Lectures suggérées par HERMÈS par Roger Charland

Lecture et nouvelles parutions

Roger Charland

Comme dans les deux derniers numéros nous proposons à nos lecteurs une liste de lecture suivi de nos commentaires.

  • Paul Chamberland, En nouvelle barbarie. Essai. Montréal, L’Hexagone, 1999, 180 p.

Au Québec, des livres comme celui-ci ne courent pas les rues. Ce livre nous rappelle Minima moralia de Theodor W. Adorno et les ouvrages de Ellul à propos du système technique. Critique décapante de la société technologique et de ses effets, le livre nous présente une vision claire des enjeux politiques et sociaux propres à notre fin de siècle.

  • Michel Barrillon, D’un mensonge « déconcertant » à l’autre. Rappels élémentaires pour les bonnes âmes qui voudraient s’accommoder du capitalisme. Marseille et Montréal, Agone et Comeau & Nadeau, 1999, 163 p.

    Qu’est-ce qu’a été l’U.R.S.S. ? Un régime despotique, un régime totalitaire, un régime communiste, un type précis de développement de capitalisme d’État, un système bicéphale du féodalisme et d’une pensée populiste, un socialisme réellement existant, ou simplement un pays qui aimait plus à se dire socialiste qu’à l’être, un pays qui soutenait un discours communiste mais une pratique qui s’inspirait des soviets et du taylorisme… et finalement si ces choix n’étaient qu’une manne de fausse analyse… C’est ce que l’auteur nous propose. Pour lui, « Les ex-pays socialistes n’étaient pas socialistes parce qu’ils étaient fondamentalement capitalistes. » (Texte de couverture)
    Thèse originale, pas vraiment. Mais il est très intéressant de la voir revenir à flot après un long silence. Elle vaguait depuis la prise du pouvoir par les bolchéviques en octobre 1917; en effet déjà, les mencheviques d’un côté et les anarchistes de l’autres ne se sont pas laissés berner par cette révolution. Elle fut au cœur du communisme des conseils (tout au long des années 20 jusqu’à aujourd’hui), elle fut aussi, cette thèse, que l’U.R.S.S. n’était rien d’autre qu’un capitalisme avec certaines particularités.
    Mais qu’en reste-t-il aujourd’hui? Deux choses. Premièrement, la question du socialisme est toujours à l’ordre du jour. Comme le disait Norberto Bobbio le socialisme existant n’est plus, mais les causes qui ont permis son apparition n’on pas changé. Deuxièmement, l’approche révolutionnaire propre à la pensée de Marx et de ses successeurs est radicalement à remettre en cause. Comme Karl Korsch l’écrivait : «Il est désormais dépourvu de sens de se demander dans quelle mesure l’enseignement de Marx et d’Engels est, à notre époque, théoriquement recevable et pratiquement applicable.» (in «Dix thèses sur le marxisme aujourd’hui», traduit de l’allemand par Maximilien Rubel et Louis Évrard et publié dans Arguments, no. 16, 1959.)
    Ceci dit la lecture en vaut la peine…

  • John Mayard Keynes, The end of laissez-faire. Suivi de «Suis-je un libéral?». Traduit de l’anglais par Frédéric Cotton, Postface de Jacques Luzi, Keynes & le capitalisme, ou Les rêveries d’un réformateur ambigu. Marseille et Montréal, Agone et Comeau & Nadeau, 1999, 141 p.

Un livre bizarre. 52 pages de Keynes, 2 textes, un de 1926, l’autre de 1925. Une postface plus longue que les 2 textes, elle représente quelque 88 pages.
Ce texte très intéressant de Jacques Luzi sur les aléas des théories de Keynes et de ses détracteurs néo-libéraux ou ultralibéraux vaut la peine. Un cadeau intéressant : l’épilogue portant le titre de : La démocratie contre le capitalisme.
Par contre on considère que l’analyse de Bobbio (et oui encore lui) sur les liens entre la démocratie et le libéralisme et les rapports entre le socialisme et la démocratie aurait été très percutante comme complément à la présentation des courant ultra-libéraux. Jamais a-t-on été aussi loin dans l’analyse de ces rapports, que Bobbio dans son petit livre : Libéralisme et démocratie (Paris, Les Éditions du CERF, collection Humanités, 1996, 123 p.). À lire le texte de Luzi, et ce dernier de Bobbio.

  • Jürgen Habermas, Écrits politiques. Culture, droit, histoire. Paris, Flammarion,  collection Champs, 1999, 346 p.

