La nouvelle économie et l’ancienne Pierre Blouin

La nouvelle économie et l’ancienne

Pierre Blouin

– La question, dit Alice, est de savoir si vous pouvez obliger les mots à vouloir dire des choses différentes.

– La question, répondit Humpty Dumpty, est de savoir qui sera le maître, un point c’est tout.

Lewis Carroll, Au-delà du miroir, Les aventures d’Alice, 1872


Peu de gens parlent actuellement de ce qu’on nomme la nouvelle économie en termes de discours et de mythologie. Pourtant, on ne peut que constater que ce sont d’abord les discours qui la font et qui la maintiennent en place. Qu’il nous suffise de voir et de lire ce que nos dirigeants économiques et politiques nous destinent chaque jour. Nos leaders professionnels n’échappent pas non plus à la règle.

 

L’expression est née sans que ne soit jamais démontrée ni prouvée son existence tangible. Au-delà du constat pur et simple d’une augmentation quantitative des échanges électroniques, et des apprentissages divers qui les accompagnent, y a-t-il une transformation qualitative et significative de notre économie ? En quoi la nouvelle économie, dite du savoir, diffère-t-elle radicalement de l’ancienne ?

La nouvelle économie semble consister d’abord en un prolongement de l’autoroute de l’information, ce leitmotiv qui s’était imposé de la même façon et qui a fini par disparaître au profit du e-commerce. C’est d’abord ce qui explique son pouvoir de fascination sur l’imagination des décideurs économiques et politiques. Les sciences de l’information se réclament elles aussi de cette économie qui semble confirmer leurs plus belles théories.

Un fait indéniable est qu’on préfère l’utopie facile et technicienne à l’analyse scientifique et claire des choses. Qu’on se souvienne de McLuhan et des médias « chauds/froids » dans les années 70. Comme si on redécouvrait le monde chaque fois, un nouveau discours mythique prend la place d’un autre et chaque fois, le monde savant et scientifique se complaît dans la séduction de la vague.

Et pourtant, que d’études, de rapports et d’analyses sur l’ordre de la communication sont ainsi négligés, voire simplement oubliés… La nouvelle économie est aussi une autre étape dans le recouvrement de la mémoire. Cette fois, les théoriciens de la communication s’allient avec l’économie et adoptent une approche globale de la société, pour nous proposer une élaboration des réseaux de communication comme fondement de l’économie et de la société civile. Ne serait-ce pas plutôt l’économisme comme nouvel intégrisme qui fait ainsi surface ? Depuis longtemps déjà, l’économisme énonce des vérités absolues et avec le nouvelle économie, il croit avoir trouvé sa réalisation prophétique. Avec son cortège de fusions-acquisitions et de héros entrepreneurs, cet économisme apparaît comme triomphant dans l’air du temps présent.

Si on veut entendre la nouvelle économie simplement en termes de capacités de liaison ou d’information accrues, voire de commerce électronique, alors délaissons le discours mythocratique de ses promoteurs. Il est évidemment certain que cette nouvelle économie transforme tous les rapports de base, mais pas dans le sens de leur renouvellement structurel. Elle les transforme dans le sens de leur ADAPTATION à un nouveau contexte technologique et économique. Les finalités de l’économie restent fondamentalement les mêmes: ce sont celles du néo-libéralisme en expansion. Bien sûr les individus y gagnent en autonomie et en flexibilité, mais pas toujours et pas nécessairement pour le mieux. On valorise d’abord le savoir et les compétences seulement pour mieux performer ou pour mieux vendre, pour produire plus.

En bibliothéconomie, par exemple, on ne cesse de souligner l’importance de plus grandes habiletés en intermédiation face à l’usage du Web. Ce qui implique une plus grande attention portée aux contenus et à leur traitement. Or, tout cela relève non pas du domaine technique, mais du domaine le plus traditionnel, à savoir l’art ET la science du traitement de la documentation (indexation, catalogage, pratiques d’acquisition, etc.) La technique représente un savoir parmi d’autres, le plus omniprésent certes, mais qui devrait rester subordonné à une théorie générale de la discipline. Ce n’est pas parce qu’on rebaptise les collations ou les descriptions de documents par le terme de métadonnées qu’on réinvente une science. Ce n’est pas parce qu’on parle de valeur ajoutée qu’on « bonifie » l’apport théorique ou professionnel du service. La valeur ajoutée vaut en tant que variable économique dans un système économique donné. Elle peut signifier la mise en valeur économique de l’information ou encore son inclusion dans une marge bénéficiaire; à la limite, toute forme de traitement de l’information est une valeur ajoutée. L’expression joue en quelque sorte le rôle d’un artifice, sa plus forte connotation étant celle de la rentabilité économique. La notion de valeur ajoutée soulève le débat sur l’utilité réelle des biens, et sur celle de l’information en ce qui nous touche ici.

