Sur l’idée de communication et d’information : lectures diverses par Roger Charland

Sur l’idée de communication et d’information : lectures diverses
par Roger Charland


Armand Mattelart, La mondialisation de la communication. Paris, Presses universitaires de France, collection Que sais-je?, 1998 (1996), 127 p.

Armand Mattelart, Histoire de l’utopie planétaire. de la cité prophétique à la société globale. Éditions la Découverte, Pris, 1999, 422 p.

Armand et Michèle Matellart, Histoire des théories de la communication. Paris, La Découverte, collection Repères, 1995, 124 p.

Gérard Leclerc, La société de communication. Une approche sociologique et critique. Paris, Presses universitaires de France, collection Sociologie aujourd’hui, 1999, 223 p.

Alain Milon; La valeur de l’information. Entre dette et don. Paris, Presses universitaires de France, collection Sociologie aujourd’hui, 1999, 232 p.

Yves-François Le Coadic, La science de l’information. Paris, Presses universitaires de France, collection Que sais-je? 1994, 127 p.

Christian Marazzi, La place des chaussettes. Le tournant linguistique de l’économie et ses conséquences politiques, Paris, Éditions de l’éclat, 1997 (1994), 190 p.

Jean-Pierre Warnier, La mondialisation de la culture. Paris, La Découverte, Collection Repères, 1999, 120 p.



« La stratégie du libéralisme en tant qu’idéologie politique était de s’adapter au changement, et cela exigeait qu’une personne adéquate, usant de la méthode adéquate, en soit chargée. Ainsi, avant tout, les libéraux durent s’assurer que ce processus serait entre les mains de personnes compétences. Comme ils ne pensaient pas que cette compétence pût être garantie par une sélection par l’origine sociale (voie conservatrice) ou la popularité (voie radicale) , ils se tournèrent vers l’ultime solution, c’est-à-dire la sélection au mérite, ce qui signifiait bien sûr se tourner vers l’élite intellectuelle – celle, du moins, qui se souciait de questions d’ordre pratique. La seconde exigence imposait que ces personnalités « compétentes » agissent non pas sur la base de préjugés mais sur celle d’informations de premier ordre au sujet des conséquences probables des réformes proposées. Il leur fallait donc une connaissance sérieuse du fonctionnement réel de l’ordre social. Cela impliquait qu’il existât des chercheurs et des recherches sur ce domaine. Les sciences sociales furent donc absolument nécessaires au projet libéral. Le lien entre idéologie libérale et sciences sociales est donc plus de l’ordre de l’essentiel que de l’existentiel. Je n’affirme pas seulement que les sociologues épousèrent le projet libéral – cela est vrai, mais c’est un aspect secondaire de la question. J’affirme que le libéralisme et les sciences sociales se sont fondés sur les mêmes prémisses : la foi en une perfectibilité de l’humanité – celle-ci pouvant être atteinte en agissant scientifiquement (ou rationnellement) sur les relations sociales. La complicité existentielle du libéralisme et des sciences sociales ne fut donc que la conséquence de leur identité essentielle. Bien sûr, je n’affirme pas qu’il n’y eut pas de sociologues conservateurs ou radicaux – il y en eut un bon nombre – , mais aucun ne réfuta le principe central de la rationalité comme clef de voûte de son travail – voire de sa justification. »
Immanuel Wallerstein « Sciences sociales & société contemporaine : l’éclipse des garanties de la rationalité » in Agone. Philosophie, Critique & Littérature, numéro 18-19,  1998, pp. 75-76.

« La critique de la raison cynique a montré que les « sujets » débrouillards et endurcis dans des luttes existentielles et sociales ont battu froid au général à toute époque et n’ont pas hésité à désavouer tous les idéaux de civilisation très développées quand il était question de la conservation de soi. (…) Ayant régressé au niveau de la raison privée, la raison subjective porte toujours en elle une volonté de nuit (Ernst Weiss) : par ruse elle ne veut pas connaître certains rapports, elle se rend inaccessible aux exigences de généralité et, délurée par la vie, elle s’endurcit stratégiquement contre tous les chats des sirènes de la communication et de la réconciliation. »
Peter Sloterdijk, Critique de la raison cynique. Paris, Christian Bourgois Éditeurs, traduction de Hans Hildenbrand, 1987, pp. 658-659.



Sommaire

 


Histoire de la communication

On apprendra rien à personne en relevant que la notion de communication a des définitions multiples. C’est en affirmant cela qu’Armand et Michèle Mattelart présentent leur Histoire des théories de la communication. Dans cet ouvrage les auteurs tentent de présenter l’éclatement et la pluralité des théories de la communication. Cette histoire repose sur la prémisse suivante : que la discipline qu’est la communication est encore en développement et que l’histoire de ce développement est à mettre en rapport avec les multiples approches « théoriques » du problème.

1. Les Matellart proposent, en plusieurs étapes, la description de la théorie de la communication. Dans un premier temps, ils font appel à la question de l’établissement de la notion de flux et d’échange tel que l’économie marchande l’a développée et structurée du XIIe siècle à sa domination comme rapport social dominant, vers la fin du XVIIe siècle. La communication est donc dans un premier temps le résultat des rapports d’échange, du flux des marchandises et des idées, de l’argent comme moyen universel d’échange, et finalement des rapports de structuration et d’appréhension du social comme des rapports naturels et réels contrairement à la vision religieuse d’un pouvoir divin qui organiserait et dirigerait le tout avec force et bonté. La mystique religieuse, l’idée que les Dieu dirigent le monde et la peur de la punition divine sont alors remplacées par l’autonomie du sujet social, par la volonté générale et le droit naturel. C’est l’histoire du passage de l’histoire comme extériorité de l’homme, à la notion d’historicité comme volonté universelle de l’homme. On ne subit plus l’histoire on la fait.

2. Mais cette autonomie de l’homme, cette volonté il faut la contrôler, la diriger et la structurer. C’est à cette tâche que les sociologues de la fin du XIXe siècle vont s’atteler. Il faut contrôler les foules car elles sont dangereuses (Le Bon (1841-1931) et Tarde (1843-1904)), il faut donner un sens à une vie qui semble ne plus en avoir (Durkheim(1858-1917), Simmel (1858-1918) et Freud (1856-1939) ou changer le monde pour le rendre plus égalitaire (Fourrier (1772-1837), Proudhon (1809-1865) et Marx (1818-1883)).

