce que l’on constate, c’est que les femmes (parmi elles, nombreuses sont celles qui ont exercé la profession d’enseignante, le métier de bibliothécaire représentant un débouché idéal pour quitter l’enseignement en douceur en cas d’échec éventuel) entrent massivement dans les bibliothèques. Et elles occupent progressivement des postes de responsabilités en raison notamment de l’évolution de leur niveau d’instruction. De manière générale, elles ont été bien perçues par leurs homologues masculins. Ces femmes ont atteint, après la seconde guerre mondiale, des postes de conservateurs, et même de conservateurs en chef. Elles ont exercé des responsabilités à la tête de l’ABF (Association des Bibliothécaires Français), comme Myriem FONCIN (1893-1976) et Louise-Noëlle MALCLES (1899-1977). Elles ont été reconnues pour leurs aptitudes, même si celles-ci avaient des caractéristiques vues plutôt comme masculines : esprit logique, sens de l’initiative, combativité pour entreprendre, … Elles ont contribué à donner une image de marque à la profession de bibliothécaire et à prendre le contre-pied de l’érudit qui conserve ses livres et se cache derrière son comptoir, sans véritable contact avec l’usager. Ces femmes pionnières sont à l’origine d’une longue lignée de femmes bibliothécaires numériquement plus nombreuses que les hommes.

Les femmes étaient-elles vouées à devenir bibliothécaires ? Comment expliquer que nous assimilons aujourd’hui le bibliothécaire à une femme ? Si l’on en croit la citation de Christiane DESROCHES-NOBLECOURT dans son ouvrage(45) La femme au temps des pharaons, on peut voir que c’est une déesse qui était, à l’origine, associé aux bibliothèques : « D’autres concepts divins ont emprunté à la femme leur support matériel ; citons seulement la science du document et de l’archivage, apparaissant sous la forme de Séchat, maîtresse des bibliothèques, jeune femme vêtue d’une peau de félin et ayant toujours à la main le calame, roseau pour écrire… ». Certes, cette citation est anecdotique, mais elle montre bien que dans la mythologie égyptienne, la science du document est associée à une déesse. Malheureusement, l’auteure n’explique pas les causes de cette assimilation.

La masse documentaire s’accroît fortement après la seconde guerre mondiale, ce qui engendre la multiplication des services et des centres de documentation dans les entreprises des secteurs économiques les plus actifs : charbon, acier, pétrole, textile. Afin de répondre au développement des activités d’information, l’industrialisation croissante de la France engendre une activité documentaire intense tant dans le secteur public (administrations) que privé (entreprises). Des méthodes et des techniques propres au traitement d’une information spécialisée apparaissent. On passe alors d’une logique de conservation de fonds patrimoniaux à une logique de diffusion massive d’information à un public donné. Ainsi, les nouveaux professionnels, que sont les documentalistes, héritent de la tâche de conservation et d’érudition chère aux bibliothécaires et y ajoutent le traitement du contenu des documents. Mais les bibliothécaires ressentent la naissance de cette discipline comme une intrusion dans leur tranquille domaine, presque comme une atteinte à leur identité professionnelle. La compétition entre les deux communautés en devient parfois conflictuelle.

2.1.2 Naissance de la documentation et du métier de documentaliste

Au 12e siècle, le terme « document » (du latin documentum, ce qui sert à instruire) a le sens d’ « enseignement ». Au 18e siècle, on ne parle pas encore de documentation, mais plutôt de « renseignement ». Le verbe « documenter » apparaît en 1769 et le Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française de Paul ROBERT (1910-1980) le définit comme étant l’action de fournir des documents. Quant au sens actuel : « Ecrit servant de preuve ou de renseignement : annales, archives, dossier, matériaux, papier, pièces », il paraît provenir de l’emploi du mot comme terme juridique. Dans les années 1870, lors de son premier emploi, le mot « documentation » a le sens de « recherche de documents pour faire une étude ou une thèse ». Paul OTLET (1868-1944) et Henri LAFONTAINE (1854-1943), avocats belges sont les premiers, en 1895, à mettre en avant la notion de « documentation » qui se développe avec la Révolution industrielle et la création de nouveaux secteurs d’activités économiques qui engendrent le développement des activités documentaires, du traitement de l’information et la création de centres de documentation. La définition qu’ils donnent est très large. Elle englobe la bibliographie, elle est la science qui permet la fourniture de tous les documents sur un sujet donné. Toutefois, le mot « documentation » n’est employé régulièrement qu’à partir de 1905, à la suite du congrès organisé par l’Institut international de bibliographie, en opposition à « bibliothéconomie », ce terme désignant « l’ensemble des techniques permettant une bonne gestion de l’acquisition et de la conservation des livres(46) » .

En 1934, Paul OTLET publie son Traité de documentation qui marque la séparation de la documentation et de la bibliographie à laquelle elle était associée au début du siècle. Après 1945, les termes de « documentation » et de « documentaliste » s’imposent véritablement ; revues(47) et écoles de documentation(48) se développent. On parle de plus en plus de recherche automatique, de gestion de documents. La notion de documentation s’affirme par rapport à celle de bibliothéconomie. Actuellement considérée comme un « processus de recherche pour répondre à une demande ou un besoin », selon la définition donnée par Pierre ALBERT(49) en 1981, la documentation est un ensemble de techniques mises en œuvre pour collecter, traiter et diffuser les documents.

L’origine de la profession de documentaliste est directement liée au terme de « documentation ». Elle apparaît dans les années 1950 lorsque est ouverte au CNAM, une formation à la documentation, assurée par l’INTD (Institut National des Techniques Documentaires). Le terme « documentaliste », beaucoup plus récent que celui de « bibliothécaire(50) », existe depuis 1932 mais il faudra toutefois attendre les années 1953 pour qu’il apparaisse dans le dictionnaire Larousse. La plupart des dictionnaires de langue française s’accordent pour dire qu’il s’agit d’un professionnel chargé de rechercher, classer, diffuser et conserver les documents.

Après une mise au point sur les termes « documentation » et « documentaliste », intéressons-nous plus précisément aux acteurs qui ont contribué à la naissance et à la construction de cette discipline. En effet, de nombreux hommes et femmes en sont à l’origine et ont fait de la documentation ce qu’elle est aujourd’hui. Si les hommes avaient plutôt un rôle de théoricien comme Paul OTLET ou Henri LAFONTAINE et bien d’autres encore (comme Eric de GROLIER), les femmes, elles, ont véritablement été les pionnières de cette discipline. Bibliothécaires à l’origine, comme Suzanne BRIET (1894-1989), elles se sont progressivement investies dans la « documentation ». Rappelons seulement cette citation de Sylvie FAYET-SCRIBE qui résume bien la situation : « Les femmes documentalistes oeuvrent de concert avec des collègues masculins. Il serait sans doute erroné de voir uniquement des femmes ou seulement des hommes à la naissance de la lecture publique ou de la documentation. Ce secteur professionnel est mixte lorsqu’il se constitue. Le couple, extrêmement actif et militant, formé par Georgette et Eric de GROLIER durant toute l’entre-deux guerre, illustre bien cette mixité(51) ». Il n’y a donc pas de doute, il s’agit bien d’une collaboration entre les hommes et les femmes. Contrairement au métier de bibliothécaire qui était à l’origine exercé exclusivement par des hommes puis par une majorité de femmes, le métier de documentaliste a été, à l’origine, exercé par des hommes et des femmes.

L’objectif de ces femmes pionnières en documentation (Louise-Noëlle MALCLES, Yvonne ODDON, Georgette de GROLIER, Myriem FONCIN, Suzanne BRIET, etc.) était de former les utilisateurs afin qu’ils maîtrisent mieux les outils d’accès à l’information. Au lieu de garder pour elles les compétences qu’elles avaient acquises, elles mettaient en place des formations pour que les usagers, leurs principaux interlocuteurs, puissent en profiter. Elles réfléchissaient selon la logique de l’usager final. Elles organisaient la médiation entre l’information et l’usager. Parallèlement, des formations se développent pour les futurs professionnels afin qu’ils puissent maîtriser les outils d’accès à l’information voire créer de nouveaux outils documentaires.

Evoquons seulement cette femme, sans pour autant oublier toutes les autres, qui fut surnommée « Madame Documentation » en raison de son rôle pionnier dans cette discipline. Bibliothécaire(52), documentaliste, historienne, féministe, Suzanne BRIET fut l’une des figures marquantes de la profession de documentaliste de la première partie du 20e siècle. Elle joua un rôle décisif dans le développement de la documentation au cours des années 1930 et fut ensuite très active au sein de l’UFOD et de l’INTD. Son manifeste(53) sur la nature de la documentation, publié en 1951, constitue toujours un ouvrage de référence pour l’histoire et la théorie de la science de l’information. Elle y explore la définition du mot document et met l’accent sur les nouveaux et nombreux services actifs d’information et de documentation et salue la naissance d’une nouvelle profession : celle de documentaliste. La première partie de cet opuscule de 48 pages, dans la conception française de la documentation, cherchait à repousser les frontières du domaine au-delà du texte, pour qu’y soit inclus tout type d’objet documentaire (« un animal vivant est-il un document ? » demandait-elle). La seconde partie affirmait qu’une profession nouvelle et distincte était en train de naître. La troisième partie mettait l’accent sur le besoin nouveau de services d’information actifs. Elle conçut, mit en place et dirigea de 1934 à 1954 la Salle des catalogues et bibliographies (à la BN). Elle rendit accessibles des bibliographies qui étaient jusqu’alors conservées dans des rayonnages fermés. Elle étendit l’indexation et développa un service de consultation bibliographique. Cette femme était donc beaucoup plus une documentaliste dans l’âme et dans l’esprit qu’une bibliothécaire puisque sa logique était de mettre à disposition les documents et non pas seulement les conserver. En 1954, à 60 ans, elle prit une retraite anticipée. Durant 25 ans, elle fut en première ligne, en compagnie des pionniers qui étaient chef de file du secteur de la documentation : Samuel BRADFORD, Watson DAVIS, Jean GERARD, Paul OTLET, Jean WYART, etc. Elle mourut à l’âge de 95 ans.

Accordant la priorité à leur fonction de conservateurs d’un patrimoine, les bibliothécaires se sont moins préoccupés de la communication des documents et de la diffusion de l’information. La majorité d’entre eux se sont contentés d’un statut social assez modeste, laissant leur image publique se ternir. Si l’on a volontiers opposé, jusqu’à aujourd’hui, la gestion du fonds réservée aux bibliothécaires et le traitement du contenu par les documentalistes, les fonctions traditionnelles des bibliothécaires changent dans la mesure où la gestion s’automatise, et le traitement de l’information est informatisé. De plus, les frontières entre les mondes que sont l’information, la communication, la documentation et les bibliothèques tendent à s’atténuer. La figure centrale du professionnel de l’information émerge. Qu’il soit bibliothécaire ou documentaliste, il doit savoir à la fois organiser une documentation, gérer une bibliothèque, trouver l’information, communiquer et transmettre l’information. Par conséquent, les métiers de bibliothécaire et de documentaliste n’ont jamais été aussi proches qu’aujourd’hui. Ces deux métiers, qui coexistent à l’heure actuelle, s’enrichissent et se complètent par des compétences, des savoirs et des savoirs-faire mutuels. Toutefois, il subsiste des réticences de la part des documentalistes à être assimilés à des bibliothécaires.