Une réédition d’une traduction d’une série de textes publiés durant les années 80. Deux textes sont particulièrement intéressants. Le premier porte le titre de «Les néo-conservateurs critiques de la culture» et le second «La crise de l’État-providence». En fait, ces textes sont complémentaires. D’un côté, un texte important concernant les mouvements conservateurs intellectuels dans la tradition américaine et allemande. Ce premier texte vise à préciser comment les néo-conservateurs prennent la culture comme une sorte d’alibi politique visant la résistance au changement politique et social, comment enfin ils tentent de mettre au feu de la critique toute tentative d’auto-organisation de la société pour des changements en profondeurs. Le deuxième texte tente de présenter le même thème en partant d’une lecture plus «pratique» de la politique, dans une lecture interne de l’État social-démocratique.

  • Ann Van Sevenant, Écrire à la lumière. Le philosophe et l’ordinateur. Paris, Galilée, collection La philosophie en effet, 1999, 146 p.

Un livre de méditation sur l’écriture, sur l’acte d’écrire et l’ordinateur, cet outil béni des Dieux.
Mais il s’agit de l’écriture dans le sens d’une écriture finie. Platon «considérait, écrit Sevenant, l’écriture à la plume et à l’encre comme une activité infructueuse; il se servait de l’expression «écrire à l’eau» pour la distinguer de l’écriture dans l’âme» (p. 9) La question que pose Sevenant est la suivante : peut-on encore faire de la philosophie après l’arrivée de cet instrument qu’est l’ordinateur.
Plusieurs chapitres composent ce livre qui nous mène vers des conclusions intéressantes. La philosophie se pratiquera de manière différente quant à l’usage de ce nouveau moyen qu’est l’ordinateur. Elle déploiera son sens dans une pratique différente.
En fait les conclusions sont bizarres. Sevenant n’a pas prouvé que la philosophie a changé sa manière de philosopher lors de l’apparition de l’encre et la plume, elle ne nous convainc pas non plus que le livre et plus tard l’imprimé vont révolutionner l’acte de philosopher, enfin elle oubli que bien que l’ordinateur soit un outil bien utile, qu’il ne procède en rien à l’acte de penser. Mais il y a plus! Est-ce que nous serions devant un déterminisme technologique qui changerait l’ensemble de nos modes de penser, de réfléchir et de dialoguer? Au lieu de prendre le chemin que développe Sevenant, nous serions plutôt enclin à penser que d’autres facteurs, que ceux de l’outil servant à conserver et à diffuser les connaissances philosophiques, sont centraux dans la problématique de la philosophie et de sa pratique. C’est peut-être le Monde.

  • Thomas Coutrot, Critique de l’organisation du travail, Paris, La Découverte, collection Repères, thèses et débats. 1999, 121 p.
  • Thomas Coutrot, L’entreprise néo-libérale, nouvelle utopie capitaliste ? Enquête sur les modes d’organisation du travail. Paris, La Découverte, collection Texte à l’appui / Série économique, 1998, 281 p.

Un nouvel auteur, économiste, qui présente une version nouvelle en France de l’organisation du travail et du mode de reproduction des modes de vie. Dans le premier livre, celui portant sur l’entreprise néo-libérale, il est question de présenter les résultats d’une enquête terrain des formes de l’organisation du travail dans les entreprises françaises dans les années 90. Une recherche qui n’est pas que descriptive. L’auteur tente une théorisation des modes d’organisation du travail dans le capitalisme français. Il utilise, et ceci est une première dans ce type d’étude en France, les analyse de M. Burawoy et de Braverman sur la déqualification – requalification du travail.
Une lecture importante qu’est la synthèse «Critique de l’organisation du travail». Accessible, le livre résume bien l’acquis du premier, mais va un peu plus loin en discutant du rôle du capital financier dans l’organisation de l’industrie moderne et de sa survie. Il propose aussi, reprenant ici les thèses développées par Jürgen Habermas, les idées de la communication, de la compétence communicationnelle et du rôle de l’organisation de l’information dans les secteurs de la production. Il discute de manière intéressante les question de l’autonomisation du travailleur dans l’économie et l’entreprise néo-libérale, en ce sens il restaure les analyses de Georges Friedman et de Pollock sur l’automation, qui datent des années 50.
Nous croyons important de rappeler au lecteur un livre passé dans l’oubli qui fut publié dans les années 80 au Québec. Il s’agit d’un livre portant sur les théories de l’organisation du travail depuis Taylor et Ford jusqu’à aujourd’hui. (ELLEZAM, Jean  (1984) Groupe et capital. Un nouveau mode de produire le travailleur, Montréal, Hurtubise HMH, coll. Brèches, 261 p.) Ce livre méritait mieux.