Le Nouveau Monde offrira des perspectives nouvelles au sujet des études de la communication. Rompant avec les alternatives socialistes, le courant empirique de l’école de Chicago présentera, dès le début du XXe siècle, les premières Mass Communication Research : « dont le schéma d’analyse fonctionnelle déplace la recherche vers des mesures quantitatives plus à même de répondre à la demande émanant des gestionnaires des médias ». (Matellart, 1995, p. 14) L’empirisme de l’école de Chicago pose de manière nouvelle l’intégration sociale. Le concept de communauté sera repris des analyses de Simmel et de Durkheim entres autres. Ainsi la communauté se définira de manière pragmatique, 1. par son territoire; 2. par sa biotique (instrument de direction et de contrôle) et 3. par son « web of life » (son réseau de vie). Aux relations ethniques se superposent les relations culturelles et sociales. De Robert Ezra Park (1864-1944) à Charles Horton Cooley (1864-1929) et de Chares S. Peirce (1839-1914) à John Dewey (1859-1952) on tente de décrire comment l’écologie humaine se construit. Selon ces chercheurs, c’est par la construction du moi, mais un moi qui se constitue de par ses rapports aux autres, reposant non pas sur la tradition intersubjective propre à Shelling par exemple, mais sur l’interaction sociale.

Cette constitution du monde entraînera le développement d’une théorie fonctionnaliste des médias. C’est Lasswell (1902-1978), Lazarfield (1901-1976) et Robert K, Merton (1910-) qui sont les principaux théoriciens du courant fonctionnaliste des médias. Ainsi seront analysés les effets de la propagande à la sortie de la Première guerre mondiale et le socialisme (Lasswell, John B. Watson, Serge Tchakhotie). L’analyse des audiences, des contenus et des effets des médias caractérise et illustre trois fonctions principales dans la société : « a) la surveillance de l’environnement, en révélant tout ce qui pourrait menacer ou affecter le système de valeurs d’une communauté ou des parties qui la composent; b) la mise en relation des composantes de la société pour produire une réponse à l’environnement; c) la transmission de l’héritage social ». (Lasswell (1948) cité par Mattelart et Mattelart, 1995, p. 21)

Une fonction, selon l’analyse fonctionnelle, est ainsi définie par Élias :

« La notion de fonction repose sur un jugement de valeur sous-jacent aux explications de la notion et à son emploi. Le jugement de valeur consiste en ceci qu’on entend involontairement par fonction les activités d’une partie qui seraient « bonnes » pour le tout, parce qu’elles contribuent au maintien et à l’intégralité d’un système social existant… De toute évidence, des articles de foi de type social se mêlent ici à l’analyse scientifique. » (Elias, 1991)

Plus importantes encore sont les théories du double palier de l’information. Ce two step flow est composé : 1. des personnes bien informées, elles sont autonomes et peuvent se faire une idée des événements que relèvent les médias; et 2. des personnes qui en dépendent, elles sont des info-dépendants, car elles n’arrivent pas à produire des synthèses par leurs propres moyens.

Cette position est importante car elle est le point d’appui sur lequel se développeront par la suite les théories portant sur le leadership donc sur la validité de la dépossession de l’autonomie décisionnelle des personnes. On assiste alors à la  dépolitisation des opinions, le règne des experts prend la place de l’autogestion et de l’auto-constitution du social. La  normalisation vient alors d’ailleurs, les normes sont sociales, extérieures à l’individu.

3. L’effet de la science des communications, des capacités de transport de l’information et du flux des données permettent une théorie de l’information de voir le jour. Inspirée des mathématiques, l’information devient un « symbole calculable », un modèle de contrôle de l’anarchie ou de l’entropie. Cette théorie a plusieurs origines. La principale, ou la plus utilisée dans le corpus théorique, est celle de Claude Shannon (1916-). Symbole des recherches militaires sur la balistique et la cryptographie, il publie en 1948 sa théorie mathématique de la communication. Elle deviendra célèbre dans les années cinquante, surtout grâce à Weiner qui sera le père spirituel de la cybernétique. Comme on l’a vu plus haut, concernant la biotique, la cybernétique s’interroge sur l’art du contrôle et sur l’art de gouverner.

Parallèlement à cette analyse mathématique, qui portait plus sur le médium que le contenu du message, se développera une approche dite de la communication circulaire. Selon ce modèle l’interaction sociale se compose d’une multitude de variables composant et structurant la complexité du monde. En fait cette théorie s’oppose grandement à la vision de Shannon de la communication simplifiée à outrance de l’émetteur – récepteur. Ainsi pour l’école de Palo-Alto :

 

« La communication, étant conçue comme un processus permanent à plusieurs niveaux, le chercheur doit, pour saisir l’émergence de la signification, décrire le fonctionnement de différents modes de comportement dans un contexte donné.» (Mattelart, 1995, p. 38)

4. Mais cette vision de la communication interactionnelle, telle celle de l’école de Palo-Alto, sera critiquée. Pour ces derniers les médias et la structure de la communication sociale étaient uniquement des moments ou des outils de l’intégration moderne et de la régulation du social.  Des critiques s’opposeront à cette vision fonctionnelle du monde orientées vers une fin d’intégration reposant uniquement sur la reproduction des valeurs du système social existant. Comme l’écrivent Armand et Michèle Mattelart :

 

« Des écoles de pensée critique vont s’interroger sur les conséquences du développement de ces nouveaux moyens de production et de transmission culturelle, refusant de prendre pour argent comptant l’idée que, de ces innovations techniques, la démocratie sort nécessairement gagnante. Décrits et acceptés par l’analyse fonctionnelle comme des mécanismes d’ajustement, les moyens de communication deviennent suspects de violence symbolique et  appréhendés comme des moyens de pouvoir et de domination. » (Mattelart, 1995, p. 40)

La première articulation de cette vision critique de la communication viendra de l’École de Francfort, de Max Horkheimer (1895-1973) et de Theodor W. Adorno (1903-1969) qui, par les analyses critiques du dernier, fondera une approche critique de ce qu’ils appelleront les premiers les industries culturelles.