Comme nous venons de le voir, le métier de documentaliste a été pratiqué par des hommes et des femmes à l’origine. Or, progressivement il a été investi par davantage de femmes pour devenir aujourd’hui presque essentiellement féminin. L’objectif est de tenter de comprendre les raisons pour lesquelles ce métier est exercé par un si grand nombre de femmes : est-ce en raison d’une conjoncture économique favorable : développement du secteur tertiaire et augmentation de l’activité féminine dans ce secteur, reconversion des secrétaires dans ce nouveau métier de service, possession des qualités requises pour ce métier,… ? C’est ce que nous allons essayer d’étudier.

2.2. Documentaliste : un métier exercé principalement par des femmes

Il semble que les raisons évoquées précédemment concernant la féminité des métiers soient identiques pour le métier de documentaliste. On reconnaît aux femmes documentalistes des qualités dites naturelles comme le sens de l’organisation, la patience, le dévouement aux autres, etc.. Il suffirait donc à ces dernières de transposer ces qualités « naturelles » sur le marché du travail pour répondre aux critères de recrutement. Mais il faut souligner que ces qualités requises, qui peuvent d’ailleurs aussi bien émaner d’une femme que d’un homme, construisent le métier de documentaliste comme féminin alors qu’il était mixte à l’origine.

L’enquête que nous avons menée auprès de la liste de diffusion pourra nous être utile ici. Exposons, dans un premier temps, notre travail. L’objectif de cette enquête est d’établir une photographie, un état des lieux de la perception du métier par les documentalistes ainsi que leur situation professionnelle. Un questionnaire(54), constitué de questions ouvertes et fermées a été soumis à la liste de diffusion de l’ADBS au début de l’année 2002. Il a été rempli par 70 individus, soit 62 femmes et 8 hommes prises au hasard parmi les adhérents ou non-adhérents à l’ADBS. Si petit soit-il, cet échantillon nous a permis de dégager quelques grandes tendances concernant le métier de documentaliste. Il s’agit surtout pour nous d’interpréter les questions qualitatives qui ont tendance à relever plus du mini-entretien que du questionnaire parce que la plupart des personnes interrogées avaient pris la peine de rédiger leurs réponses. Quatre critères ont été retenus en priorité: le genre, la formation générale, la formation en Information-Documentation et le fait que les documentalistes sont en activité. Nous retiendrons ces critères pour tenter de dresser un profil du documentaliste du début des années 2000.

En ce qui concerne le sexe et l’âge, nous ne remarquons pas d’évolution notable d’une population qui reste particulièrement féminine. Alors qu’en 1964, il y avait 80% de femmes pour 20% d’hommes documentalistes, il y a, en 1999, 88% de femmes pour 12% d’hommes. La faible évolution des proportions a tout de même profité aux femmes. L’examen des résultats de notre enquête permet de dresser le même constat : 62 femmes (soit 88,6%) ont répondu au questionnaire contre seulement 8 hommes (soit 11,4%). L’âge du documentaliste, qu’il soit homme ou femme n’a pas vraiment évolué. Notre enquête révèle que l’âge moyen des personnes interrogées est de 34 ans, soit 33 ans pour les femmes et 30 ans pour les hommes. Or, Serge CACALY(55) avait déjà souligné que l’âge moyen d’une femme documentaliste, en 1985, était de 35 ans.

L’obtention d’un baccalauréat littéraire concerne 44,3% des femmes contre 2,9% des hommes interrogés(56). Les baccalauréats scientifique et économique sont presque sur un pied d’égalité puisque 22% de femmes ont obtenu un bac S et 20% sont titulaires d’un bac ES. Cet écart de deux points reste peu important. Par contre, en ce qui concerne ces deux baccalauréats, l’effectif masculin est équivalent dans la mesure où 4,3% sont titulaires d’un bac S et 4,3% sont titulaires d’un bac ES.

Enfin en ce qui concerne le dernier diplôme obtenu en Information-Documentation, ce sont les DESS (hors INTD et INTD) qui prédominent dans la mesure où 29,6% de femmes en sont titulaires. Or, on aurait pu penser, au vu des chiffres fournis par l’ADBS concernant les DUT (diplôme le plus généralement représenté) que ce dernier aurait fait l’unanimité. Et bien non, les DUT viennent en deuxième position avec 26,2% de l’effectif féminin. Ceci nous amène à supposer que les documentalistes sont de plus en plus diplômés en I-D et qu’ils ne se contentent plus d’un diplôme de niveau bac +2.

Le profil du documentaliste se dégage : une femme d’environ 35 ans, issue d’un baccalauréat littéraire, ayant suivi une formation en Information-Documentation de niveau bac +5. Ce portrait n’a pas évolué si l’on prend en compte le sexe, l’âge et le baccalauréat, par contre il a changé en ce qui concerne le niveau de diplôme obtenu. Cependant, d’autres caractéristiques vont se dégager progressivement au cours de la réflexion.

2.2.1 Un métier de service

Voici les qualités principales citées par les documentalistes dans notre enquête(57). Nous en retiendrons six, c’est-à-dire celles qui ont été le plus souvent citées par les personnes interrogées : l’organisation (citée par 41 personnes), la curiosité (citée par 33 personnes), la rigueur (28), l’écoute (17), le sens du contact (14), le sens du service (10). Nous constatons que ces qualités recoupent les qualités dites féminines, souvent demandées dans le secteur des services (secteur tertiaire), que l’on a étudié lors de la réflexion sur les métiers « féminins » et « masculins ». En effet, nous avons vu que les secrétaires devaient être organisées, avoir le sens du contact, être patientes, etc. Or, nous retrouvons ces mêmes qualités pour le métier de documentaliste qui est avant tout un « métier de l’ombre » et un métier de service. En effet, le documentaliste doit posséder des qualités relationnelles, une bonne connaissance du milieu professionnel, le sens du contact, l’accueil des usagers d’information, comprendre, analyser leur demande, y répondre de manière pertinente, rapide et au meilleur coût, dans les délais les plus brefs, mais aussi d’être apte à promouvoir le centre ou le service de documentation. Toutes ces qualités dites relationnelles sont souvent associées au sexe féminin sous prétexte que les femmes y font « naturellement » recours dans leur vie familiale. Par conséquent, c’est aussi tout « naturellement » qu’elles peuvent les transposer dans leur milieu professionnel. Ce type de discours est très réducteur. Et si l’on a vu, effectivement, que les femmes pouvaient développer ce type de qualités du fait qu’elles ont longtemps été reléguées dans leur foyer à effectuer les tâches domestiques et s’occuper des enfants, on sait que les hommes peuvent en faire autant. En réalité tout dépend de leur éducation et de leur apprentissage des normes et des valeurs. Il n’y a, évidemment, pas que les femmes qui sont patientes, organisées, etc. Penser que les femmes seraient plus à même d’exercer le métier de documentaliste parce qu’elles possèdent déjà les qualités requises du fait de leur « état de femme » est un faux problème. Cela ne suffit pas à expliquer le fait que le métier de documentaliste est exercé par une majorité de femmes.

Il faut aussi préciser que si toutefois le documentaliste rend service aux usagers potentiels d’information, il n’est en aucun cas à leur service. Or, souvent on constate que les utilisateurs abusent de cette notion de service, de dévouement aux autres pour satisfaire leurs besoins. Cependant, les documentalistes sont tout aussi responsables de cet abus dans la mesure où ils ont poussé leur dévouement à l’extrême. On peut reprendre ici la citation de Didier FROCHOT interrogé par Karine ATTIG dans le cadre de son mémoire : « Etre au service peut s’entendre de diverses manières. Dans une première perspective, je puis affirmer sans hésiter que les documentalistes ont très largement fait preuve d’une abnégation remarquable pour se mettre au service de leurs utilisateurs. Ils ou elles ont souvent déployé des trésors d’ingéniosité pour trouver l’information attendue. Même si c’est parfois très artisanal, ce sens du dévouement doit être salué comme une des qualités réelles de la profession. Il est regrettable, redisons-le, que cette ingéniosité dans le savoir-faire n’ait pas été plus fréquemment relayée par un faire-savoir. Trop de discrétion a nui à notre métier ou pour reprendre l’expression d’une de nos collègues, « Le scoutisme, c’est fini ! ». Cette ingéniosité toute artisanale est d’ailleurs une arme à double tranchant. On s’est en effet trop longtemps contenté de ce caractère artisanal, empirique, fondé sur l’intuition (féminine comme chacun le sait !). De ce fait, on s’est assez largement abstenu de réfléchir sur nos pratiques, d’en dégager les structures de fonctionnement, de formaliser, de modéliser les comportements et les méthodes de travail. Cela restait essentiellement pragmatique. Dès lors, il était difficile de donner à ce métier des lettres de noblesse. (…) Dans une autre perspective, être au service de l’entreprise, c’est répondre à tous ces besoins documentaires. Et c’est sur ce point que l’absence d’analyse managériale a nui(58) ».

Cette réflexion est toujours d’actualité dans la mesure où cette notion de service, de dévouement aux autres « colle à la peau » des documentalistes qui finalement ne feraient que leur devoir, leur métier en se soumettant à la volonté des utilisateurs, sans en retirer aucune satisfaction. La relation est souvent unilatérale et nombre de documentalistes interrogés dans le cadre de mon enquête m’ont confié qu’il n’y avait aucune gloire à retirer de ce genre de comportement et que le métier de documentaliste était et restera un « métier de l’ombre ».

Le stage effectué au sein du service de documentation du journal L’Equipe me fait penser à une anecdote à ce sujet. Cette notion de service y est très présente mais les documentalistes ne sont pas pour autant au service des journalistes. Il s’agit plutôt d’un partenariat, d’un travail en équipe. En revanche, le dévouement reste important envers les fidèles lecteurs du journal. Lors du Tour de France cet été, les documentalistes ont dû effectuer des recherches pour des paris passés entre amis ou pour des concours concernant le cyclisme, abandonnant pour cela les recherches qu’ils effectuaient déjà par ailleurs. Ceci montre bien que toutes les demandes, quelles qu’elles soient, sont prises en compte mais toujours dans une certaine mesure.

Mais la réputation des documentalistes pour leur dévouement inconditionnel n’est-elle pas parfois la cause de leur manque de reconnaissance ainsi que de l’image négative du métier ?

2.2.2 Les hommes ont parfois une image négative du métier

Comment peut-on expliquer la faible présence des hommes parmi les documentalistes ? On peut faire de nombreuses hypothèses et tenir compte du témoignage des quelques personnes, trop rares, interrogées. On peut supposer que les nombreux préjugés qui sont attachés au métier de documentaliste (« non-utile », « improductif », « non-rentable ») peuvent dissuader les hommes d’exercer ce métier. Ou bien les hommes s’orientent-ils dans cette voie plus par défaut que par choix ?