  • Alan Sokal; Jean Bricmont; Impostures intellectuelles. Paris, Éditions Odile Jacob, 1997
  • Yves Jeanneret; L’affaire Sokal ou la querelle des impostures, Paris, Presses Universitaires de France, collection Science histoire et société, 1998, 274 p.
  • Baudouin Jurdant (sous la direction de); Impostures scientifiques. Les malentendus de l’affaire Sokal, Paris, La Découverte, colleciton Sciences et société, 1998, 328 p..

On ne fera pas ici une très longue présentation des théories proposées par Sokal et Bricmont. Il est important par contre de relever la parution du collectif des Éditions La Découverte qui corrige bien des affirmations du livre de Sokal et Bricmont quant aux penseurs français.

Plus intéressant est le livre de Yves Jeanneret. Il s’agit d’une argumentation à propos du la construction du discours et du développement du discours dit savant par rapport à un discours plus spécifique aux sciences humaines. Une lecture très intéressante qui dépasse et de loin les approches du type de celles de Sokal et Bricmont.

  • Peter Koslowski, Principes d’économie éthique, Paris, Éditions du CERF, collection «Passages», 1998, 357 p.

Livre déconcertant qui prétend une synthèse entre l’éthique, l’économie et la culture. Somme toute étonnant pour un éditeur plus près de l’humanisme chrétien, que de l’orthodoxie néo-libérale à laquelle la thèse de l’auteur emprunte largement.

 

Quelques autres titres intéressants :

  • Eric Hobsbawn, L’Âge des extrêmes (1914-1991). Bruxelles, Éditions Complexe, Le Monde diplomatique, 1999, 952 p.
  • Hans Blumenberg, La légitimité des Temps modernes. Paris, Éditions Gallimard, collection Bibliothèque de philosophie,  704 p.
  • Isaac Johsua, La crise de 1929 et l’émergence américaine, Paris, Presses universitaires de France – Actuel Marx Confrontation, 1999.
  • Peter Gowan, The Global Gamble. Washington’s Faustian Bid for World Dominance. Londres, Verso, 1999, 320 p.



Dans les revues :

  • Agone. Philosophie, Critique & Littérature
    numéro 22, 1999   État, démocratie et marché

    • François-Xavier Verschave « On joue mieux avec un ballon gonflé »
    • Daniel Bensaïd, « Droit de détresse & appropriation sociale »
    • George Orwell « Ni capitalisme, ni collectivisme. Recension de The Road of Selfdorn de F.A. Hayek & de The Mirror of the Past de I.R. Zilliacus »
    • Michel Barrillon « L’avenir de l’illusion capitaliste. D’un mensonge «déconcertant» à l’autre (II) »
    • Jacques Luzi « Sauver le capitalisme ou se sauver du capitalisme? »
    • Jean-Philipe Melchior « Difficile légitimation d’États en perte de vitesse »
    • Francis Dupuis-Déri « L’esprit antidémocratique des fondateurs de la « démocratie » moderne »
    • Bernard Manin et Alain Arnaud « Élection, tirage au sort & démocratie »
    • Loïc Waquant « Mondialisation de la  » tolérance zéro « »
    • Jean-Claude Michéa « L’École du capitalisme total »
    • Immanuel Walerstein « Libéralisme & démocratie : frères ennemis ? »
    • et autres textes
  • Progressive Librarian. A Journal for Critical Studies & Progressive Politics in Librarianship
    Ussue #16, Fall 1999. Et un supplément : Anarchism & Libraries

    • Jennifer Cram, Mana, Manna, Manner : Power & the Practice of Librarianship (pp.1-25)
    • Mark Hudson, Understanding Information Media in the Age of Neoliberalism : The Contribution of Herbert Schiller (pp. 26-36)
    • Charles S’Adamo, Searching for « the Enemy »: Alternative Ressources on U.S. Foreign Policy (pp. 37-50)
    • et autres
  • Actuel Marx
    no. 27 : L’hégémonie américaine

    • Gilbert Achcar : D’un siècle américain à l’autre : entre hégémonie et domination
    • Noam Chomsky : Force, droit et crédibilité
    • Larry Portis : Les fondements structurels et moraux de l’hégémonisme américain
    • Giovanni Arrighi : Hégémonie américaine et marché mondial
    • Peter Gowan : Le régime Dollar-Wall Street d’hégémonie mondiale
    • Fredric Jameson : Notes sur la mondialisation comme problème philosophique
    • James Cohen : La  » latinisation  » des Etats-Unis : clivages sociaux et faux-semblants culturels
    • Jacques Bidet : L’ONU et l’OTAN, le droit et la morale. Note sur l’impérialisme et l’hégémonie
  • Dissent
    Fall 1999 : Ten Years After 1989: Postcommunist Reflections
  • First Monday
    Vol. 4, No. 12, December 6th 1999

 

A propos charro1010

Bibliothécaire des Appalaches
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