Ces études critiques seront produites par plusieurs théoriciens, issus de la social-démocratie allemande en exil à cause de la prise du pouvoir par Hitler en 1933. Les critiques culturelles d’Adorno, les critiques sociales et épistémologiques de Horkheimer, les analyses politiques de Newman et de Pollock, les critiques de la psychanalyse freudienne de Marcuse, etc. (1)

Mais qu’est-ce que l’industrie culturelle ? Pour Hokheimer et Adorno il faut parler d’industrie culturelle car la production de l’art correspond maintenant aux mêmes critères que la production industrielle. L’art de consommation est un art marchand. Les Mattelart écrivent :

 

« À travers un mode industriel de production, on obtient une culture de masse faite d’une série d’objets sérialisation-standartisation-division du travail. Cette situation n’est pas le résultat d’une loi de l’évolution de la technologie en tant que telle mais de sa fonction dans l’économie actuelle. (…) L’industrie culturelle fixe de manière exemplaire la faillite de la culture, sa chute dans la marchandise. La transformation de l’acte culturel en valeur abolit sa puissance critique et dissout en lui les traces d’une expérience authentique. La production industrielle scelle la dégradation du rôle philosophico-existentielle de la culture.» (Mattelart, 1995, p. 43)

Cette vision radicale de la culture du capitalisme avancé, dénonce et  implique que derrière la commercialisation de la culture, il y a une possibilité d’accès à cette dernière. La reproductibilité de l’art n’est pas uniquement négative, mais il est vrai que la culture prend à ce niveau un tournant dans la reproduction sociale. Elle devient quelque chose d’externe à la production humaine comme telle. En fait on imposera de plus en plus l’art et la culture selon des variables propres au marché et à la rentabilité, jusqu’à parler d’industries culturelles.

Mais il y a plus, la culture, petit à petit, sera repoussée à un second rôle face à son support technique. C’est avec le développement de plus en plus grand de la finalité de la production sociale que la technologie devient une fin, elle aussi. Donc :

 

« sous les apparences de rationalité d’un monde de plus en plus modelé par la technologie et la science, se manifeste l’irrationalité d’un modèle d’organisation de la société qui, au lieu de libérer l’individu, l’asservit. La rationalité technique, la raison instrumentale ont réduit le discours et la pensée à une dimension unique, qui fait concorder la chose et sa fonction, la réalité et l’apparence, l’essence et l’existence. Cette « société unidimensionnelle » a annulé l’espace de la pensée critique.» (Mattelart, 1995, p. 45)

D’autres courants critiques partageront partiellement les analyses de l’École de Francfort. Par exemple les études sur la communication en France qui par le CECMAS, tenteront de faire une sociologie du présent. Dans les analyses de la  linguistique structurale et du structuralisme politique, on trouve aussi des analyses critiques de la société de la   communication. Mais les années récentes seront influencées par deux courants principaux : les analyses de Michel Foucault sur l’épistémè et le contrôle social, et les analyses culturalistes britanniques.

6. Ces différents courants se sont développés dans les trente dernières années. Ils se caractérisent par un retour du pendule. Maintenant, les médias sont analysés comme des objets autonomes, mais ils sont aussi des objets en interaction permanente avec le reste de la société. C’est dans ce cadre que les principales théories de l’information notemment, que la théorie des médias, ont vu leur éclosion comme corpus théorique et pratique. L’interprétation et l’analyse sont à l’ordre du jour. Ainsi s’étant éloigné de la micro-analyse, l’étude des médias reviendra vers des analyses plus pragmatiques. Malgré la mondialisation de la communication, le développement de nouveaux réseaux d’information et le flux de plus en plus grand de l’information, les analyses demeurent près de la critique sociale. En fait, on se rend compte maintenant de la puissance des médias dans l’évolution, mais aussi dans le contrôle des idées et des connaissances. Ce qui s’oppose aujourd’hui, c’est  d’un côté une vision idéale de la communication comme jeu permanent entre la technologie et le contenu, et de l’autre une critique radicale des moyens et du contenu. C’est dans ce cadre que la mondialisation des communications (Mattelart, 1996 et Warnier, 1999) prend de l’importance. Mais revenons, avant de discuter de ceci, à la question de l’évolution de la communication dans l’histoire.

Cosmopolis et technopolis

Dans un livre plus récent, Mattelart reprend de manière plus systématique les théories qu’il a développées dans L’invention de la communication (Matellart, 1994 (1997)).   Ainsi son Histoire de l’utopie planétaire : de la cité à la société globale est la somme de ses autres études sur l’histoire de la communication, mises en rapport avec le développement récent de l’Internet et du WEB, ce réseau des réseaux. L’hypothèse qu’il développe dans ce dernier livre est que l’idée de la grande utopie d’un monde uni, reposant sur des valeurs universelles est au centre du développement du monde occidental. Cette idée centrale dans le débat actuel sur la société de l’information est la somme de l’immense débat qui fait rage à propos du sens de la révolution actuelle, celle de la société de l’information, ce que certains appellent la troisième révolution industrielle. (2) Il affirme au début de son livre :

« Placer la nature au fond de l’Histoire : c’est justement ce que l’idéologie de l’autodiscipline et de l’autorégulation à outrance portée par les grandes unités du capitalisme mondial intégré a eu pour fonction d’accomplir en naturalisant les « forces du marché » et celles de la technique. Dans la course à la légitimation du régime de vérité libre-échangiste s’est joué, dans la surenchère et la mégalomanie, le sort non seulement d’une bataille médiatique mais d’une bataille pour l’appropriation de l’Histoire. Son enjeu concret : la délégitimation des acteurs organisés de   l’espace public et le coup de grâce de l’État-providence et à des États-nations qui, en dépit de leur complicité dans  l’autodépouillement de leurs prérogatives, se refusaient encore à laisser coloniser la Polis par la raison publicitaire. L’importance du prophétisme managérial vient en effet de la position stratégique que les protagonistes de la  globalisation de l’économie ont acquise dans la formulation des normes appelées à régir l’organisation des réseaux de l’ordre mondial. » (Matellart, 1999, p. 8)

Ce discours managérial est devenu dominant dans la société actuelle. Tout le discours de la mondialisation , sa version ornementale de l’Internet, le réseau des réseaux, sont là pour structurer une vision technicienne et marchande de  l’ancienne utopie d’une communauté humaine reposant sur une vision progressiste et globale de la vie en société, d’une République universelle reposant sur l’idée d’un monde meilleur. Utopies, disions-nous plus haut. Peut-être! Mais, en disant cela, on n’exclut pas les exigences d’un monde meilleur, duquel nous sommes loin maintenant, et qui sait, peut-être même plus loin qu’à n’importe quelle période historique. Mais là, c’est tomber dans le rejet des   changements progressifs que la science et la technologie nous ont apportés avec le temps. Le dernier siècle est celui de l’amélioration des conditions de vie, conditions relatives bien sûr à notre situation économique et géopolitique. La recherche d’une communauté perdue est loin des intérêts de Mattelart, ainsi que des nôtres. En fait son livre est une tentative de démontrer que le monde tel qu’il évolue aujourd’hui avait et a toujours des alternatives possibles. Enfin, que l’état actuel de notre devenir monde est une des nombreuses possibilités, et qu’il est donc possible d’orienter l’avenir vers des alternatives possibles et réelles.