Depuis 1970, de nombreux rapports commandités par l’ADBS statuent sur la situation quelque peu précaire des documentalistes : statuts mal définis, salaires peu élevés, image sociale dévalorisée, … et sur les assimilations simplistes aux métiers d’archiviste et de bibliothécaire. Outre cela, ils semblent souffrir d’une méconnaissance voire d’une

non-reconnaissance de leur activité longtemps considérée comme une charge supplémentaire plutôt que comme une valeur ajoutée. Ceci engendre donc des difficultés pour démontrer leur utilité, pour prouver leur efficacité et enfin construire leur identité professionnelle.

Nous avons choisi de retenir cinq raisons permettant d’expliquer ce phénomène de sous-représentation de l’effectif masculin dans ce métier. Tout d’abord, il s’agit de la connotation féminine liée au métier de documentaliste. En effet, c’est un métier où les hommes sont largement minoritaires. De plus, il est probable que le préjugé selon lequel un métier, parce qu’il est féminin est dévalorisé, soit encore fortement ancré dans les esprits. Autant, les hommes se sentent menacés lorsque les femmes s’orientent vers des métiers dits masculins, autant ils semblent quelque peu réticents à entrer dans un monde de femmes. Cependant, il ne s’agit ici que d’hypothèses. Il y a bien sûr et heureusement des exceptions comme nous le verrons par la suite et surtout il semble que les hommes s’orientent vers d’autres métiers de l’Information-Documentation.

Outre la féminité du métier s’ajoute la traditionnelle assimilation à la bibliothécaire. Et, cette fois-ci, non seulement le bibliothécaire est une femme mais en plus, elle est décrite comme une « vieille fille au chignon et aux lunettes », de quoi dissuader les plus motivés…

Mais, le problème semble plutôt être la confusion qui existe entre les métiers de bibliothécaire et de documentaliste : à la logique de conservation des documents est opposée celle de gestion du contenu des documents. Si aujourd’hui les fonctions et le contenu du métier de bibliothécaire évoluent et se rapprochent de ceux du documentaliste, les images de la secrétaire, de la bibliothécaire sur son échelle et parmi ses livres ou qui se cache derrière son comptoir sont encore très présentes dans les esprits. En effet, Anne-Marie CHAINTREAU et Renée LEMAITRE ont bien souligné, dans leur ouvrage(59), l’image négative véhiculée à propos des bibliothécaires dans l’opinion publique par le cinéma et la littérature. Du « vieillard chauve » au « savant fou », en passant par le « censeur » et « l’espion », « vivant dans la poussière », « les échelles », «les piles de documents », le professionnel des bibliothèques, aussi bien que celui de la documentation, serait représenté comme le « gardien d’un savoir redoutable ».

De plus, le métier de documentaliste souffre d’un problème d’identité, d’une image floue ainsi que d’un manque de reconnaissance et de valorisation. Certes, ce constat peut apparaître pessimiste dans la mesure où l’image du documentaliste tend à s’améliorer du fait que son rôle est de mieux en mieux reconnu par les entreprises qui requièrent leurs services. En effet, les entreprises ont progressivement pris conscience de la nécessité stratégique de gérer les flots d’information. Toutefois, il est vrai que les documentalistes souffrent d’un manque de reconnaissance que Laurent BERNAT avait souligné dans son mémoire(60) : Pour en finir avec la crise d’identité des documentalistes. Ce manque de reconnaissance apparaît notamment dans la structure même de la nomenclature des PCS (Catégories socioprofessionnelles) : on constate que les documentalistes ont leur place dans la catégorie plutôt vague des « professions de l’information, des arts et des spectacles ». Il n’est pas gênant que les documentalistes soient considérés comme des artistes mais cette classification s’avère toutefois incohérente, comme si on les avait mis là par défaut, ne sachant pas où les classer. Certes, ils sont représentés dans les associations professionnelles comme l’ADBS mais de manière générale, ils ne s’impliquent que très faiblement dans la vie professionnelle associative et très peu ont pris l’initiative de se syndiquer pour faire valoir leurs revendications et améliorer éventuellement leur image. Par conséquent, loin d’être les victimes de cette dévalorisation ou non-reconnaissance de leur profession, les documentalistes en sont la plupart du temps les responsables.

Le fait que le métier de documentaliste soit un « métier de l’ombre » peut également dissuader les hommes à s’engager dans cette voie surtout s’ils ont besoin d’être reconnus pour leur travail.

Les salaires peu attractifs peuvent également être une des raisons pour lesquels les hommes ne s’intéressent pas au métier de documentaliste. Il faut souligner que l’échelle des salaires est très variée du fait de la diversification des métiers liés au secteur de l’Information-Documentation. Cela dépend des postes occupés, des responsabilités, du statut de l’entreprise (publique, privée), si c’est une association, etc. En 1998, les rémunérations nettes annuelles des documentalistes ayant répondu à l’enquête de l’ADBS(61), s’échelonnaient entre 9 147 euros (avec un temps partiel) et 36 588 euros, le salaire moyen d’une personne se situant vers 22 105 euros. Deux facteurs interviennent dans la détermination de la rémunération : le niveau du diplôme(62) (de plus en plus élevé) et l’âge du candidat (les plus jeunes étant les plus pénalisés) mais aussi le sexe : 53% gagnent moins de 20 123 euros par an, 55% chez les femmes, 36% chez les hommes. En revanche, les tranches supérieures à 36 587 euros annuel (5% dans l’ensemble) sont représentées à 4% chez les femmes et 13% chez les hommes. Sauf exception, les salaires des professionnels de l’information n’atteignent pas des niveaux exceptionnels. Cependant, s’ils font preuve d’une grande stabilité à leurs postes.

Le niveau de salaire progresse tout de même, avec de 1998 à 2000, des proportions plus importantes percevant annuellement un salaire net entre 23 782 euros et 29 270 euros, 29 270 euros et 36 587 euros et plus de 36 587 euros nets. Le salaire moyen est de 23 276, 5 euros net annuel, soit une hausse de + 5% par rapport à 1998 (ce qui est plus élevé que la hausse du coût de la vie, soit moins de 3% en 2 ans). Les tranches de salaires les plus élevées se retrouvent chez les diplômés de l’INTD (pour 67%) et les titulaires de DEA et DESS (60%). Les secteurs les plus rémunérateurs sont : la banque-assurance (58%), la recherche (56%), l’industrie (55%), la santé (53%) et les services (53%). On peut conclure qu’il faut être cadre, travailler dans un secteur rémunérateur ou exercer un autre métier de l’Information-Documentation pour percevoir un salaire plus convenable. Mais nous constatons, à travers notre enquête, que le salaire est loin d’être un motif de satisfaction pour continuer un métier dans le secteur de l’I-D, aussi bien pour les hommes que pour les femmes d’ailleurs.

Du fait qu’il soit méconnu ou associé au métier de bibliothécaire, le métier de documentaliste peut être perçu comme un métier peu technique, ne demandant que des compétences en découpage et collage (en exagérant un peu) insuffisamment axé sur les technologies de l’information, etc. Or, c’est tout le contraire, le métier de documentaliste nécessite de plus en plus des compétences techniques et technologiques pour la conception de logiciels documentaires, la veille, l’intelligence économique, etc. Ce qui devrait convenir aux quelques hommes qui choisissent souvent un métier en fonction de son degré de technicité. L’idée selon laquelle le métier attirerait plus d’hommes sous prétexte qu’il se technicise davantage conforte le préjugé selon lequel la technique est exclusivement liée au sexe masculin. Par conséquent, il s’agit ici d’une fausse raison pour tenter d’expliquer cette relative « désertion » masculine.

Malgré toutes ces raisons qui peuvent dissuader certains hommes, il n’est pas rare, fort heureusement, que ces derniers exercent le métier de documentaliste.

2.2.3 Cependant, il y a des hommes

Nous sommes en droit de nous demander où sont passés les hommes au vu des statistiques évoquées précédemment : 88% de femmes et 12% d’hommes et surtout lorsque l’on visite les services de documentation. Effectivement, en visitant plusieurs centres de documentation, nous nous sommes vite rendus compte que la population est exclusivement féminine et que les postes de responsables sont occupés de manière égale par les hommes et les femmes : par exemple, les services du Parisien et de L’Equipe sont dirigés par deux femmes et ceux du Monde et du Figaro par deux hommes. Et si l’on s’intéresse au personnel de ces services, les femmes sont majoritaires : elles sont 13 au Figaro, 8 au Monde et au Parisien. Le journal L’Equipe fait exception puisqu’il n’y a qu’une seule femme : la responsable est épaulée par 4 journalistes et un documentaliste. Le service de documentation technique d’Eurosport ne comprend également qu’un seul documentaliste. Par conséquent, penser que les documentalistes masculins seraient plus nombreux dans le domaine du sport est une idée fausse et qui plus est sexiste.

Les quelques hommes qui ont répondu au questionnaire semblent être bien intégrés dans ce milieu de femmes, ont les mêmes aspirations concernant leur avenir professionnel, le même souci de se rendre utile, bref les mêmes compétences et la même approche du métier. Ils paraissent toutefois moins convaincus que les femmes en ce qui concerne les raisons qui les ont poussées à s’engager dans cette voie. Souvent, la documentation s’est présentée, pour eux, comme une alternative à des études qui ne leur convenaient pas (mauvais résultats, échecs, désintérêt pour certaines matières, …) ou bien elle a été choisie dans la continuité d’études littéraires, de goût pour les livres, les archives, etc. La documentation serait-elle une voie de garage ? On peut le penser si l’on prend en compte certains documentalistes qui ont choisi des voies courtes comme les DUT et qui n’ont pas de perspectives d’évolution. Cela ne veut en aucun cas dire que les DUT n’ont pas d’évolution de carrière possible mais seulement que celle-ci est limitée en raison de l’arrivée massive des bac +4 et des bac +5. Dans le cas d’études universitaires plus poussées, on peut légitimement penser que les élèves en documentation concrétisent un choix mûri depuis plus longtemps.

En revanche, on se rend compte que lorsque les hommes sont présents, ils sont à des postes de responsables et qu’ils ont rarement suivi une formation en documentation. Par exemple, le responsable de la documentation au Figaro est un ancien journaliste et celui du Monde a fait des études de droit avant de rentrer aux archives du journal pour évoluer au poste de responsable-adjoint puis de responsable de la documentation. Le choix de la documentation se présente alors comme un choix de reconversion.

On peut en conclure, malgré l’absence d’étude claire sur le sujet, que les hommes sont présents mais surtout en tant que responsables. De plus, on peut supposer que les hommes tendent à s’orienter vers d’autres métiers de l’Information-Documentation et que par conséquent, ils ne sont pas comptabilisés dans les effectifs des documentalistes.

2.3 Des formations en Information-Documentation majoritairement suivies par des femmes

2.3.1 Les formations en sciences humaines

Si l’on étudie la répartition des effectifs comptabilisés dans notre enquête, on constate que la filière littéraire domine. Le tableau ci-dessous permet de dégager quelques enseignements.