L’analyse de la valeur semble trouver une origine dans la Value Analysis ou Value Enginering des années 60, qui était, selon l’économiste Michael Shanks, un outil bien plus psychologique que statistique. « Where network analysis, for example, studies a process, value analysis studies the product. It seeks to study the function of the product. – whether it be a submarine or a screw-thread – to see ehether this function can be equally or better performed in cheaper ways (…) In this sense this is no more than conventional «cost-reduction» scientifically applied. » (1)

On comprend de plus en plus que le discours mythologique sur la technologie fait qu’on prend le contenant pour une forme de contenu, et qu’on le fonde en savoir autonome. Autre exemple: la « maison intelligente », qui transforme les activités élémentaires de la vie quotidienne en les QUANTIFIANT, et d’abord en les qualifiant de lourdes et de « non humaines », d’embarrassantes et de dégradantes. La prouesse est que le tout est présenté comme une libération de l’individu, alors que cette maison est une résidence d’handicapés physiques. Mais le plus intéressant, sans doute, reste le phénomène de SÉCURISATION derrière ce modèle technologique, exactement comme dans le cas du cellulaire. Les masses ultra-technologisées ont besoin de la technologie comme d’un gage de sécurité.

Par un glissement de sens un peu analogue, la nouvelle économie est d’abord la Communication érigée en tout économique et social. Mais le hic, c’est que la Communication elle-même est déjà un mythe. Comme l’expliquait Baudrillard, « Il paraît difficile de parler de la communication parce que c’est déjà un stéréotype pur et simple, comme le furent en leur temps la consommation et la production. À partir du moment où Marx est venu dire ce qui se cachait derrière la production, elle a cessé d’être un stéréotype. On a cessé d’en parler en termes naturalistes, humanistes, idéalistes, pour en parler d’une autre façon. » (2)

La nouvelle économie est peut-être la plus puissante manifestation du discours utopique sur le technique. Cette dernière se présente non seulement comme le fondement de la société, mais également comme celui de la subjectivité individuelle et collective. À cet égard, la nouvelle économie joue un rôle exemplaire : comme le disait déjà Louis Quéré, le réseau technologique a perdu son caractère de lien pragmatique de communication pour s’imposer comme LE réseau global et institutionnalisé des échanges. Le réseau devient le réseau des entreprises. Même mieux, il y a osmose entre innovation corporative et innovation sociale. (3)

En fait, la nouvelle économie n’aurait de nouveau que cette opération de remplacement des canaux de communication anciens par de nouveaux canaux qui répondent mieux aux exigences nouvelles de l’économie de marché. Dominique Wolton écrivait récemment, en parlant de la globalisation économique : « Le résultat probable de cette extension sans fin de l’information ? Une rationalisation de la communication, comme il y eut rationalisation du travail au XIXième siècle, entraînant certes une augmentation de la productivité, mais à un prix humain, social et politique très élevé. Si la technique multiplie les possibilités d’échange, c’est au prix d’une inévitable standardisation dont l’école de Francfort a eu l’intuition (…) Aucun système technique n’a jamais donné naissance à un modèle de société ; c’est même tout le contraire : plus il y a de systèmes d’information automatisés, plus il faut des lois pour éviter les abus de la communication. » (4)

L’avènement de cette normalisation de la communication affecte non seulement l’économie, mais tout notre mode d’être, toute notre relation au monde et à la connaissance. Apprendre est au cœur de la performance, répète-t-on. L’apprentissage est, et a toujours été, une condition essentielle au travail. Aujourd’hui, ce n’est plus une activité séparée. Chez les employés, l’application des compétences doit se mesurer à l’aide d’indicateurs de performance. Standards, mesures, performances : autant de notions de l’industrie lourde, de la plus pure économie industrielle classique, qui se voient transférées à des domaines jusque là exempts de telles mesures. L’histoire de l’économie capitaliste montre l’importance de l’évaluation et de la quantification des résultats. Toute forme d’économie fondée sur cette chose abstraite qu’est l’argent (et son accumulation, son calcul, ses techniques) ne peut être qu’une économie de l’information et des savoirs pragmatiques. Les économistes ont défini l’homo oeconomicus en fonction d’un individu CONNAISSANT parfaitement ses besoins et qui pouvait les mesurer, en mesurer la satisfaction, qui démontrait une rationalité dans la gestion de ces besoins. Durant la Grande Dépression des années 30, lorsque la consommation baissa dramatiquement, la psychologie, l’anthropologie et la sociologie furent mises à contribution pour « étudier » les masses, leurs comportements et leurs « besoins ». C’est par là même qu’on a aussi défini et conceptualisé ces disciplines en vue de leur transmission académique.