Les nombreux modèles et projets d’intégration mondiaux sont présentés dans le livre comme reposant sur un double aspect:

 

« Pour les uns, cela veut dire fondamentalement la floraison des réseaux de la solidarité sociale sur une « Terre bienfaisante qui nous porte tous et sur laquelle il serait bon de vivre en frères », selon l’expression du géographe anarchiste Élisée Reclus. Pour les autres, la nécessité interconnexion des marchés nationaux soumis à la nouvelle division du travail et les pactes de sécurité mutuelle que se doivent d’observer les États-nations pour la faire fonctionner.» (Mattelart, 1995, p. 11)

Problématique intéressante que Mattelart présente ici. Dans un premier temps, il sera question de la cosmopolis, cette volonté de créer un monde humain reposant sur la différence. Puis, dans un deuxième temps, cette vision sera reprise par un discours globalisateur, qui, cette fois, est loin de se caractériser par un relativisme culturel. On assiste à l’affirmation de la société marchande, à sa glorification, à sa structuration dans sa tentative pour harnacher le monde? Cette société repose en fait sur la domination économico-politique des États-Unis sur le reste du monde.

Ce livre mérite une attention particulière dans l’ensemble des publications sur la situation de la communication mondiale et du développement d’un discours de plus en plus aliénant à propos de l’Internet. (3) Comme lecteur, comme critique, je peux conseiller la lecture du livre de Mattelart à quiconque croit que le discours dominant ne peut pas demeurer le seul valable. Le livre de Mattelart est important, il est nécessaire. Car ce que fait Mattelart dans ce livre, Histoire de l’utopie planétaire, c’est une dénonciation du discours dominant.(4) Discours unique qui présente la conquête du monde et la mondialisation des marchés comme une marche vers la liberté. Pourtant l’aliénation est loin de la liberté.

 

« Nous mangeons du mensonge à longueur de journée, grâce à une presse qui est la honte de ce pays. Toute pensée, toute définition qui risque d’ajouter à ce mensonge ou de l’entretenir est aujourd’hui impardonnable. C’est assez dire qu’en définissant un certain nombre de mots clés, en les rendant suffisamment clairs aujourd’hui pour qu’ils soient demain efficaces, nous travaillons à la libération et nous faisons notre métier. » (Camus «La démocratie, exercice de la modestie » cité par Lottman, 1978, p. 450)

Et ce qu’il reste c’est la révolte. Il disait:

 

«Accepter l’absurde de tout ce qui nous entoure est une étape, une expérience nécessaire : ce ne doit pas devenir une impasse. Elle suscite une révolte qui peut devenir féconde. Une analyse de la notion de révolte pourrait aider à découvrir des notions capables de redonner à l’existence un sens relatif. » (Lottman, 1978, p. 385)

Donc, constat de situation de crise, le monde ressemble à un hiver où tout est gelé, d’un espace de glace dans lequel toute idée ne peut survivre. C’est le retour à la glaciation, le retour du vide froid, la disparition de la vie.

Mondialisation de la culture et communication

Jean-Pierre Warnier dans ce petit livre, La mondialisation de la culture, propose une belle synthèse de la mondialisation de la culture. Contrairement à Mattelart, son approche implique une analyse des répercussions de la culture globale, particulièrement nord-américaine et européenne, sur la culture locale. Bien que Mattelart affirme que cette mondialisation de la culture n’est pas absolue, il soutient par contre que celle-ci est :

« Symbole du processus général de dépersonnalisation et de dénationalisation, le lien global vide le monde de ses acteurs sociaux. A force de se penser comme sociétés à respectabilité illimitée, gestionnaires de la totalité sociale, et de prendre régulier l’ensemble de la Cité en faisant confiance à l’autodiscipline du marché, les grandes unités de l’économie mondiale sont devenues des sociétés déresponsabilisées. Leur aspiration à l’«universel» cache, en fait, une fuite en avant. À la fin des années 50, analysant les mythologies de son temps, Roland Barthes parlait de la  bourgeoisie comme « société anonyme ». Aujourd’hui, c’est à la World Business Class qu’il convient d’appliquer le label. » (Mattelart,1996, p. 122-123)

Ce thème est aussi celui de Mattelart dans le livre dont nous parlions plus haut. La technopolis est l’idéologie propre à ce processus de déculturation.

Jean-Piere Warnier pour sa part partage la vision de la mondialisation de la culture comme étant une normalisation des pratiques sociales. Il ne croit pas que ce phénomène se fait facilement. Pour lui la culture, ou la normalisation ou l’occidentalisation du monde, rencontre des oppositions. Il croit que le développement des industries culturelles est freiné par la tradition, par la culture millénaire que l’on rencontre dans les pays en développement, dans la grande majorité des pays formant le monde. Warnier rappelle dans son exposé que durant plusieurs années, l’UNESCO s’est posée comme défenderesse de la culture. Pour L’UNESCO « la culture est une affaire trop importante pour être abandonnée aux seuls marchands » (Weiner, 1999, p. 74) Mais il remarque que cette position est depuis peu mise de côté.