Tableau : Répartition des effectifs (en %) en fonction de la série du baccalauréat

% Bac L Bac ES Bac S Bac STT Totaux
% Femmes 44,3 % 20 % 22,8 % 1,4% 88,5%
% Hommes 2,9 % 4,3 % 4,3 % 0 % 11,5%
Totaux 47,2 % 24,3 % 27,1 % 1,4 % 100 %

Source : Enquête pour le Mémoire, 2002

Alors que 47,2% des personnes interrogées ont obtenu un baccalauréat littéraire (soit 44,3% de femmes et 2,8% d’hommes), seulement 27,1% de l’effectif global ont obtenu un bac scientifique et 24,3% ont obtenu un baccalauréat économique et social. Donc, après le bac L, c’est le bac S qui prime, ce qui n’est pas étonnant dans la mesure où une formation scientifique est très recommandée pour exercer le métier de documentaliste. La suprématie du bac littéraire peut s’expliquer par le fait que la majorité des personnes interrogées sont de sexe féminin. En effet, les formations littéraires sont plus suivies par les filles que par les garçons : Selon une étude du ministère de l’Education nationale publiée en 2002 (Regards sur la parité), 81,1% de filles ont présenté un bac littéraire en l’an 2001. Malgré tout, les filles sont également très présentes dans les filières scientifiques puisque, toujours selon cette étude, 42,6% d’entre elles ont présenté un bac scientifique. Sur les 8 hommes documentalistes interrogés, seulement 2 d’entre eux ont un bac littéraire, alors que 3 ont un bac scientifique et 3 un bac économique et social. Mais, en raison du faible effectif masculin, ces résultats se retrouvent un peu biaisés. On peut supposer que si l’échantillon avait été plus large, davantage d’hommes auraient pu obtenir un bac L ou un bac S. Mais, retenons simplement que la majorité des femmes interrogées ont obtenu un baccalauréat littéraire. De même que 9 étudiantes de la maîtrise en sciences de l’information (de Paris I) sur 13, soit plus de la moitié, sont titulaires d’un bac littéraire. Et aucune des personnes interrogées dans cette promotion n’a obtenu de bac scientifique.

L’examen du domaine de formation générale après le baccalauréat fait également apparaître une très large domination des formations littéraires. Déjà en 1964, selon l’enquête ADBS(63), 42,9% des répondants avaient suivi une formation universitaire majoritairement en droit ou lettres (76%). La tendance se poursuit puisque selon l’enquête ADBS de 1999, 54% des professionnels de l’I-D ont un diplôme en sciences humaines, langues étrangères comprises, ils étaient 64% en 1993.

Le monde de la documentation cultive donc un paradoxe : les deux-tiers des étudiants en documentation sont des littéraires, alors que les deux-tiers des emplois ont plutôt une orientation scientifique ! De plus, du documentaliste en entreprise au bibliothécaire municipal, Internet et les CD-Rom ont radicalement changé le métier. Côté formation, une bonne culture générale n’est pas suffisante : il faut suivre un cursus spécifique, à l’université ou en école.

Compte tenu de l’évolution du métier, il semble que la bonne stratégie soit d’acquérir d’abord une solide formation de base scientifique, économique ou juridique de niveau bac + 4 ou bac + 5 (Maîtrise, diplôme d’ingénieur,…), puis un diplôme relatif aux techniques documentaires.

Les effectifs de la série littéraire sont principalement féminins. Or, la plupart des étudiants inscrits en Information-Documentation sont issus de cette série. Par conséquent, il est logique que la population des formations en I-D soit majoritairement féminine.

2.3.2 Les formations en Information – Documentation

Très peu d’études statistiques, voire aucune, ne traitent de la question des proportions hommes-femmes dans les formations spécialisées en Information-Documentation. Par conséquent, nous utiliserons les quelques éléments qui sont à notre portée concernant les effectifs masculin et féminin, ainsi que des données plus générales sur les diplômés en Information-Documentation. Il s’agit de l’enquête menée en 1999 par l’ADBS(64) et de l’enquête menée pour le mémoire sur la liste de diffusion de l’ADBS.

De plus en plus, les documentalistes suivent une formation professionnelle spécialisée en plus de leur formation initiale. Selon l’enquête ADBS de 1999, 83% des documentalistes possèdent un diplôme en Information-Documentation, contre 74% en 1993. Ce constat est similaire pour notre enquête auprès des professionnels interrogés sur la liste de diffusion de l’ADBS. En effet, 87,2% des répondants ont un diplôme en Information-Documentation. Si l’on tient compte du diplôme le plus élevé obtenu en I-D, 34% (soit 26,2% de femmes et 7,8% d’hommes) des répondants sont titulaires d’un DUT et 29,6% (effectif exclusivement féminin) possèdent un DESS.

Tableau : Répartition des effectifs (en %) selon le diplôme le plus élevé obtenu en I-D

% DUT Licence Maîtrise CAPES DESS INTD Concours Aucun Totaux
% Femmes 26,2 % 3,2 % 9 % 7,5 % 17,6 % 12 % 5 % 8,6 % 89,1%
% Hommes 7,8 % 0 % 0 % 0 % 0 % 0 % 0 % 3,1 % 10,9 %
Totaux 34 % 3,2 % 9 % 7,5 % 17,6 % 12 % 5 % 11,7 % 100

Source : Enquête pour le mémoire, 2002

L’effectif masculin étant sous-représenté par rapport à l’effectif féminin, les écarts entre les pourcentages sont très importants et les femmes dominent largement dans toutes les catégories de diplômes. Par conséquent, plutôt que de comparer les effectifs masculin et féminin entre eux, il serait plus astucieux de comparer les effectifs féminins d’une part et les effectifs masculins d’autre part. Ainsi, on remarque que la plupart des femmes interrogées sont titulaires d’un DUT (26,2%) contre 29,6% (DESS et INTD) de femmes titulaires d’un DESS. Les autres diplômes comme la licence, la maîtrise, les concours, … sont moins bien représentés dans la mesure où les personnes interrogées ont soit un niveau inférieur (bac+2), soit un niveau supérieur (bac +5). Par exemple, il est rare d’arrêter son parcours au niveau de la licence. Le DUT, de niveau bac +2, est le diplôme minimum en

Information-Documentation, alors que le DESS, de niveau bac +5, est le diplôme le plus élevé dans ce domaine. Si les employeurs recherchent de plus en plus de bac +5, les bac +2 restent les plus demandés. Mais tout dépend, en réalité, des responsabilités confiées. Certains postes ne nécessitent pas qu’une personne possède un bac +5 si elle a de l’expérience. Certaines entreprises préfèrent embaucher des bac +2 pour des questions de salaire. Notons que les DESS mènent à des postes d’encadrement (chargé d’études documentaires, ingénieur documentaliste, etc.) et que par conséquent, ils ne mènent pas aux mêmes emplois.

Si l’on observe les formations de plus près, comme par exemple la licence ou la maîtrise de documentation à Paris I, on constate que l’effectif féminin est largement majoritaire. En effet, la promotion 2002 comptait 22 étudiantes pour 2 étudiants seulement. Apparemment, les effectifs évoluent puisqu’il y a davantage d’étudiants dans la licence de 2002. Cependant, il faut souligner que la plupart des étudiants présents dans la licence de 2001 n’ont pas poursuivi en maîtrise en raison de résultats insuffisants ou de réorientation. Cela explique en partie la faiblesse de l’effectif masculin en maîtrise.

Le métier de documentaliste est, comme nous venons de le voir, un métier pratiqué par un très grand nombre de femmes et par quelques hommes que l’on retrouve surtout à des postes d’encadrement. Nous avons pu émettre une série d’hypothèses plus ou moins satisfaisantes pour expliquer la féminité du métier de documentaliste et la relative absence des hommes. Mais cette situation est-elle vouée à rester déséquilibrée ou bien les hommes vont-ils investir ce métier en plus grand nombre à l’avenir ?

Partie 3 : L’avenir du métier de documentaliste : vers le professionnel de l’information ?

Le monde de l’information est constitué de trois grands groupes de professionnels : ceux qui créent l’information, ceux qui l’utilisent et ceux qui la manipulent et servent ainsi d’intermédiaires. Le dernier groupe correspond aux métiers de l’Information et de la Documentation dont font partie les documentalistes. Cependant, les frontières entre ces trois groupes restent floues puisque chacun travaille avec l’information. Les frontières ne sont pas non plus très bien déterminées en ce qui concerne les métiers de l’I-D : si les documentalistes ont un rôle spécifique de médiation, certaines de leurs compétences peuvent se retrouver dans des métiers voisins. Par conséquent, l’identification des différents métiers s’avère plus difficile. Les professionnels de ces trois groupes peuvent être considérés comme des professionnels de l’information, ce qui est encore plus vague, semble-t-il que le terme « documentaliste ». En effet, nous verrons plus tard que cette expression ne permet pas d’expliciter la fonction exacte du professionnel.

Outre ce problème terminologique et identitaire, on peut se demander si la répartition actuelle des effectifs féminin et masculin dans le métier de documentaliste peut évoluer à l’avenir ou bien considérer que les hommes s’orientent déjà et s’orienteront de plus en plus vers des métiers voisins appartenant au secteur de l’Information-Documentation. Les femmes seraient alors des documentalistes et les hommes des professionnels de l’information. Or, cette distinction est ridicule dans la mesure où le documentaliste est un professionnel de l’information.

3.1 De plus en plus d’hommes grâce à l’aspect technique du métier… ?

On peut constater une technicité accrue du métier avec l’introduction des technologies de l’information et de la communication (TIC) : logiciels bureautiques, PAO (début des années 1980), GEIDE, groupware, Internet, Intranet, Extranet (début des années 1990) et plus récemment des techniques de management (organisation de l’entreprise). Tout documentaliste, généraliste ou spécialiste se doit d’avoir des compétences techniques en plus des qualités traditionnelles (telles que le sens du contact et du service, le sens de l’organisation, etc.). Il s’agit de maîtriser les méthodes et les techniques de gestion du document : archivage, indexation, catalogage et bien évidemment tous les aspects informatiques. L’enjeu actuel pour les documentalistes est de bien de se former à ces technologies qui ne cessent d’évoluer. L’Association des professionnels de l’Information et de la Documentation (ADBS) l’a bien compris puisqu’elle organise régulièrement des stages de formation continue dans le domaine des TIC. « D’ailleurs c’est aux TIC que l’on se forme ou continue de se former en premier (34%) – Internet en est une raison – ensuite aux techniques documentaires (25%) et à la bureautique (18%). Manifestement, les professionnels veulent se mettre à la page, sans pour autant laisser de côté les fondamentaux de la documentation (indexation, catalogage, etc.)(65)»

L’essor des technologies peut-il justifier une présence accrue des hommes dans le métier de documentaliste ? Le monde des technologies étant essentiellement un univers d’hommes et prenant une place de plus en plus importante dans le métier de documentaliste notamment, il paraît légitime de se demander si l’avenir du métier est masculin. Cette supposition implique que l’on cautionne le préjugé traditionnel qui associe la technique au sexe masculin, ce qui n’est pas notre intention. Cette hypothèse est valable dans un premier temps si l’on rappelle que les hommes s’orientent massivement vers les filières scientifiques et techniques(66) et qu’ils sont davantage familiarisés avec la technique lors du processus de socialisation (jeux de legos, jeux vidéos, ordinateurs,…). Mais combien d’hommes, parmi ceux qui ont suivi des cursus en informatique ou en management, deviennent documentalistes ? Il semble qu’il y en ait peu ou bien ils ne sont pas visibles dans les effectifs de la profession.