C’est donc dire la place centrale qu’occupe la connaissance dirigée dans toute économie, mais surtout dans celle de marché, où la planification prend la forme de mesures et de calibrage constant de l’offre et de la demande. La Bourse représente à cet autre égard un modèle exemplaire. L’expansion commune du télégraphe et des chemins de fer au XIXème siècle doit énormément à celle de la spéculation boursière. Les deux ont en fait progressé en interaction. En 1867, Edward Callahan, opérateur de télégraphe, invente le « Stock Ticker », qui enregistre les cours et les prix sur un ruban ; ce prototype du ruban magnétique des ordinateurs de première génération restera en opération jusqu’à l’avènement du National Association of Securities Dealers Automated Quotations (NASDAQ) en 1976… (5)

Les machines-outils qui apparaissent en même temps que l’industrialisation, comme les machines à coudre, les outils agricoles mécanisés, les machines à écrire, sont les premières formes de mécanisation du geste et du savoir-faire. L’ordinateur lui-même a été mis au point théoriquement au XIXième siècle par les travaux de George Boole, Charles Babbage et W. Stanley Jevons, lequel crée la machine logique en 1877. On constate ainsi une réelle continuité dans le développement des connaissances scientifiques, tant dans l’économie industrielle lourde que dans l’économie moderne axée sur le consommateur. Seuls les contextes et les milieux changent, et permettent à ces savoirs de se déployer avec plus ou moins d’aisance. Or, la nouvelle économie représente l’expression d’un contexte nouveau, débarrassé de tous les obstacles traditionnels empêchant, entre autres, l’immédiateté des communications et la spéculation libre de toute limitation. Le contexte a changé, mais le but et les objectifs de l’économie ne l’ont pas nécessairement fait.

Aujourd’hui, l’ère de la technoscience permet surtout de passer de la machine à relayer les muscles à celle à relayer le cerveau et ses opérations mentales. (6)

L’importance des connaissances a prévalu à tous les âges du développement du capitalisme. Cependant, à l’ère contemporaine, la nouvelle économie pense triompher grâce à la prééminence des TI (technologies de l’information), laquelle tient à la fois de la publicité, de la magie, des médias, des discours dominants, voire de la pure fascination. Parce qu’on parle tous de communication, on entrerait dans une phase post-capitaliste (même cette expression est tombée en désuétude; on préfère économie du savoir ou économie du don). La mystique du scientifique des années 50 et 60 avait créé une élite de la communication scientifique, qui préside à la naissance des sciences de l’information (ceci est l’objet d’une autre histoire, à venir). Dès cette époque, le «scientist» américain jouit de la même considération que le capitaine d’industrie du XIXième siècle.

Les TI font partie du grand projet de la nouvelle économie, elles en sont la pierre d’assise. Par delà le constat technologique, des consciences de plus en plus nombreuses s’interrogent aujourd’hui sur l’apport réel de ces TI dans le changement positif global de nos sociétés. Dans un manifeste collectif, des professeurs de l’université du Québec à Montréal et d’ailleurs interrogent l’idée d’université et de culture dans l’économie du savoir: «L’enjeu, écrivent-ils, est évident: la connaissance, tout comme la création, ne peuvent se développer que dans la mesure où elles sont affranchies de toute autre sphère de contrainte, quelle qu’en soit la nature: idéologique, religieuse, politique, économique…(…) Il est temps de mettre un frein à l’envahissement de tous les sujets de réflexion par un langage appartenant au domaine de la gestion (…) Déjà, l’expression « économie du savoir » suggère le sens limité d’une société de techniciens hautement qualifiées au service de l’impératif de compétitivité. Jusqu’où nous imposera-t-on ce langage ? Parlera-t-on d’une mère de famille performante ? D’une culture compétitive ? On parle bien déjà d’universités performantes.» (7)

La nouvelle économie place essentiellement le discours gestionnaire au cœur de nos vies, à tel point qu’on peut se demander si elle est au service de slogans médiatiques ou professionnels. La révolution des moyens de communication représente une différence qui ne doit pas éclipser la centralité de la question sociale et politique. Au contraire, c’est la réaffirmation de ce politique qui apparaît urgente après les conflits déjà éprouvés entre l’univers industriel et entrepreneurial et les gouvernants. Le cas de Microsoft est patent, mais il y aussi les débats sur les droits d’auteur, les droits de prêt en bibliothèque, le droit de protection de la vie privée, etc.