 

« Or les produits culturels sont aussi des marchandises, de sorte que dans les années quatre-vingt, portées par la vague de la libéralisation des échanges, les organisations à vocation commerciale devaient affirmer leur emprise sur les échanges culturels ». (Warnier, 1999, p. 74-75)

L’auteur retrace par la suite les grands mouvements de transformation créés par ce changement de l’analyse du phénomène culturel et de son industrialisation. Mais ici il ne faudrait pas oublier que même ceux qui s’opposent au  phénomène de l’industrie culturelle participent partiellement à une vision impérialiste du monde et de la  transmission de la culture occidentale vue comme un élément de civilisation. La colonisation des pays du Nouveau Monde faisait partie d’une vision dite progressive. On sortait la civilisation amérindienne de sa barbarie, même au prix d’une mutilation et d’un anéantissement complet de la culture qui était la leur. Mais durant le XXe siècle, c’est à une organisation complète du marché qu’assistent les pays de la périphérie. Comme le dit Warnier : « Au nom du progrès industriel, il faut mettre l’indigène au travail, contre sa volonté, et le pousser dans l’économie marchande rattachée à la métropole. » (Warnier, 1999, p. 81)

Warnier présente par la suite la résistance des pays de la périphérie à l’avalanche culturelle qu’entraîne la libéralisation des marchés : « jamais, écrit-il, les sociétés colonisées n’ont été des jouets passivement voués à la violence du colonisateur. » (p. 81) On assisterait alors à une normalisation des rapports entre la culture mondiale et la culture locale. On a souvent parlé de l’écoute dans des pays musulmans d’émissions télévisées nord-américaines comme Dallas. Des cotes d’écoute formidables caractérisaient ce phénomène. Mais l’ensemble de la culture locale est relativement intacte.  Comme le dit Warnier, les défenseurs de la marchandisation culturelle verront dans les cotes d’écoute, dans la diffusion de la musique et du cinéma dans les pays en développement un progrès. D’autre part, si on s’arrête aux opposants de la théorie libérale du marché, ce sont des analyses négatives de l’effet de la culture du centre que l’on lira. On parlera alors de déculturation, de perte des habitudes de vie millénaire, etc. Une troisième perspective est possible selon Warnier.

 

« … un ethnologue qui séjourne deux ans dans une ville africaine aura un point de vue local sur la mondialisation des flux culturels. Au lieu de se situer du côté de l’offre ou de l’émission de culture mondialisée, il se situera du côté de la réception localisée. Ce qu’il constatera, sur le terrain, c’est une situation beaucoup plus complexe et contrastée que celle qu’on pourrait prédire à partie de l’offre mondialisée. » (Warnier, 1999, p. 94)

Existe ainsi une troisième voie que nous appellerons pragmatique. Elle repose sur l’idée que la culture de l’occident n’est pas simplement acceptée et assimilée de manière automatique ou magique. La culture ainsi exportée subit une recontextualisation. C’est cette recontextualisation qui est la thèse principale de Warnier. Cette thèse repose sur un triple constat : 1. L’uniformisation et la globalisation de la culture ne sont pas des phénomènes unilatéraux; 2. Le pessimisme des théoriciens du centre est largement surfait, ce pessimisme exclut de l’analyse les   phénomènes propres aux cultures de la périphérie, il ne tient pas compte de la « capacité de création, d’innovation et d’imagination des sujets » des pays de la périphérie; 3. La standardisation de la production de masse, ses biens de consommation et les technologies qu’ils promeuvent ne sont pas des éléments dont l’effet est la standardisation des pensées et des pratiques sociales. Pour Warnier : « La consommation est devenue un espace de production culturelle » (p. 99)  Reprenant par la suite son hypothèse de recontextualisation, il critique quelques approches dont celle de Benjamin Barber (1995), celle de Samuel Huntington (1996) et celle de Ramonet (1995).

Démonstration convaincante qui mérite une lecture attentive. Mais nous croyons que l’occidentalisation du monde sera de plus en plus grande, et que seulement une remise en cause du système monde occidental pourrait repousser ce mouvement de globalisation des échanges économiques mondiaux.  Tout le discours actuel sur la société de l’information (de Mattelart à l’UNESCO en passant par l’OCDE et la Banque mondiale) et, plus concrètement les interventions militaires dans le monde (de l’Iran à la Yougoslavie; de Panama à l’ex-URSS) et les interventions économiques prennent en cette fin de millénaire, une tournure beaucoup plus intense. (5) Mais rappelons cette idée, le livre de Warnier mérite une bonne réflexion, il relativise certaines choses, il fait réfléchir.

La valeur de l’information : vers une science de l’information

Une autre particularité des analyses contemporaines de la société moderne est ce que Christian Marazzi appelle le tournant linguistique de l’économie; chez d’autres auteurs ont parle surtout du développement d’une nouvelle économie, celle de l’information. Mais qu’entend-il par tournant linguistique?

« L’entrée de la communication, et donc du langage, dans la sphère de la production est en fait la véritable origine du changement d’époque qui, qu’on le veuille ou non, caractérise notre présent. Le « changement de paradigme », la transition du fordisme au post-fordisme, de la production-consommation de masse aux systèmes de production et de distribution flexible en « flux-tendus » («juste à temps») dont il sera question dans ces pages, contraint l’analyse à se mouvoir au-delà des divisions disciplinaires et des spécialisations, au-delà de la division du savoir qui a caractérisé la dernière décennie. » (Marazzi, 1997, p. 7)

Le livre de Marazzi est structuré en trois sections. La première présente les modifications que la société marchande a connues ces dernières années, un changement qui va de la production reposant sur le modèle fordiste à celui en train de prendre forme par « diffusion de la technique et des techniques de communication, » (p. 8) ce que Marazzi appelle le tournant linguistique. Dans la seconde section, il s’interroge sur les effets de la crise économique et les   problèmes de la globalisation. Et dans la dernière section, Marazzi propose une hypothèse concernant les rapports entre l’État et le Marché dans notre époque de mondialisation et de flux communicationnel. Nous ferons la présentation de ce livre en suivant cet ordre.