Peut-on distinguer des usages et des pratiques différenciés de la technique en fonction du sexe des individus ?

3.1.1 Des rapports différents à la technique selon le sexe

Il s’agit ici de mettre fin au stéréotype selon lequel les femmes ne seraient pas faites pour la technique et casser ce duo traditionnel formé par l’homme et la technique. Les femmes ne sont pas « nulles » en informatique, cette idée préconçue serait pourtant présente chez les femmes elles-mêmes. Rares sont les femmes qui refusent encore aujourd’hui d’utiliser un ordinateur. Les dernières générations et notamment celles qui arrivent sur le marché du travail, sont nées avec les outils informatiques. Selon une enquête INSEE(67) d’avril 1999, « environ 46% des Français déclaraient savoir se servir d’un micro-ordinateur en juin 1998. Cette compétence est bien plus répandue chez les enfants, les adolescents et les jeunes adultes que dans les générations des parents et des grands-parents (…) Si les adultes qui savent aujourd’hui se servir d’un ordinateur ont généralement découvert l’informatique sur leur lieu de travail, c’est au cours de la scolarité que les jeunes se familiarisent avec cet outil ». Mais dans le monde des nouvelles technologies, il est vrai que les femmes y occupent les postes les moins qualifiés comme la programmation par exemple. Un paradoxe puisqu’elles sont de plus en plus nombreuses à travailler dans le domaine de la bureautique. Ingénieur en informatique, programmateur de bases de données sont des métiers peu traditionnellement féminins. Mais les femmes ont tout à gagner en s’imposant dans ce secteur porteur et plus que jamais créateur d’emplois.

Si les hommes et les femmes sont égaux en termes d’accès aux techniques, ils n’en restent pas moins différents sur le plan des usages et des pratiques. Certes, les technologies de l’information et de la communication n’ont pas de sexe et il n’existe pas de déterminisme technique qui assigne des usages aux filles et aux garçons et pourtant force est de constater des différences d’usages selon le sexe des individus. Ces différences peuvent notamment s’expliquer par l’éducation inculquée aux enfants. Très tôt, les filles seraient écartées du dialogue avec la machine, alors que les garçons montreraient un investissement important dans le dialogue avec la machine, comme source de projection de l’ego. Dès leur plus jeune âge, on apprend aux filles à prendre soin d’elles-mêmes et aux garçons à démonter des objets. Par exemple, on donne au petit garçon des veilles montres pour qu’il les ouvre et voie comment fonctionne le mécanisme. C’est le genre de choses qui mène aux sciences et à la technologie. De plus, l’écran d’un ordinateur, par exemple, demande une certaine coordination spatiale. Or, on a vu dans le premier chapitre que les garçons avaient de meilleures capacités visuelles et spatiales d’où leurs meilleurs résultats que les filles en géométrie. En revanche, ces dernières étaient plus performantes dans les exercices de langage. Les garçons sont également encouragés à cultiver l’autonomie et les filles, le lien. Or, les nouvelles technologies n’ont pas grand chose à offrir de l’ordre du lien. En revanche, elles répondent à la revendication d’autonomie des garçons. Tant que l’ordinateur ne servira qu’à programmer ou à jouer, il attirera très peu de filles. Mais on peut imaginer d’autres usages permettant de mobiliser des émotions et d’établir des relations. Avec l’Internet, c’est déjà en train de changer : les femmes utilisent beaucoup l’e-mail et communiquent avec d’autres personnes grâce aux groupes de discussion.

Cependant, les conditions d’appropriation d’un outil technologique par les hommes ou les femmes sont difficiles à cerner dans la mesure où il y a de nombreuses dimensions psychologiques à prendre en compte. Il faut situer les usages dans le contexte global de la vie quotidienne. Les femmes ont un usage fonctionnel de la technique. Par exemple, elles utilisent presque exclusivement l’ordinateur sur leur lieu de travail et très peu comme un outil de loisir.

L’enquête menée par Céline ROUQUETTE sur l’informatique, souligne bien que « les hommes sont plus nombreux que les femmes à se servir d’un ordinateur : 49,8% contre 43,3%. Mais l’activité expliquerait en grande partie ces écarts. En effet, il n’y a aucune différence entre hommes et femmes actifs ou en formation : 6 actifs sur 10 et 9 élèves ou étudiants sur 10 savent se servir d’un ordinateur, quel que soit le sexe. En revanche, les disparités sont plus grandes chez les retraités et les personnes sans activité professionnelle ». Elle ajoute que « néanmoins, à diplôme, âge, catégorie socioprofessionnelle et situation d’activité identiques, les hommes sont plus familiarisés avec l’informatique que les femmes. Ceci traduit peut-être un rapport à la technique différent : selon une récente étude européenne, les jeunes garçons âgés de 6 à 14 ans utilisent beaucoup plus que les filles du même âge les ordinateurs, consoles et jeux vidéo, les filles privilégiant davantage d’autres formes de loisir (lecture…) et de sociabilité(68) ».

Attention, cela ne veut pas dire que les femmes ne peuvent pas être de grandes utilisatrices d’Internet ou de la technologie en général. Jacques PERRIAULT(69) explique que l’utilisation des technologies par les femmes dépend de leur budget-temps parce qu’elles doivent cumuler leur activité professionnelle, les tâches ménagères et éventuellement l’éducation des enfants. Les femmes seraient donc en partie pénalisées par rapport aux hommes en raison de leur double journée de travail… Outre le temps, les goûts, les préférences, les moyens financiers peuvent entrer en ligne de compte dans ce rapport à l’outil. De plus, il faut souligner que l’âge (et donc l’appartenance à une génération), la catégorie socioprofessionnelle, et le diplôme influencent davantage que le sexe la connaissance de l’informatique. Quels rapports les documentalistes entretiennent-ils avec la technique ?

3.1.2 Les documentalistes et l’aspect technique du métier

Les femmes documentalistes, en activité avant le processus d’informatisation des centres et des services de documentation, n’ont pas eu d’autre choix que de suivre des stages de formation pour se familiariser avec l’outil informatique ou avec les autres technologies de l’information, sous peine d’être rapidement dépasser les nouveaux professionnels. Mais cela s’avérait aussi primordial pour ne pas être submergé par des flots d’informations grandissants et pour perfectionner la gestion de l’information.

L’enquête menée auprès la liste de diffusion de l’ADBS confirme l’hypothèse d’adaptation des femmes au progrès technologique. En effet, la progression en technicité est un des motifs principaux (au même titre que « se rendre utile » et les « relations avec les collègues ») qui inciterait les femmes à poursuivre le métier de documentaliste ou un autre métier de l’Information-Documentation. La moitié des femmes interrogées (soit 31 sur 62) citent ce motif comme déterminant pour leur avenir dans le secteur de l’I-D. Donc, non seulement, les femmes semblent s’être adaptées au changement, mais en plus, la valeur du métier qu’elles exercent dépend de son degré de technicité. Ce comportement est caractéristique de la situation actuelle puisque les demandes de double formation en informatique, par exemple, deviennent de plus en plus fréquentes. Il est essentiel de maîtriser l’indexation, le catalogage, la gestion des documents électroniques (GED) et bien sûr la maîtrise des logiciels documentaires. Loin d’être réfractaires à toute forme de technique, les femmes sont bien au contraire les garantes de la progression technique du métier de documentaliste. De toute manière, on ne peut pas imaginer un service de documentation efficace qui ne soit pas en phase avec les technologies actuelles. Et pourtant, certains font exception, faute de moyens ou de motivation…

Quel rapport entretiennent les hommes documentalistes avec la technique ? On peut penser que la progression en technicité peut les attirer davantage. Mais ce n’est pas le cas dans la mesure où les hommes documentalistes interrogés dans le cadre de l’enquête pour le mémoire, soulignent bien le fait que la progression en technicité du métier n’est pas un élément déterminant pour continuer un métier dans le secteur de l’I-D. Leurs motivations sont autres : « les relations avec les collègues », « rendre service », etc. alors que nous venons de voir que la technicité est un des éléments déterminants chez les femmes ! Il est possible que s’ils avaient vraiment été intéressés par la technique, ils auraient choisi un autre métier. En effet, on peut supposer que les hommes intéressés par la technique ne deviennent pas « documentalistes » au sens strict du terme dans la mesure où ce métier est souvent méconnu par le grand public et qu’il n’a pas une image de métier technique. Or, le paradoxe est que ce métier est de plus en plus technique. La plupart des hommes qui suivent des études en informatique deviennent consultants en organisation documentaire, ingénieurs en informatique, administrateurs de bases de données, concepteurs de logiciels documentaires, webmestre, … mais pas documentalistes. Ce sont les autres métiers de l’Information-Documentation qui profitent de leurs compétences en informatique.

Il est peu probable que les hommes viennent gonfler les effectifs, du moins sur le court terme, dans la mesure où les hommes documentalistes déjà en activité ne privilégient pas le caractère technique du métier. On peut supposer, étant donné la faible évolution des proportions hommes-femmes, que le métier n’est pas voué à devenir masculin pour le moment. Il faudrait d’abord que les caractéristiques peu attractives du métier de documentaliste (image négative, connotation féminine, salaires peu élevés en moyenne, manque de reconnaissance, etc.) soient améliorées pour que les hommes s’intéressent à ce métier. Pour l’instant, il semble que les hommes s’orientent vers des professions à dénominations plus pompeuses, donc plus rémunératrices.

3.2 …Non les hommes deviennent des « professionnels de l’information »

Certes, la polémique sur le terme « documentaliste » et sa légitimité n’est pas l’objet de notre propos. Cependant, nous avons choisi de l’évoquer dans la mesure où cette question terminologique croise notre sujet. En effet, il n’est pas possible de faire abstraction des nombreux débats qui ont lieu sur la liste de diffusion de l’ADBS si l’on s’interroge sur l’avenir de la profession.

3.2.1 Mise au point sur les termes « documentaliste » et « professionnel de l’information »

Alors que le mot « documentaliste » était déjà peu significatif pour la plupart des usagers qui l’assimilaient à un bibliothécaire, celui-ci est encore plus confus aujourd’hui à la fois pour les usagers et les professionnels. D’ailleurs, Christine LETEINTURIER(70) souligne que « le mot « documentaliste » qui sert pourtant de titre à la principale revue française consacrée à la documentation, est finalement peu utilisé ». Elle constate également que ce « terme appartient à un corpus lexical incomplet dans la mesure où le terme « documentation » est parfaitement polysémique, désignant tout à la fois l’activité, le résultat de l’activité (documentation au sens de l’ensemble des documents) et parfois le lieu où elle s’exerce (aller à la « doc »). Il manque pour les documentalistes l’équivalent de journalisme, c’est-à-dire un terme qui désigne exclusivement, sans polysémie aucune, l’activité du documentaliste (le documentalisme !) ». Il n’y a donc pas de terme clair qui désignerait exclusivement l’activité. En effet, les documentalistes interrogés dans le cadre de notre enquête ont des difficultés à donner une définition cohérente et complète du métier. Voici quelques exemples : « Je sèche mais je serais très intéressée par une synthèse en particulier pour cette question », « Je ne sais plus !!! » ou bien « Cela dépend trop des situations ». Si ces réponses illustrent bien le fait que le mot « documentaliste » n’est plus significatif, ces personnes n’ont pas fait l’effort de se remettre en cause et d’élucider ce problème de définition. D’où provient cette difficulté à définir le terme « documentaliste » ?