Parallèlement, se mettent en place de nouveaux services, issus de nouvelles entreprises dites «start-up» ou de nouvelles écoles de pensée, qui proposent une « restructuration » des paramètres économiques dans une perspective de mise en réseau technique. C’est encore en ce sens qu’on peut qualifier la nouvelle économie d’unidimensionnelle : l’éclatement des structures produit un «boom» qui ne profite qu’au secteur très relatif et fragilisable des services et de la commodification des biens (comme l’information). D’où, par exemple, les difficultés qu’éprouvent les nouvelles entreprises et la profusion des «day traders» en Bourse, qui profitent de cette fausse et temporaire création de richesses. Une telle manifestation diffère tout à fait de la création de richesses réelles, tangibles (justement qualifiées par rapport aux richesses intangibles de la nouvelle économie). Ce phénomènes distingue d’une expansion économique réelle. C’est une économie virtuelle au sens premier du terme, c’est-à-dire que l’image, la publicité et le marketing sophistiqué y jouent le premier rôle. La «start up» investit (plutôt joue) des millions en pub, alors tous s’y précipitent, parce que tous croient à cette nouvelle miraculée et à ses promesses, et elle se tire avec les résultats boursiers… (8)

Il ne faut pas oublier non plus que cette nouvelle économie est intimement liée à celle de la globalisation de l’économie traditionnelle. C’est une économie de multinationales, qui a en fait commencé avec les politiques américaines corporatives de l’investissement direct à l’étranger au cours des années 60 et 70. Une telle planification indirecte de l’économie fait en sorte que les coûts globaux de production de ces transnationales sont distribués et amortis à l’échelle mondiale. La main-d’œuvre est considérée comme une externalité et traitée comme telle. L’érosion des économies nationales et locales s’ensuit, et avec elle celle du tissu social dans son ensemble.

Donnons comme exemple de cette détérioration sociale une autre caractéristique bien particulière de la nouvelle économie: la passion du jeu. Les loteries et les jeux de hasard (concours, etc. ) acquièrent une sorte de dimension essentielle dans un système qui ne suffit plus à fournir les biens de base. La nouvelle économie ressemble ainsi à une économie de casino. Un cas typique est le jeu de Pokémon, qui fait dépenser aux parents des enfants (majoritairement de milieux pauvres) des sommes énormes, grâce à un marketing croisé et intégré, comme au cinéma hoolywoodien. Films, émissions de télévision, jeux vidéo et magazines, tout vend les Pokémon. Une industrie de plus de 6 milliards de dollars par an, qui encourage l’instantanéité de la gratification et qui reproduit le mécanisme de la consommation au niveau du jeu, selon Jacques Nantel, professeur aux HEC de Montréal et lui-même propagandiste de la nouvelle économie (Émission Les règles du jeu, Télé-Québec, 3 juin 2000). Ce qui est le plus grave et que la plupart des adeptes ne voient pas, c’est qu’on gagne à ce jeu en DÉTRUISANT l’autre, tous les autres. La sociabilité est l’inverse de la logique de ce jeu. À l’école, les enfants les plus entreprenants se mettent à « taxer » leurs confrères pour mettre la main sur les cartes les plus chères… Par tous ces canaux, la violence s’institutionnalise.

L’économie entendue dans ses dimensions sociales et éthiques, voilà qui sonne vraiment nouvelle économie. Pour l’instant, parlons de «booming economy», qui s’adresse à un consommateur de plus en plus géré et contrôlé. La nouvelle économie revivifie l’ancienne en la renouvelant, tout comme l’économie du début du XXième siècle a renouvelé celle du XIXième. On assiste en fait à une exacte répétition du «boom» économique du début du siècle passé: l’invasion de l’automobile, la construction des autoroutes et des banlieues, le développement des mégapoles conduisent à l’American Way of Life de l’après-guerre et à l’époque moderne. L’automobile acquiert son aura symbolique de par sa disponibilité aux masses. Elle se fait le symbole de la nouvelle technologie de l’époque, et de la nouvelle donne économique qu’elle permet de définir, de par la mobilité nouvelle qu’elle donne.

On a dit que la chimie a cédé la primauté à l’électricité dans ce vaste mouvement de changement, ce qui veut dire que la chimie, industrie lourde, physique, plutôt statique, a cédé le pas à une industrie de l’immatérialité, de la communication (essentiellement électrique), de l’énergie flexible, de la lumière (dans son sens métaphorique d’information également). La naissance de l’économie industrielle moderne à partir du taylorisme et des communications s’est faite de la sorte selon le même processus que note nouvelle économie. C’est General Motors, lui-même sauvé et pris en main par les Du Pont en 1922, qui avait absorbé la multitude des petits constructeurs automobiles indépendants en l’espace de deux seules années (1910-1912), allant jusqu’à acheter les lignes de tramways dans les années 20 et 30 pour mieux asseoir sa domination dans le marché de la liberté motorisée.