1. Nous vivons un changement d’époque qui repose en fait sur une modification du cycle économique.

 

« Ces changements du cycle économique, de sa durée et de la combinaison des facteurs sur la base desquels emploi, revenu, inflation et taux d’intérêts interagissent, sont le signal d’une transformation beaucoup plus profonde, que nous appelons crise-transformation de la société. » (Marazzi, 1997, p. 11)

Donc un changement majeur, une « crise-transformation » comme le dit Marazzi. En fait une des caractéristiques de ce phénomène est l’explosion du rapport salarial. Les entreprises publiques ou privées ont fait exploser la notion de travail ou de salariat en décloisonnant les rapports longuement revendiqués par les travailleurs eux-mêmes, soit la régularité de contrats (plein temps, permanence, etc.) et la régularité de la vie après le travail (assurances maladie, assurances salaire, fonds de retraite, etc.). Ce changement, ce que l’on nomme le passage du fordisme au post-fordisme, s’est accompagné d’une redéfinition de l’entreprise et de son organisation productive. Des concepts comme le juste à temps, la qualité totale, l’usage de la sous-traitance, etc. ne mènent qu’à une chose : la planification de la réorganisation de l’entreprise et des rapports de travail dans l’entreprise. Il écrit d’ailleurs à ce sujet que :

 

« Le passage du fordisme au post-fordisme, d’une production programmable à une production toujours plus dépendante des aléas du marché, doit être analysé avec une certaine attention. C’est dans ce passage que les transformations les plus importantes voient le jour. » (Marazzi, 1997, p. 13)

Ce changement n’est pas étonnant. Il serait, dans les faits, le produit d’un phénomène caractérisé par l’accroissement d’une quantité de plus en plus grande de produits. Cette production serait ainsi le résultat de la stagnation du marché, qui s’est traduit par l’obligation  et qui amena le besoin de diversifier et de personnaliser les marchandises mise en marché. On reconnaît aussi l’idée que l’élimination des  stocks, propre au juste à temps,   entraîne le développement de normes de contrôle dans la chaîne de production par l’International Standard Organization (ISO). Ainsi en est-il de l’Iso 9000 pour le processus, sans oublier les ISO concernant l’environnement, etc. Mais répétons-le ici, tous ces moyens mis en pratique depuis la fin des années 70, impliquent des changements importants dans les rapports de production marchands.  On y reviendra plus loin.

Une autre caractéristique de ce changement est l’augmentation de la vitesse brute du cycle du produit. L’augmentation du   flux, le contrôle des canaux d’exécution et l’assouplissement de l’organisation du travail sont des facteurs importants que l’on regroupe souvent sous l’appellation de la nouvelle économie. La production d’objets étant de plus en plus  banale, c’est sa mise en marché et sa vente qui sont maintenant le facteur le plus accaparant dans la planification économique. Marazzi résume ainsi le phénomène :

 

« La différence qualitative par rapport au mode de travailler fordiste, est remarquable. Sous le fordisme, selon les  préceptes de l’ingénieur Taylor, il fallait une force de travail spécialisée et parcellisée afin d’exécuter le même mouvement toute la journée; dans le post-fordisme le type de force de travail « idéale » est celle qui possède un haut niveau d’adaptabilité aux changements de rythme et de lieu, une force de travail polyvalente qui sache « lire » le flux d’information, qui sache « travailler en communiquant ». Par rapport au type de travail fordiste, le post-fordisme comporte une re-association des fonctions, auparavant rigidement distinctes, une « reconfiguration » en la personne de l’ouvrier d’une série de séquences productives d’exécution, de programmation, de contrôle de qualité, ce que les Américains appelle le reengineering. » ((p. 18)

ON COMPRENDRA QUE LA FLEXIBILITÉ DONT IL EST QUESTION NE TIENT PAS COMPTE DES RETOMBÉES SUR LE TRAVAILLEUR. ON NE DIT RIEN DANS LES THÉORIES DE LA NOUVELLE ÉCONOMIE SUR LES EFFETS DE PERTES D’EMPLOIS, PAS UN MOT NON PLUS SUR LA PRÉCARITÉ, L’EXCLUSION ET LA PAUVRETÉ. CES CHOSES SONT DEVENUES DES BANALITÉS.

Un autre effet de la transition du fordisme au post-fordisme est l’organisation politico-institutionnelle de la technique et de la recherche scientifique. Qui contrôle les sujets de recherche des laboratoires et qui dirige la formation des chercheurs universitaires dans cette nouvelle économie où seule compte l’accélération du cycle du capital? Dans l’époque précédente, celle du fordisme, il y avait deux sphères qui se côtoyaient dans le développement de la recherche. Marazzi insiste :

« Entre ces deux «sphères » il y a toujours eu un rapport de fonctionnalité réciproque : l’agir instrumental de l’entreprise ne pouvait se passer de l’agir politique. À l’intérieur de l’entreprise, le travail d’exécution de l’ouvrier à  la chaîne de montage ne peut se passer de la programmation des techniciens des « cols blancs » et « vice-versa ». » (Marazzi, 1997, p. 27)

Mais on est loin de ces rapports d’échange simples entre le travailleur et le technicien; maintenant, tout repose uniquement sur le flux d’information et sa cristallisation dans une fonctionnalité technique et logique. Ainsi l’organisation de la production repose sur l’idée suivante, reprise des constructions mentales de la machine de Turing : « Chercher à organiser l’entreprise comme si c’était une sorte de « banque de données » capable de s’auto-actionner grâce à une communication linguistique privée d’obstacle, la plus fluide possible, en inter-faces. » (Marazzi, 1997, p. 32)

Vision technique, qui repose sur une vision patentée de l’agir instrumental. Marazzi appelle Habermas comme témoin privilégié à la barre. Mais même avec l’appel à des sources comme celles-ci, Marazzi ne fait pas erreur en soutenant que le post-fordisme entraîne le déploiement de rapports de travail serviles.

« D’un côté, le salaire est considéré toujours davantage comme une variable d’ajustement de la politique économique dans le sens où il incombe aux salariés et à eux seuls d’amortir les chocs macro-économiques, les hauts et les bas conjoncturels. De l’autre, en cohérence avec ce choix de politique économique, les nouvelles règles salariales, à la différence de celles des fordistes, sont pensées pour gérer l’incertitude. Pour cela le montant des revenus salariaux n’est pas spécifié d’avance, tout est conditionnel, provisoire jusqu’à la fin de l’exercice comptable de l’entreprise (publique ou privée). Pour atteindre cet objectif, les salaires sont fortement individualisés ; la qualification acquise par l’ouvrier (âge, compétence et niveau de formation initiale), ne détermine qu’une partie du revenu salarial, alors qu’une part croissante se détermine au poste de travail sur la base du degré d’implication, du « zèle » et de l’intéressement dont il a fait preuve pendant le processus de travail, c’est-à-dire après le moment de la négociation. De cette manière, le  salaire se dissocie du poste de travail occupé, perd ses connotations professionnelles pour se transformer toujours plus en rémunération individuelle. » (Marazzi, 1997, p. 49)

Ce portrait est plus qu’intéressant. Le travailleur est de moins en moins en position de négociation collective, sa rémunération dépend de sa performance personnelle, mais aussi de son importance dans l’organisation de la production. C’est d’ailleurs ce à quoi servent des concepts comme celui de « capital humain ». De plus, c’est aussi à ce moment que l’on utilise le concept de don pour pallier aux limites d’interprétation et d’analyse de la théorie classique des relations entre le  salaire, et l’offre et la demande.  Nous reviendrons plus longuement sur cette question dans la section concernant le livre d’Alain Milon.