Dans un premier temps, le métier a changé en raison notamment du progrès technologique. Dans un deuxième temps, de « nouveaux métiers » (cyberdocumentaliste, webmaster, knowledge manager, etc.) sont apparus, entraînant la création de nouvelles dénominations (on en recense actuellement 500). Or, ces métiers voisins ont souvent des compétences communes avec le métier de documentaliste. Unique à l’origine, construit en opposition par rapport au métier de bibliothécaire, le métier n’est plus qu’un métier parmi d’autres dans la profession de l’Information-Documentation. Même s’il garde une base solide, le terme de « documentaliste » perd encore de sa pertinence pour désigner de façon générique la population des professionnels de l’information. De plus, les frontières entre les différents métiers (49 emplois-types répertoriés par l’ADBS : documentaliste-généraliste, documentaliste spécialisé, documentaliste de presse, documentaliste scientifique, documentaliste-archiviste, etc.), sont floues, peu délimitées, ce qui a pour effet d’accentuer la confusion. Une même appellation peut revêtir une réalité très différente d’un secteur à l’autre et ceux-ci sont extrêmement divers : CDI dans les écoles, organes de presse, centres de documentation spécialisés, institutions, services de veille dans l’industrie, cabinets de conseil, etc. Le principal point commun entre ces métiers reste la gestion de l’information et ce qui diffère, c’est la manière dont l’information est gérée et surtout l’objectif visé : « Pour optimiser l’accès à l’information, certains créent et gèrent des stocks d’information. D’autres des flux. Certains font des recherches ponctuelles. D’autres cherchent en permanence (veille). Certains mettent en place des interfaces d’accès « automatiques » (sites web, bases de données)(71) ». Il s’agit désormais de distinguer le secteur d’activité (Information-Documentation) qui regroupe l’ensemble des métiers et chacun des métiers qui accomplissent différemment la même fonction.

Bref, le terme paraît, pour beaucoup de professionnels, trop restrictif et semble ne plus correspondre à la réalité. Et de plus en plus de documentalistes tentent de se débarrasser de cette dénomination parfois pénalisante et fortement connotée pour la remplacer par une autre appellation à l’aspect plus prestigieux : « professionnel ou gestionnaire de l’information ».

Parmi les personnes interrogées dans le cadre de notre enquête, un certain nombre montrent leur préférence pour ces appellations. Voici ce que m’a confié la responsable de la documentation du journal L’Equipe : « Le terme documentaliste est obsolète aujourd’hui. De plus, il pose des problèmes de confusion avec les métiers de bibliothécaire. C’est pourquoi le terme de professionnel de l’information semble plus adéquat. Il reflète bien l’idée que le métier a évolué et que la personne est responsable, non plus seulement de documents sous différents supports, mais bien de flux d’information. Il doit s’adapter aux usagers et satisfaire rapidement sa demande ». Certes, le terme « professionnel de l’information » paraît plus adapté aujourd’hui parce qu’il met l’accent sur l’information mais il ne renseigne pas davantage sur la fonction du documentaliste. Une autre personne s’interroge: « Le terme documentaliste est considéré comme généraliste et ne reflétant pas réellement la diversité de la fonction documentaire. Faut-il vraiment trouver une autre appellation ou d’autres appellations déclinables, comme le propose l’ADBS ? ». Pour une autre, « Documentaliste est un terme générique. Cela ne sert à rien de vouloir le définir car il regroupe des situations multiples. A mon sens, il fédère des gens qui ont une culture professionnelle commune avec des compétences et qualités propres. »

Cependant, ces dénominations restent quelque peu illusoires dans la mesure où elles ne signifient pas plus de choses que le terme « documentaliste » lui-même, qui est un professionnel de l’information. Mais il est vrai que lorsqu’on fait allusion au documentaliste, on met davantage l’accent sur le support (en l’occurrence le document) alors que le travail et la réflexion « documentaires » portent essentiellement sur l’information et non sur son support, si ce n’est de façon secondaire. C’est donc une des raisons pour lesquelles, ceux qui exercent un des « nouveaux métiers » de l’Information-Documentation se donnent des noms plus spécifiques et surtout plus prestigieux, voire anglicisés : spécialistes de l’information, ingénieurs en systèmes d’information, courtier en information, Information data manager, knowledge manager, etc. Cependant, l’invention de mots ou de formules parfois pompeuses ne résout pas le problème du manque de reconnaissance ou de valorisation. On aurait tort d’oublier que ces « professionnels de l’information » sont les héritiers des documentalistes (et des bibliothécaires).

Il faut retenir que le métier de documentaliste est en pleine mutation mais que ses missions de base restent identiques : dénicher, traiter, analyser, communiquer l’information demandée et en gérer les sources. Néanmoins, les modes d’exercice du métier ont considérablement changé avec Internet. Les fonds d’information et les techniques de recherche se sont diversifiées et complexifiées. Dans le même temps, le développement des technologies ont fait prendre conscience de l’importance de l’information notamment du côté des entreprises. Du coup, les documentalistes investissent de plus en plus le secteur privé, leurs fonctions se voient revalorisées et leurs postes deviennent stratégiques. Symbolique de cette évolution, le documentaliste à l’image vieillotte et poussiéreuse se modernise et tend à changer de nom. Dans certains secteurs, on l’appelle aujourd’hui cyberdocumentaliste, netsurfeur, etc. Mais est-il toujours question du même métier ? Oui si l’on considère que ces « nouveaux professionnels » continuent à gérer de l’information et ont un rôle de médiation. Dans une autre configuration, il ne peut s’agir d’un documentaliste. Un webmestre, même s’il manipule de l’information, n’est pas un documentaliste parce qu’il n’en a pas la formation. Par contre, un documentaliste peut s’improviser, grâce à des stages, un peu webmestre ou knowledge manager sans pour autant approfondir la fonction. Ce qui distingue, pour l’instant, le métier de documentaliste avec ces nouveaux métiers, c’est qu’il faut suivre une formation spécifique. A l’heure actuelle, il n’existe pas de formation spécifique pour devenir webmaster.

Pour conclure sur ce point, on peut dire qu’aucune appellation ne fait l’unanimité parmi les professionnels, du moins pour l’instant. D’ailleurs, en 1993, la tentative de l’ADBS dans cette voie fut un échec. En effet, les membres de cette association professionnelle connue sous le nom d’association des documentalistes et des bibliothécaires spécialisés ont opté pour un autre développé qui ne correspond plus au sigle : l’association des professionnels de l’Information et de la Documentation. Il faut donc en déduire qu’un « documentaliste » doit être désormais un « professionnel de l’information ». Certes, cette nouvelle appellation est moins connotée donc moins dépréciée, mais elle est encore plus vague que la précédente. Après cette mise au point sur les termes « documentaliste » et « professionnel de l’information », il serait intéressant d’identifier l’appellation sous laquelle se rassemblent les hommes.

3.2.2 Les hommes ont plutôt tendance à s’orienter vers d’autres métiers de l’Information-Documentation

Comme nous l’avons vu dans le deuxième chapitre, les hommes ne représentent qu’une très faible part (soit 12%) des effectifs dans le métier de documentaliste. S’ils sont si peu présents dans ce métier, on peut donc supposer qu’ils se dirigent vers les autres métiers du secteur de l’Information-Documentation. Dans ce cas, il est nécessaire de comprendre pourquoi ils s’orientent vers ces métiers voisins. Pour cela, nous pouvons rappeler les quelques facteurs (vus dans la deuxième partie) susceptibles de dissuader les hommes à s’orienter vers le métier de documentaliste et par conséquent les convaincre d’exercer des métiers voisins. Nous avons vu brièvement que les hommes se détournaient du métier de documentaliste en raison de la connotation féminine, de l’assimilation à la bibliothécaire, de la méconnaissance du métier et du salaire peu élevé. Les autres métiers qui manipulent l’information semblent en effet plus attractifs avec, comme nous venons de le voir, leurs appellations plus prestigieuses donc plus rémunératrices telles que consultant en organisation de systèmes d’information, Information data manager, etc. Il est donc fort probable que ces hommes effectuent des tâches similaires à celles du documentaliste comme l’indexation, la classification de données ou encore l’élaboration de produits documentaires mais ils le font sous une autre dénomination. On peut supposer que ce type d’appellations, parfois trompeuses, sont élaborées pour que leurs titulaires se démarquent justement du documentaliste et du bibliothécaire. Il est également intéressant de souligner le changement de sexe quand on passe de la documentaliste – nécessairement féminine – au spécialiste ou à l’expert – nécessairement masculin ! Il s’agit ici d’une différenciation entre les niveaux de qualification des individus. L’ADBS recense quatre niveaux de qualification : expert, ingénieur, technicien et assistant. Le fait d’utiliser le terme « expert » lorsqu’on fait allusion à un travail masculin est tout simplement discriminatoire par rapport au travail féminin qui ne serait pas, par définition, qualifié. Il est important de retenir que les termes employés pour désigner les professionnels de la documentation recouvrent des réalités différentes et plusieurs niveaux de qualification.

Si les hommes sont moins représentés dans le métier de documentaliste, ils n’en occupent pas moins des postes supérieurs. Effectivement, beaucoup sont veilleurs, responsables d’ingénierie documentaire, webmestres, analystes programmateurs. Mais là, il ne s’agit plus du métier de documentaliste mais bien d’autres métiers du secteur de l’Information-Documentation. Malgré quelques compétences communes comme la gestion de l’information ou l’élaboration de produits documentaires, ces métiers sont différents. Comme le métier de documentaliste, ce sont également des métiers techniques. L’exemple du métier de webmestre est intéressant parce qu’il est pratiqué essentiellement par des hommes, des « bidouilleurs », qui ont le plus souvent une formation d’informaticien. De plus, ce métier bénéficie pour l’instant de sa récente apparition. Il n’est pas pénalisé par une image négative qui pourrait le dévaloriser. Et surtout, leur prestige semble d’autant plus élevé qu’ils sont exercés en majorité par des hommes. Le rapport de cause à effet qui unit un métier féminin et le phénomène de déqualification ou de dévalorisation est encore actif : aux hommes les métiers qualifiés, aux femmes les métiers non qualifiés parce que « féminins ».

Si les hommes ne sont pas documentalistes, on peut supposer qu’ils exercent à des postes à responsabilités plus importantes sans qu’ils aient pour autant les formations adéquates en documentation. Beaucoup sont ingénieurs, informaticiens, médecins ou scientifiques qui se forment à la documentation et leurs compétences dans un domaine de connaissances est plus important… On peut citer l’exemple des gestionnaires de banques de données documentaires dans un domaine de connaissances particulier. Les laboratoires pharmaceutiques, par exemple, recherchent avant tout des personnes compétentes en sciences. Ceci se voit dans les annonces diffusées par l’APEC ou l’ADBS : une expérience dans le domaine scientifique est fortement recommandée. Or, la plupart des documentalistes ne sont pas spécialisés dans un domaine précis, ils sont généralistes. Ceci peut expliquer le fait que les femmes restent cantonnées dans quelques emplois-types parmi les 49 emplois recensés par l’ADBS.