Du Pont (la méga-entreprise issue du XIXième siècle, modèle de la multinationale moderne) récupère General Motors (la nouvelle entreprise de voitures) au début des années 20, et s’assure de sa position dominante dans le marché des manufacturiers automobiles… Ces bouleversements résultent en une nouvelle économie de la production, en renouvelant l’ancienne…

L’explosion économique des années d’abondance est due à cette vision, lourdement subventionnée par les pouvoirs publics, d’une infrastructure technologique considérée comme une fin en soi, et surtout de la nécessaire et inévitable adaptation de la société et des institutions à cette « réalité ». » The 20s boom had cemented the idea in the American psyche that the best economy was an explosive technocentric economy. » (9)

L’automobile crée la vie de banlieue, et le remplacement des communautés vivantes, parfois turbulentes, des villes. On sait aussi que l’automobile a été une première forme d’évasion, non pas virtuelle, mais physique. Ce fut en tout cas une de ses justifications intimement ancrées dans la psyché collective américaine, et occidentale en général. Déjà on parle de déterritorialisation.

Il est intéressant de faire ce rapprochement entre l’économie de l’automobile et la nouvelle économie. Tout comme la banlieue est née de l’aventure immobilière, la nouvelle économie et son infrastructure technologique sont elles aussi liées à la spéculation, et non à un projet civique. La nouvelle économie est une économie planétaire de banlieue.

Plus tard, les années 50, 60 et 70 verront diverses tentatives de création d’un paradigme et d’un mythe de la nouvelle économie de la communication: la productique est une de celles-là. Le terme date de 1979, et est déposé par Philips Data Systems. Il ne touchait que les opérations de production classiques. En même temps naît le terme de télématique (suite au rapport Nora-Minc de 1978). Il touchait au télétraitement des données, au vidéotex et aux téléconférences. Il peut être considéré comme un prototype de l’Internet actuel. Plus significative est l’appellation « mercatique », proposée en 1973 par la Commission de terminologie française pour désigner l’ensemble des actions qui, dans une économie de marché, ont pour objectif de prévoir, de stimuler et de « renouveler les besoins des consommateurs », ainsi que de « réaliser l’adaptation continue de l’appareil productif et de l’appareil commercial d’une entreprise aux besoins ainsi déterminés ». (10)

Il n’est pas inutile non plus de parler ici de l’informatique dans ce grand processus de mécanisation des comportements et des besoins cher à la nouvelle économie. L’informatique a représenté dès son avènement un paradigme, un mode d’organisation économique et sociale autour de l’idée d’une efficacité technique. Le terme

« informatique » serait né en 1965. Ce sont des chercheurs soviétiques qui l’ont lancé officiellement, puis l’appellation a été reprise par les grandes écoles universitaires américaines en sciences de l’information qui naissent à cette époque. Il fait suite au concept trop limité d’«information retrieval». Il est intéressant de noter que l’ingénieur Philippe Dreyfus mentionne le terme dès 1962 dans un de ses écrits, en se référant à la

« science du traitement rationnel de l’information considérée comme le support des connaissances et des communications dans les domaines techniques, économique et social ». On y voit la prééminence inconsciente du technique et de l’économique sur le social, ce qui se développera en hyper-rationalité technologique avec le progrès technologique lui-même. (11)

Parallèlement, la nouvelle économie façonne une nouvelle définition du travail, qui devient une marchandise monnayable quels qu’en soient la qualité ou le sens. Le processus d’informatisation des tâches et de la production conduit inévitablement à accorder une grande importance à l’information, qui devient elle-même facteur de production. On aboutit à une valorisation de l’information en tant que secteur de production, à une économie de centres d’appels où les «money motivated people» et les «career minded individuals (no experience necessary)» sont prêts à tout pour gagner un salaire décent, dit normal. La gestion sociale minimale imposée par le modèle néo-économique reflète une « dématérialisation » du travail qui ne renvoie à rien d’autre que celle de la plus value et de ses raffinements (un certain Marx avait déjà exposé cela il y a un siècle et demi). Le centre d’appels est autant une usine à rendre de l’information qu’une usine à en créer.

Nous ne comprendrons rien à la nouvelle économie si l’on continue à la qualifier de « post-industrielle ». C’est une économie néo-industrielle, qui fait entrer l’économie industrielle dans un nouveau stade, celui du « savoir ». Il s’agit du savoir instrumental, du savoir comme technologie industrielle.