Un problème persiste dans la démonstration du tournant linguistique du post-fordisme. C’est la question du rôle d’indicateurs « construits pour mesurer une économie matérielle, ne réussissant pas à fournir des données statistiques relatives au flux d’informations qui est à la base de la nouvelle économie immatérielle. » (Marazzi, 1997, p. 63) En fait, si l’analyse est incapable de nous convaincre du bien fondé de sa position concernant le développement d’une économie immatérielle, il s’agit de dire que l’état actuel de la comptabilité nationale ne répond pas aux critères et aux besoins d’une telle analyse. (Marazzi 1997, p. 67) Mais il y a plus, et là-dessus, nous sommes en accord avec Marazzi. Il écrit :

« C’est le commandement sur les processus de mondialisation des réseaux d’information et de communication qui décidera de la nouvelle division internationale du pouvoir. Le pouvoir s’achemine rapidement vers la hiérarchisation de la division internationale de la propriété du savoir, de la propriété de cette « matière première » dont le coût détermine de manière croissante les prix relatifs des biens et des services échangés sur le plan international. L’impuissance des accords commerciaux multilatéraux de ces dernières années n’est que le prologue à la modification des contenus des futurs accords internationaux. Désormais, les brevets, les droits de reproduction, les marques et les secrets de fabrication seront les vrais objets de négociations internationales. » (Marazzi, 1997, p. 70-71)

La question des flux de capitaux et de la circulation du capital est importante. Derrière cela c’est la question de la gestion des règles, le management des normes et la fin des contrôles interétatiques qui sont remis en cause. Pour que le flux soit vraiment un flux, il faut que les règles gérant la libre circulation du capital, des marchandises et des populations finalement, soient levées. Les ententes de libre-échange sont justement la mise en pratique de nouvelles règles qui permettent une meilleure circulation des entités formant et permettant la réalisation du cycle marchand, le cycle du capital. (6) Mais ces changements ne sont pas simples, ils ouvrent de nouveaux problèmes.

2. La deuxième partie du livre de Marazzi discute justement de ces nouveaux problèmes. On l’a vu dans la section précédente, la vitesse et l’accélération qui caractérisent l’informatisation de la société sont importantes. (7) Cette situation particulière de « crise du sens » (p. 77),  se double d’une crise économique et d’une restructuration de l’économie internationale. Mais il y a plus. Marazzi écrit :

« Il est aisé de soutenir que la tendance « physiologique » – typique de la recherche scientifique – à distinguer entre ce que l’on peut démontrer rigoureusement et ce qui peut être seulement argumenté, finit par creuser un fossé entre deux parties du discours sur la société d’égale importance, « offrant l’opportunité – pour utiliser l’expression de l’économiste Giacomo Becattini – à qui rêve de la blouse blanche du « scientifique », d’éviter les thèmes socialement les plus brûlants et embarrassants. » (Marazzi, 1997, p. 77-78)

Cette crise du sens est double. Elle a entraîné l’isolationnisme dans la recherche scientifique par exemple. De plus, elle projeta vers le vide toute analyse du social qui proposerait un système de référence progressif, tant pour l’avenir de la production sociale des marchandises que pour la révolution de la quotidienneté face à la normalisation des discours et des pratiques sociales. D’un côté, se présente l’idée de la disparition d’une utopie révolutionnaire, d’une idéologie visant la réalisation d’un monde différent face aux lacunes du système d’économie marchande. De l’autre, la montée d’un discours idéologique reposant sur la réalisation personnelle, sur la réalisation de la vie personnelle et le repli sur soi.

Ce qui importe, c’est la conception de l’idée d’une société meilleure qui est de plus en plus l’apanage des mouvements néo-libéraux ou néo-conservateurs. Marazzi écrit à ce sujet :

« Mais au contraire, au point culminant de la mondialisation, de la « déterritorialisation » capitaliste, tout revient : la famille, l’État national, les fondamentalismes religieux. Tout revient, mais comme l’enseigne le philosophe, sur un mode pervers, réactionnaire, conservateur. Au moment même ou le « vide de sens » s’avance vers le seuil d’une  époque dans laquelle les hommes semblent pouvoir se parler en accédant librement à la communication, voilà que revient l’idée de race, le mythe des origines et de l’appartenance. La promesse de liberté de la « société transparente » se transforme en son contraire, en intolérance raciste, en défense de ses frontières, de sa propre demeure. Seul importe le mythe, le symbole, le semblant d’une origine historique en vertu de laquelle ordonner le chaos avec la haine. » (Marazzi, 1997, p. 80)

Donc cette société de la nouvelle économie n’est pas si progressive qu’on le voudrait bien. D’une structure prophétique d’un monde meilleur, à une vision technicienne du monde en réseau. Reposant sur l’idée que  l’informatisation règle tout (p. 99), il est clair que cette application n’a rien d’évident (p. 100). C’est  l’apanage de la « reconfiguration », ce passage de l’information et de la constitution d’un flux de l’information. En fait, comme l’affirme Marazzi :

« Le terme de reengineering est étroitement dérivé de l’informatique; il a été inventé par Michael Hammer, professeur d’informatique au Massachussets Institute of Technology. L’idée lui en et venue en enseignant à des   clients comment utiliser au mieux les calculateurs pour améliorer l’efficience de l’entreprise. Il s’agissait de démonter les vieux programmes de software pour la gestion de l’entreprise et de les reconstruire, en les adaptant aux nouveaux ordinateurs plus puissants. La tâche était d’autant plus urgente que, depuis les années 70, tout le monde avait acheté un ordinateur, sans pour autant obtenir de significatifs retour d’efficience. Dans de nombreux cas, il s’était même produit le contraire : aux salariés en place s’en rajoutaient de nouveaux chargés des ordinateurs. C’était alors au coût supplémentaire, supportable en période d’abondance, mais moins en période de raréfaction. » (Marazzi, 1997, p. 101)