Dans l’ensemble, les hommes et les femmes accèdent à des emplois différents dans la profession de l’Information-Documentation sans cumuler ni tirer profit de leurs compétences réciproques. Quelles tendances se dégagent pour l’avenir : un partenariat mixte ou bien un isolement encore plus prononcé des hommes et des femmes au sein du métier de documentaliste ? Quels sont les moyens à mettre en œuvre pour parvenir à cette collaboration entre les sexes ?

3.3 Vers la capitalisation et la complémentarité des compétences de chacun

Qu’il soit homme ou femme, le documentaliste a un rôle à jouer dans l’avenir du métier. Si chacun possède des qualités acquises lors de son éducation, de son apprentissage scolaire puis des compétences et des savoir-faire dans le cadre de son métier, il doit être possible de les capitaliser et faire en sorte que les tâches de chacun soient complémentaires. La profession a besoin d’individus qui possèdent différentes casquettes. En effet, le documentaliste doit parfois s’improviser un peu veilleur, un peu webmestre, un peu manager, animateur, pédagogue, etc. Au lieu de souligner les aspects négatifs du métier de documentaliste, il serait plus intéressant de valoriser l’aspect féminin du métier par exemple. Il ne s’agit pas de parvenir à une parité homme-femme (l’idée des quotas est ridicule) mais bien de profiter des compétences de chacun et convaincre davantage d’hommes du bien- fondé de ce partenariat. Une revalorisation de l’image du métier de documentaliste semble nécessaire pour atteindre cet objectif.

3.3.1 Revaloriser l’image du métier de documentaliste

Il serait intéressant de revaloriser l’image, souvent négative, du métier de documentaliste, pour le rendre plus crédible auprès de la population masculine. Pour cela, il faudrait casser les stéréotypes qui associent le documentaliste au bibliothécaire, ceux qui confortent l’idée selon laquelle c’est un métier peu technique, peu rémunéré, etc. Concrètement, cette première mesure pourrait s’appliquer par le biais de conférences entre tous les professionnels ou d’échanges sur la liste de diffusion de l’ADBS. Mais, l’objectif serait de porter les débats vers l’extérieur pour les rendre plus efficaces. Plusieurs tentatives de ce genre ont bien évidemment été réalisées. Par exemple, pour remédier à cette méconnaissance et permettre une meilleure information sur ce métier de l’Information-Documentation, le Centre national d’enseignement à distance (CNED) avait réalisé une vidéo à partir d’une table ronde qui s’était déroulée le 28 janvier 1999 au Futuroscope de Poitiers. Cette table ronde rassemblait 6 documentalistes venus d’horizons très divers, qui ont présenté leur activité, réagi à des reportages projetés pendant la séance. Les professionnels en activité ont un devoir de promotion de leur métier, c’est leur rôle de se faire connaître et reconnaître auprès des élèves ou étudiants et des autres professionnels (partenaires ou usagers potentiels). Par exemple, les documentalistes de collège et de lycée devraient davantage parler de leur rôle aux élèves et leur spécifier qu’ils n’exercent pas tout à fait le même métier que les bibliothécaires car souvent les élèves ne font pas la différence.

Puis, il faut « en finir avec la crise d’identité des documentalistes » comme le suggère Laurent BERNAT, dans l’intitulé de son mémoire(72). Cette quête d’identité professionnelle affaiblit l’action des documentalistes. Souvent, les débats autour de ces problèmes restent stériles dans la mesure où ils sont menés en interne. Certes, les associations professionnelles jouent un rôle important mais insuffisant pour promouvoir l’image des documentalistes. De plus, les documentalistes ne s’impliquent que très faiblement dans la vie professionnelle associative. Cette absence de mobilisation des documentalistes en général est parfaitement contradictoire par rapport à la volonté de trouver une reconnaissance professionnelle. La syndicalisation serait peut-être une solution pour améliorer leur image sur le marché de l’emploi et se faire entendre auprès des pouvoirs publics.

Outre ce problème d’image, d’identité au demeurant floue avec l’apparition des « nouveaux » métiers, la question de la mixité dans les formations est également importante.

3.3.2 Encourager une plus grande mixité dans les formations

Alors qu’une double formation, notamment scientifique, est fortement recommandée pour exercer le métier de documentaliste, on se rend vite compte que la plupart des professionnels concernés sont issus de filières en sciences humaines. Ceci peut s’expliquer en partie par le fait que l’option documentation, proposée actuellement dans plus de 70 licences, reste peu suivie ou rarement proposée dans les filières scientifiques. Comme nous l’avons vu en deuxième partie, que ce soit dans l’enquête ADBS(73) de 1999 ou dans notre propre enquête(74), la majorité des personnes interrogées sont des femmes et elles ont obtenu un baccalauréat littéraire. Il y a peu de scientifiques. Par contre, si l’on s’intéresse aux résultats généraux du baccalauréat scientifique(75) en 2001, on se rend compte qu’il a été obtenu par 55,5% de garçons contre 44,5% de filles. Donc, logiquement, au vu des exigences du métier de documentaliste en terme de formation scientifique, il devrait y avoir plus d’hommes.

Actuellement, les formations, que ce soit les licence, les maîtrises ou les DESS sont majoritairement suivies par des femmes. L’équilibre tend tout de même à s’installer lorsque la formation s’éloigne quelque peu de l’univers proprement dit de la documentation pour s’orienter vers des disciplines comme le management de l’information dans l’entreprise par exemple. Il n’est pas étonnant de trouver un équilibre entre les sexes dans le DESS « Gestion de l’information de l’information dans l’entreprise » de Sciences Politiques dans la mesure où il est fortement recommandé d’avoir, entre autres, de bonnes compétences en informatique. Ce genre de formations attire les hommes qui ont suivi un cursus en informatique ou en mathématiques et qui souhaitent exercer un métier de l’information.

Les enseignants formateurs en documentation doivent réfléchir aux évolutions possibles des formations plus ou moins récemment mises en place pour faire en sorte qu’elles intéressent davantage les hommes. Il semble que les compétences de ces derniers dans d’autres domaines de connaissances que les femmes représentent une véritable valeur ajoutée pour le métier de documentaliste ou les autres métiers de l’Information-Documentation.

CONCLUSION

« Documentaliste : Un métier féminin ? »

La réponse est affirmative si l’on considère qu’un métier peut être dit « féminin » dans la mesure où il est composé par une majorité de femmes. Vu sous cet angle, le métier de documentaliste est un métier féminin puisqu’il est exercé actuellement par 88% de femmes. Certes, il s’agit d’un état de fait mais il est réducteur. D’ailleurs, nous l’avons bien vu au cours de notre réflexion lorsque nous avons tenté d’expliquer pour quelles raisons ce métier était pratiqué par une majorité de femmes. Nous n’avons pu dégager que quelques hypothèses dans la mesure où un certain nombre d’éléments sociologiques, psychologiques, anthropologiques et historiques pouvaient servir à expliquer la féminité du métier. Toutes ces hypothèses intéressantes nous ont permis de comprendre pourquoi les femmes exerçaient massivement le métier de documentaliste. Mais, nous nous rendons compte que ces hypothèses ne nous ont pas permis de définir ce métier comme « féminin » au sens où on l’entend habituellement. En effet, dans notre réflexion sur les métiers dans la deuxième partie, nous avons précisé qu’un métier était féminin à partir du moment où les femmes transposaient leurs qualités dites naturelles sur le marché du travail. Or, ce n’est pas le cas pour le métier de documentaliste. Certes, les femmes ont le sens de l’organisation, de la patience, etc. Et les hommes alors ? En sont-ils dépourvus ? Non, bien au contraire, les hommes documentalistes interrogés dans notre enquête présentaient les mêmes caractéristiques, compétences et qualités que les femmes. De plus, ce métier requiert autre chose que des qualités « féminines », il nécessité une formation spécifique, des savoirs-faire, des compétences techniques (maîtrise des outils),…, qui sont tout à fait mixtes. Et si l’on arrêtait de définir le métier de documentaliste comme féminin pour le considérer enfin comme un métier mixte ? Cela aurait probablement de bonnes répercussions sur son image encore floue et dévalorisée. Il faut défendre l’idée selon laquelle « tous les métiers sont bi(76) » et qu’il n’y a pas de métiers féminins ni de métiers masculins même si ces notions restent présentes dans de nombreux esprits.


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2. CLASSEMENT THEMATIQUE ET CHRONOLOGIQUE

Partie 1 : Etude des facteurs de construction de la féminité et de la masculinité de certains métiers.

Approche anthropologique : la construction de la « féminité » et de la « masculinité »

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[55] GREMILLET (Muriel), CHARVET (Nadya), «Papa commande et maman coud…», Libération, 17 décembre 2001, Rubrique Emploi

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Partie 2 : Le documentaliste, une femme de 35 ans,… ?

Les circonstances de la féminisation du métier de documentaliste : naissance de la documentation et du métier de documentaliste

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[2] ACCART (Jean-Philippe), RETHY (Marie-Pierre), Le métier de documentaliste, Paris, Editions du Cercle de la Librairie, 1999, 382 p.

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[27] CHAINTREAU (Anne-Marie), LEMAITRE (Renée), Drôles de bibliothèques, Paris, Cercle de la Librairie, 1988, 415 p., Bibliothèques

[102] TILLEY (Christine), « Gender equality in librarianship : a review article », Journal of Librarianship, 1988, vol.20, n°1, p.54-59

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[24] CACALY (Serge), « Les piétons du savoir : la profession de documentaliste en France aujourd’hui », Documentaliste – Sciences de l’information, 1985, vol.22, n°6, p. 208-215

Les formations en Information-Documentation

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Partie 3 : L’avenir du métier de documentaliste : vers le professionnel de l’information ?

Des rapports différents à la technique selon le sexe

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[95] ROUQUETTE (Céline), L’informatique : une technique assimilée par les jeunes générations, Paris, INSEE, avril 1999

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[88] PERRIAULT (Jacques), La logique de l’usage, essai sur les machines à communiquer, Paris, Flammarion, 1989, 253 p.