Questionnons-nous, par exemple, sur la prééminence des actifs dits immatériels dans le discours néo-économique : le concept de capital intellectuel, tant invoqué, ne renvoie-t-il pas à la mutation capitale qu’a subie l’économie du début du XIXième siècle, lorsque la source de la richesse est passée de la terre (pour François Quesnay) au travail des hommes (pour Adam Smith et Jean-Baptiste Say) ? Transformation d’une richesse matérielle, visible, en une richesse non visible, immatérielle, fondée sur la mesure et les biens (sur le salariat). (Lire Albert Jacquard, J’accuse l’économie triomphante, Calmann-Lévy, 1995). En fait, cette transformation a changé le savoir-faire de l’artisan en gestes mécanisés adaptés à la vie de l’ouvrier en usine. La nouvelle économie est un effort pour continuer cette mutation ; cette fois, c’est le travail intellectuel qui est visé. La puissance des technologies du virtuel et de ses appareils de gestion peut faire en sorte de ramener le travail intellectuel au même niveau que le travail physique tel que défini par Smith au début du XIXième siècle. Il y aurait donc une répétion logique à l’intérieur de l’évolution constante de la rationalisation du travail et de la production.

Si cette nouvelle économie ressemble tant à l’ancienne par ses structures de base, il f«aut cesser de l’invoquer à tout propos, surtout dans les discours de défense des idées. Prenons-la pour ce qu’elle est. La question de fond qui est en cause, et qu’on soulève trop rarement, est culturelle. Notre culture est profondément imprégnée (obsédée même) par la l’innovation technologique comme fin en soi, la capacité technologique devenant un but en soi. Les robots du MIT vont ainsi pouvoir s’occuper des personnes âgées, dixit leurs créateurs… La nouvelle économie trouve là peut-être sa vraie signification, celle d’une économie pour elle-même, une économie de jeux virtuels, de courte durée et de temps instantané. Tout y est augmenté, la fascination y joue sur tous les plans. L’accès à l’information devient la caractéristique MORALE d’une bonne intégration, comme l’argent et le contrat commercial ont acquis leur légitimité morale à la Renaissance. Les classes deviennent elles-mêmes informationnelles, les info-riches et info-pauvres sont les nouvelles démarcations de cette société du savoir.

Pourtant, parmi ces nouvelles idiosyncraties, ce qui nous manque est une classe info-critique. La circulation maximisée de l’information n’est pas la solution, puisqu’elle ait partie du problème. Pour quoi et pour qui la nouvelle économie ? Pour fournir à tous un surf continu sur cellulaire alors que la violence sociale ne cesse de croître et que les souffrants ne peuvent plus être soignés avec un minimum d’humanité ? Penser la nouvelle économie (et non plus la célébrer) est une tâche qui commence à se faire sentir, même dans les milieux de la nouvelle économie.

Pierre Blouin


Notes

(1) Michael Shanks, The Innovators: The Economics of Technology. London, Penguin Books, 1967, p. 207. (Retour au texte)

(2) « La difficulté de parler de la communication », in L’ordre communicationnel : les nouvelles technologies de la communication, enjeux et stratégies, François du Castel et al, La Documentation Française, 1989, pp. 35-40. Voir aussi « Du téléphone aux télécommunications multi-services : une nouvelle économie », Michel Volles, administrateur de l’INSEE, pp. 49-63. Titre prémonitoire, la nouvelle économie se fondant sur l’intégration des services multiples et de leur offre. L’auteur explique que le Minitel offrait aux Français une forme de marché en ligne adapté à leurs habitudes et leur culture, régi par la puissante DGT. Dix ans plus tard, on constate que c’est le modèle américain d’intégration planétaire qui l’a emporté, celui des offreurs de service, décentralisé et non dirigé. (Retour au texte)

(3) Louis Quéré, Des miroirs équivoques, aux origines de la communication moderne. Paris, Aubier-Montaigne, 1982. (Retour au texte)

(4) Dominique Wolton, «Les fausses promesses de la société Internet », Le Monde Diplomatique, Juin 1999., p. 29. (Retour au texte)

(5) George P. Oslin, The Story of Telecommunications, Mercer University Press, 1992, pp. 192 et 314. (Retour au texte)

(6) Voir Ignacio Ramonet, «Nouvelle économie», Le Monde diplomatique, Avril 2000 Http://www.monde-diplomatique.fr/2000/04/Ramonet.e1.html (Retour au texte)

(7) L’étalon de la formation universitaire n’est pas le marché du travail «, Montréal campus, 5 avril 2000. Signé entre autres par Martine Beaulne, Michel Freitag, Guy Rocher, Jean Larose et des représentants étudiants. (Retour au texte)

(8) Lire les textes satiriques et instructifs de Pierre Lazuly, partuculièrement

« Esclavage librement négocié », Http://www.menteur.com/chronik/980426.html

« Les nouveaux entreprenautes », Http://www.menteur.com/chronik/000515.html

« Petite leçon de gestion », Http://www.menteur.com/chronik/990215.html

Pour une analyse économique et technique, lire Dean Baker, «The Myth of the New Economy», Dollars and Sense, March-April 2000, No 228, pp. 14-17. (Retour au texte)