Les hommes et les autres métiers de l’Information-Documentation

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[3] ADBS, Référentiel des métiers types et compétences des professionnels de l’information et documentation, Paris, ADBS, 1998, 2000, 133 p., Guide professionnel ADBS, 05

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[64] LETEINTURIER (Christine), L’identité professionnelle des documentalistes : le cas des médias, Paris : ADBS éd., 1996, 370 p., Sciences de l’information

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[16] BERNAT (Laurent), « L’Information-Documentation : notre secteur d’activité », Documentaliste – Sciences de l’information, 1995, vol.32, n°6, p.270-282

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[17] BERNAT (Laurent), Pour en finir avec la crise d’identité des documentalistes, Mémoire INTD, 1994

1993

[93] POMART (Paul-Dominique), « 1973-1993 : Quelle évolution du métier de documentaliste ? », Documentaliste – Sciences de l’information, 1993, vol.30, n° 4-5, p.210-212

NOTES

1 [10] ATTIG (Karine), Documentaliste : un métier de femme ?, Mémoire DESS, INTD, 1995, 123 p. (Retour au texte)

2 [94] ROEDERER (Benoît), L’évolution de la fonction Information-Documentation : résultats de l’enquête ADBS, Paris : ADBS éd., 2000, 158 p. (Retour au texte)

3 Suzanne BRIET (1894-1989) : voir [22] BRIET (Suzanne), Qu’est-ce que la documentation ?, Paris : Editions Documentologie, 48 p. (Retour au texte)

4 Georgette de GROLIER (1899-1988) et Eric de GROLIER (1911-1998) forment le couple de militants le plus actif de l’entre-deux guerre dans le développement de la culture publique et de la documentation (Retour au texte)

5 [92] PINTO (Josiane), « Le secrétariat, un métier très féminin », Le Mouvement social, n°140, 1987, p. 121-134 (Retour au texte)

6 [24] CACALY (Serge), « Les piétons du savoir : La profession de documentaliste en France aujourd’hui », Documentaliste, vol. 22, n° 6, nov-déc. 1985 (Retour au texte)

7 Propos de Didier FROCHOT(directeur de recherche de Karine ATTIG pour son mémoire INTD en 1995) recueillis par courrier électronique (Retour au texte)

8 Voir note 1 (Retour au texte)

9 « Situation et traitements des documentalistes en France », Documentaliste, 1964, 26 p., n° spécial (Retour au texte)

10 [94] ROEDERER (Benoît), L’évolution de la fonction information-documentation : résultats de l’enquête ADBS, Paris : ADBS éd., 2000, 158 p. (Retour au texte)

11 [3] ADBS, Référentiel des métiers-types et compétences des professionnels de l’information et documentation, Paris, ADBS, 1998, 2000, 133 p. (Retour au texte)

12 [8]ANPE, ROME : Répertoire Opérationnel des Métiers et des Emplois, 1993, 1999 (Retour au texte)

13 Claude LEVI-STRAUSS, ethnologue et anthropologue français (né en 1908) (Retour au texte)

14 [9] ARDENER (Edwin), Social anthropology and language, London, Tavistock, 1971, 318 p. (Retour au texte)

15 [15] BEAUVOIR (Simone de ), Le deuxième sexe, t.1 : les faits et les mythes, Paris, Gallimard, 1949, 2000 (dernière éd.), 399 p. (Retour au texte)

16 Pierre BOURDIEU se confie à Télérama lors d’un entretien en 1998 à l’occasion de la parution de son ouvrage La domination masculine (Retour au texte)

17 [100] TABET (Paola), La construction sociale de l’inégalité des sexes : Des outils et des corps, Paris, L’Harmattan, 1998, 206 p. (Retour au texte)

18 On peut citer ici les problèmes juridiques et psychologiques qui se posent aux androgynes auxquels la société impose de décider pour l’un ou l’autre sexe social. La société et ses membres ne reconnaissent pas l’idée qu’il puisse exister un troisième genre qui ne serait ni masculin ni féminin ou les deux. (Retour au texte)

19 Certes, le neutre « il » existe en français, mais il ne désigne pas une personne comme le pronom « das » en allemand, par exemple : Das Mädchen (la fille) (Retour au texte)

20 Renvoi biblio [100] (Retour au texte)

21 [21] BOURDIEU (Pierre), La domination masculine, Paris, Seuil, 1998, 139 p. (Retour au texte)

22 Voir note 21 (Retour au texte)

23 [57] HERITIER-AUGE (Françoise), Masculin/féminin : la pensée de la différence, Paris, Odile Jacob, 1996, 332 p. (Retour au texte)

24 Renvoi biblio [15] (Retour au texte)

25 [73] MATHIEU (Nicole-Claude), L’anatomie politique : catégorisations et idéologies du sexe, 2e éd., Paris, Côté-femmes éd., 1991, 291 p. (Retour au texte)

26 Voir note 23 (Retour au texte)

27 [56] HERDT (Gilbert), The Sambia : ritual and gender in New Guinea, New York, Holt, Rinehart and Winston ed., 227 p. (Retour au texte)

28 [60] ISRAEL (Lucien), Cerveau droit, cerveau gauche : cultures et civilisations, Paris : Plon, 1995, 316 p. (Retour au texte)

29 [76] MENDOZA (Jean-Louis de), Cerveau gauche, cerveau droit : un exposé pour comprendre, un essai pour réfléchir, Paris, Flammarion, 126 p. (Retour au texte)

30 [96] RUTTER (Terri), « Cerveau homme, cerveau femme : quelles différences ? », EuroBrain, vol. 1, n° 3, déc. 1999(Retour au texte)

31 [70] MARUANI (Margaret) (dir.), Les nouvelles frontières de l’inégalité, Paris : La Découverte, 1998, 283 p. (Retour au texte)

32 GUILBERT (Madeleine), MICHEL (Andrée), Les fonctions des femmes dans l’industrie, Paris : Mouton, 1966, 395 p. (Retour au texte)

33 ISAMBERT-JAMATI (Viviane), Travail féminin et travail à domicile : enquête sur le travail à domicile de la confection féminine dans la région parisienne, Paris : CNRS, 1956, 226 p. (Retour au texte)

34 MICHEL (Andrée), Travail féminin : un point de vue, Paris : La Documentation française, 1975, 158 p. (Retour au texte)

35 SULLEROT (Evelyne), Histoire et sociologie du travail féminin, Paris, Gonthier, 1968, 395 p. (Retour au texte)

36 [37] DUBY (Georges), PERROT (Michèle), FARGE (Arlette), Histoire des femmes, tome V : XX s., Plon, Paris, 1992, 646 p. (Retour au texte)

37 Jules SIMON, homme politique, historien de la philosophie. Il écrivit une quarantaine d’ouvrages dont : L’ouvrière (1861), Le travail (1866) et La femme du XX e siècle (1891). (Retour au texte)

38 Paul LEROY-BAULIEU, économiste français. Il écrivit de nombreux ouvrages dont : Le travail des femmes au XIXe siècle (1873) (Retour au texte)

39 Maurice GODELIER cité dans [89] PERROT (Michèle), Les femmes ou les silences de l’histoire, Paris, Flammarion, 1998, 493 p. (Retour au texte)

40 Pierre BOURDIEU se confie à un journaliste de Télérama en 1998 à l’occasion de la parution de son ouvrage La domination masculine (Retour au texte)

41 Ce tableau est cité dans l’ouvrage suivant : [69] MARUANI (Margaret), Travail et emploi des femmes, Paris, La Découverte, 2000, 123 p. (Retour au texte)

42 ADBS, « Positions de l’ADBS sur la formation professionnelle diplômante », Documentaliste – Sciences de l’information, 1995, vol. 32, n°4-5, p.215 (Retour au texte)

43 La bibliothèque d’Alexandrie étant la plus célèbre, au IIIe siècle avant J.-C. (Retour au texte)

44 [45] FAYET-SCRIBE (Sylvie), Histoire de la documentation française : culture, science et technologie de l’information (1895-1937), Paris : CNRS Editions, 2000, 313 p. (Retour au texte)

45 [35] DESROCHES-NOBLECOURT (Christiane), La femme au temps des pharaons, Paris, Stock, 1986, 463 p., citation p. 33 (Retour au texte)

46 Hubert FONDIN cité dans [32] COUZINET (Viviane), Médiations hybrides, le documentaliste et le chercheur en sciences de l’information, Paris :ADBS éd., 2000, 340 p. (Retour au texte)

47 La revue Documentaliste (Retour au texte)

48 Création de l’INTD (Institut National des Techniques de la Documentation) en 1950 (Retour au texte)

49 Pierre ALBERT cité dans[32] COUZINET (Viviane), Médiations hybrides, le documentaliste et le chercheur en sciences de l’information, Paris :ADBS éd., 2000, 340 p. (Retour au texte)

50 Le terme « bibliothécaire » date de 1518 dans sa forme française actuelle (Retour au texte)

51 Renvoi biblio [45] (Retour au texte)

52 Suzanne BRIET fut l’une des trois premières femmes bibliothécaires professionnelles nommées à la Bibliothèque nationale. (Retour au texte)

53 [22] BRIET (Suzanne), Qu’est-ce que la documentation ?, Paris, Editions Documentologie, 1951, 48 p. (Retour au texte)

54 Voir annexe IV (Retour au texte)

55 [24] CACALY (Serge), « Les piétons du savoir : la profession de documentaliste en France aujourd’hui », Documentaliste – Sciences de l’information, 1985, vol.22, n°6, p. 208-215 (Retour au texte)

56 Voir annexe V (tableau n°1) (Retour au texte)

57 La question posée est la suivante : « Selon vous, quelles sont les qualités propres au documentaliste ? » (Retour au texte)

58 Interview publiée depuis dans [50] FROCHOT (Didier), « Comment positionner votre service documentaire dans la structure générale de l’entreprise », Documentaliste – Sciences de l’information, décembre 1995 (Retour au texte)

59 [27] CHAINTREAU (Anne-Marie), LEMAITRE (Renée), Drôles de bibliothèques, Paris, Cercle de la Librairie, 1988, 415 p. (Retour au texte)

60 [17] BERNAT (Laurent), Pour en finir avec la crise d’identité des documentalistes, Mémoire INTD, 1994 (Retour au texte)

61 [94] ROEDERER (Benoît), L’évolution de la fonction information-documentation : résultats de l’enquête ADBS, Paris : ADBS éd., 2000, 158 p. (Retour au texte)

62 Renvoi biblio [94], (p. 17-18) (Retour au texte)

63 « Situation et traitements des documentalistes en France », Documentaliste, n° spécial, 1964, 26 p. (Retour au texte)

64 Renvoi biblio [94] (Retour au texte)

65 Renvoi biblio [94] (Retour au texte)

66 Voir partie 1, sous-partie sur les filles et les garçons à l’école (p.28-32) (Retour au texte)

67 [95] ROUQUETTE (Céline), L’informatique : une technique assimilée par les jeunes générations, Paris, INSEE, avril 1999 (Retour au texte)

68 Renvoi biblio [95] (Retour au texte)

69 [88] PERRIAULT (Jacques), La logique de l’usage, essai sur les machines à communiquer, Paris, Flammarion, 1989, 253 p. (Retour au texte)

70 [64] LETEINTURIER (Christine), L’identité professionnelle des documentalistes : le cas des médias, Paris : ADBS éd., 1996, 370 p., citation p. 231 (Retour au texte)

71 [17] BERNAT (Laurent), Pour en finir avec la crise d’identité des documentalistes, Mémoire INTD, 1994 (Retour au texte)

72 Renvoi biblio [17] (Retour au texte)

73 Renvoi biblio [94] (Retour au texte)

74 Voir annexe V (tableau n°1) (Retour au texte)

75 Voir p.29 (Retour au texte)

76 La mixité dans la voie des métiers, le défi de l’égalité : Campagne engagée par le ministère de l’Education nationale en 2002 en faveur de la mixité sur le marché de l’emploi. (Retour au texte)

©HERMÈS : revue critique et Emilie ROUX
ISSN- 1481-0301
Créée le vendredi 18 août 2000
À jour le lundi 26 mai 2003


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Bibliothécaire des Appalaches
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Un commentaire pour Documentaliste : un métier féminin ? Emilie ROUX

  1. ursulayang dit :

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