(9) James H. Kunstler, The Geography of Nowhere: The Rise and Decline of America’s Man-Made Landscape. New York, Simon and Schuster, 1994. (Retour au texte)

(10) Christian Lassure, Vocabulaire anglais-français de la haute technologie. Paris, Ellipses, 1991, p. 20 (Retour au texte)

(11) Idem, p. 19 (Retour au texte)

Pour approfondir:

Paul Krugman,« Requiem for the New Economy : Millennial optimism confronts reality » in Fortune, November 10, 1997

 

http://www.fortune.com/fortune/1997/971110/fst5.html

Like every presidential election in the past 20 years, last week’s contest was driven largely by economics–specifically, by public dismay over the economy’s recent performance. What is strange about the near-hysterical public mood is that objectively, things aren’t really that bad. Unemployment is nowhere near as high as in the early 1980s, and most forecasters think the economy either has already bottomed out or will do so in the near future. Yet the public is furious and bitter; it feels betrayed. Why?

The answer, surely, is that people feel that they had been led to expect better. Just a couple of years ago it was virtual dogma among business economists and the media that we had entered a new era, that of the so-called New Economy–an economy that would grow at unprecedented rates thanks to the magic of digital technology, that would no longer be subject to the vagaries of the business cycle, that would never again find its ability to expand hobbled by inflationary pressure. Even Alan Greenspan cautiously endorsed the New Economy doctrine. As belief in that doctrine spread, the stock market soared to dizzying heights, and the strength of the market only reinforced the sense of millennial optimism.

Yet even three or four years ago it was obvious to anyone who thought about it that there were, to say the least, some major problems with the whole New Economy idea. Conventional economic measures showed no sign at all of an increase in the economy’s potential growth rate. From the middle of 1994 to the middle of 1997, real GDP grew at an annual rate of 2.8%; over the same period the unemployment rate fell from more than 6% to less than 5%. Since unemployment can’t fall indefinitely, this suggested that the economy’s long-run sustainable growth was considerably less than 2.8%–perhaps no more than 2%. And with a growth rate of not much more than 2%, inflation of less than 3%, and long-term interest rates of more than 6%, it was hard to see how profits could possibly grow fast enough to justify the level of stock prices.

The response of the New Economy enthusiasts to such dismal calculations was to insist that a dramatic acceleration of productivity growth had changed the rules. There was not a shred of statistical evidence for such an acceleration–but the statistics, the enthusiasts insisted, were missing the real story. And wasn’t the combination of unexpectedly low inflation and high profits proof that something had changed for the better? Critics pointed out in vain that low inflation and high profits could be entirely accounted for by slow growth in wages–and that while workers had been cautious about demanding wage increases, this restraint could not be expected to last as labor markets became ever tighter.

The New Economy crowd also seemed to have failed to grasp the seemingly technical but actually crucial point that official measures of productivity, GDP growth, and inflation are not independent of one another. If productivity is understated by the official data, so is growth–by exactly the same amount. Even if there was unmeasured productivity growth, there was no reason to think that the economy could grow faster than it was already growing.

In short, the New Economy doctrine made no sense at all, and without that intellectual justification there was no way to regard the great stock market boom as anything other than a bubble. Yet as long as inflation stayed low and the market continued to rise, skeptical voices were ignored. (Nous soulignons HERMÈS)

So strong was the desire to believe, in fact, that even when inflation did begin to accelerate over the course of 1998, the general response was denial. The pundits and the business press insisted it was only a statistical blip. Even Greenspan seems to have been unwilling to face the facts–or perhaps to face the howls of outrage he knew would greet any rise in interest rates. And so the Fed waited until the evidence that inflation was back was unmistakable to everyone (except a few hundred die-hard Wall Street gurus).

By that time, it was impossible to manage a soft landing. When the markets woke up to reality, they panicked. And as millions of people watched their fortunes dwindle, they began cutting back with a vengeance: consumer spending spiraled downward. By late last year the Fed–alas, minus Greenspan, who averted the possibility of impeachment by resigning of his own accord–was backpedaling, frantically cutting interest rates in an effort to reverse the slump.

All signs point to an incipient recovery, and unemployment is unlikely to rise above 8%. But while the economic havoc could have been worse, the political fallout was devastating. Prosperity had been an essential lubricant of the Washington political process during the good years. A hot economy had allowed Congress and the President to offer a little bit to everyone. Once the good times stopped rolling, ideology ran rampant: Republican radicals demanded sweeping tax cuts and a return to the gold standard, while Democratic radicals demanded massive public works programs and import quotas. Moderates were caught in the crossfire. The result was a strange and ugly campaign.

The good news is that the U.S. economy remains fundamentally sound. Our ever resilient private sector is ready to bounce back; all it really needs are calm, sensible policies at the top. The big question is this: Can we really count on sensible policies from President-elect Perot?


Information Rules: A Strategic Guide to the Network Economy.Carl Shapiro et Hal R. Varian. Harvard Business School Press, 1998, 352 p.

 

Écrit par l’économiste en chef de la division antitrust du Justice Department américain, ce livre ne peut manquer d’être intéressant et d’offrir des points de vue plus réalistes que ceux des gourous à la Kevin Kelly. Les auteurs relativisent la nouveauté de la nouvelle économie en la plaçant dans son contexte historique. La revue The Economist écrit à propos du livre:

«Although the circumstances of a particular era may be unique, the economic principles that govern the exchange of goods in a liberal market economy are enduring. It is a truth, incidentally, which applies as much to competition regulators as it does to people trying to run technology business» ( The Economist, December 12, 1998, p. 7).


Unleashing the Killer App: Digital Strategies for Market Dominance. Larry Downes et Chunka Mui. Harvard Business School Press, 1998

En français sous le titre:

L’innovation irrésistible. Produits ou services : stratégies numériques pour dominer le marché. Paris, Village mondial, 1999

Écrit par deux consultants en information, l’un chez Andersen Consulting (première firme mondiale de services Internet en 1998), et l’autre chez McKinsey et Co. Le côté monstrueux de la nouvelle économie, avec une préface de Negroponte et une citation de Henry Adams, tirée de The Law of Acceleration de 1904, qui nous dit que la nouvelle mentalité collective entre désormais dans «une nouvelle phase sujette à de nouvelles lois». La nouvelle économie serait une tratégie fonctionnant sur le mode du bouleversement, du soulèvement. Plus de coûts marginaux, plus d’inventaires, plus de douanes, plus de gouvernements, plus de copies ni d’originaux (ni de droits d’auteur), plus de réglementations… Le paradis du digital prend forme dans ce modèle nouveau de biens et services. «A killer ap(plication) is a new good or service that establishes an entirely new category and, by being first, dominates it, returning several hundred percent on the initial investment» (p. 4). Toujours le même rêve de Rockefeller, de Carnegie ou de DuPont, donc.

La découverte des coûts de transaction de la firme corporative par Ronald Coarse il y a 60 ans, en 1937, est offerte comme explication de l’économie du cyberespace (p. 37). La figure de la page 45 est assez éloquente sur les coûts bancaires «sans succursale, sans employé, sans structure». Le but de l’économie moderne serait ainsi l’accélération de la rotation de l’argent. Lire surtout le chapitre 10, sur le territoire du cyberespace et la mentalité américaine.

À cet égard, on ne peut s’empêcher de penser au Plan Marshall (1947) et sa distribution «gratuite» aux vaincus de la production US pour faire tourner l’industrie US, grâce à une stimulation de l’économie sur le modèle de l’effort de guerre. En plus de cette ressemblance avec le momodèlenernet, le plan a aussi été la plus grosse opération de propagande au monde, surpassant de très loin ce qui s’est fait dans les pays communistes.

Enfin, «Killer apps are the Holy Grail of technology investors (…)». À lire comme pamphlet de revendications de la nouvelle classe technologique face à ses clients de grandes corporations traditionnelles qu’elle cherche à convaincre. «The World now runs on Internet time», dit Andrew Grove de Intel, paraphrasant presque Virilio. Encore mieux: «The best way to predict the future is to invent it » (Alan Kay).


Blur: the Speed of Change in the Connected Economy. Stanley Davis et Christopher Meyer.Reading, Mass.: Addison-Wesley, © Ernst et Young, 1998

En français sous le titre :

Le paradigme du flou: vitesse, connectivité et immatérialité. Paris, Village Mondial, 1998

Ici, le vertige du profit érigé en philosophie se traduit par le flou généralisé. L’accélération de la richesse corporative et financière brouille notre vision des choses. On est dans l’ordre des théories du chaos et du fractal. Toujours le même mot d’ordre: face à ce futur inventé (Alan Kay, cité plus haut), adaptons-nous ! Éloge de la connectivité et de la vitesse, certes, mais aussi du désir et de sa satisfaction : «Manage the Supermarket like the Stock market». À savourer: le modèle du «marché de l’estomac» de Coca-Cola, qui voulait remplacert la mesure traditionnelle de la part de marché. On apprend que 60 onces de ce marché sont disponibles, contre 2 seulement appropriés par Coca-Cola… (p. 233).

Écrit par l’auteur de «Managing Corporate Culture» (Ballinger Publishing Co., 1984), qui traitait de la transition corporative américaine vers les années d’expansion néo-libérales.


© HERMÈS : revue critique et Pierre Blouin

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Bibliothécaire des Appalaches
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