Effectivement, il faudrait faire cette histoire des limites de l’efficience de l’informatique. Surtout lorsque l’on apprend que les échecs des reconfigurations dans les entreprises américaines se situent entre 60 et 80 %. En effet, on assiste à cette mythologie du capital intellectuel comme supersymbolique (Marrazzi, 1997, p. 104) tel un phantasme techniciste comme Drucker l’affirme : « L’homme instruit de demain devra s’attendre à vivre dans un monde globalisé, qui sera un monde occidentalisé. » (Mattelart, 1999, p. 374) En fait, c’est dans l’union des managers et des  intellectuels, tel qu’on l’observe dans les mouvements néo-libéraux et néo-conservateurs, que l’avenir ainsi défini, devient un phénomène quasi naturel. Ainsi vont les choses… Drucker affirme :

« Leurs points de vue s’opposent mais ils s’opposent comme deux pôles indissociables, non contradictoires. Chacun a besoin de l’autre […] L’intellectuel, s’il n’est pas complété par le manager, crée un monde où chacun fait ce qu’il veut mais où personne ne fait rien. Le monde du manager, s’il n’est pas complété par l’intellectuel, devient une bureaucratie, la grisaille abrutissante où règne l’« homme de l’organisation ». Mais s’ils trouvent leur équilibre, alors peuvent naître la créativité et l’ordre, le sens de la mission et de l’accomplissement. (Drucker, 1994, p. 230)

Marazzi dit la même chose, en des termes un peu différents :

« Aujourd’hui on assiste au contraire à la naissance du « cognitariat », une classe de producteurs qui est « commandée », pour utiliser la terminologie d’Adam Smith, non plus par les machines extérieures au travail vivant, mais par des technologies toujours plus mentales, plus symboliques, plus communicationnelles. Le nouveau capital fixe, la nouvelle machine qui commande le travail vivant, qui fait produire l’ouvrier, perd sa caractéristique traditionnelle d’instrument de travail physiquement individualiste et situable, pour être tendanciellement toujours plus dans le travailleur même, dans son cerveau et dans son âme. » Marazzi, 1997, p. 107)

On aurait donc un capital fixe, qui s’apparente au disque rigide ou au cerveau tel que les cognitivistes, tenants de l’intelligence artificielle, voudraient bien qu’il soit, c’est-à-dire une machine simple, qui exécute bien la programmation sociale… C’est ce que Gilbert Larochelle appelle l’imaginaire technocratique. (8) Une chose est claire, c’est qu’avec des idées comme celle-là, il est impossible d’ignorer le titre du best-seller de Viviane Forrester portant le titre L’horreur économique (9) ou les études de l’équipe de Bourdieu sur l’exclusion. (10)

3. Dans la dernière section du livre de Marazzi, il est question des rapports entre l’État et le marché.

C’est le rapport d’un des conseillers de la Maison Blanche, secrétaire au Travail dans l’administration Clinton, Robert Reich, professeur à la School of Governement de l’Université Harvard dont il est question dans les premières pages de cette dernière section. On le sait The Work of Nations (traduit en français sous le titre de L’économie mondialisée) est plus que la bible de la politique économique de Clinton, c’est un ouvrage majeur dans le développement théorique de la nouvelle économie. Ce discours est double. D’un côté, la fin de la guerre froide et, de l’autre, le démantèlement des pays socialistes font apparaître un discours proposant une vision du contrôle, caractérisé par la cybernétique. Il est question de gouvernail et de gouvernementabilité.

a) Pour Marazzi :

« Dans toute l’analyse de Reich de l’époque post-fordiste le travail immatériel joue un rôle central, soit comme base pour la définition d’une puissance américaine rénovée sur le plan mondial, soit pour la reconstruction d’une ordre politique et social capable de se substituer à la désintégration de la classe moyenne qui s’est produite dans le courant des années 80, cette même classe moyenne, pleine de ressentiments et de craintes pour son avenir…» (Marazzi, 1997, pp. 119-120)

b) Viviane Forrester va dans une autre direction. Elle insiste sur les moyens que se donne cette théorie de l’économie post matérielle pour se réaliser. Elle écrit :

« Il s’agit là d’un monde qui vit, du fait de la cybernétique, des technologies de pointe, à la vitesse de l’immédiat, d’un monde où la vitesse se confond avec l’immédiat en des espaces sans interstices. L’ubiquité, la simultanéité y font loi. Ceux qui s’y activent ne partagent avec nous ni cet espace, ni la vitesse ou le temps. Ni les projets, ni la langue, encore moins la pensée. Ni les chiffres ou les nombres. Ni, surtout, le souci. Ni d’ailleurs, la monnaie. » (Forrester, 1996, pp. 35-36)

Ainsi cette double alternative à la société fordiste fonde de nouveaux rapports sociaux. Ces rapports reposent sur ce constat :

« Le travail immatériel, le travail de « manipulation de symboles, données, paroles », n’est qu’un secteur du travail communicativo-relationnel beaucoup plus ample, qui, lui, est central dans les régimes post-fordistes. L’activité communicativo-relationnelle se déploie tout le long du circuit de production-distribution-reproduction, comprenant des activités multiples, vieilles et nouvelles, immatérielles mais aussi artisanales, technologiquement avancées mais aussi traditionnelles, linguistique, mais aussi d’exécution silencieuse. Limiter la stratégie politique à un secteur seulement de cet éventail d’activités signifie fragiliser fortement le succès de la stratégie de réformes. » (Marazzi, 1997, p. 133)

Comme on peut le voir ici, cette approche de la nouvelle économie est particulière. Elle est d’une certaine façon la suite de la politique impérialiste américaine par une nouvelle idéologie de légitimation. Cette dernière se présente comme un phénomène naturel. La société de l’immatériel, c’est la naturalisation des rapports sociaux. Si au début du capitalisme, de la société reposant sur l’échange de marchandise et l’appropriation privée des moyens de production, c’était à la raison qu’on octroyait cette faculté de représenter la nature, ce mouvement est ici élargi aux rapports sociaux dans leur ensemble. En fait, l’impérialisme et la supériorité américaine sont un phénomène dit naturel. Et la nature, cela va de soi, c’est la réalité, c’est objectif.

Le livre de Christian Marazzi est un très bon livre. Peu convainquant quant à son tournant linguistique, il l’est au contraire beaucoup plus lorsqu’il décrit le fonctionnement et les limites du post-fordisme. Mais la problématique de la société de l’immatériel est ici présentée comme un phénomène réel. Cette même idée est largement présentée par deux livres français sur lesquels nous nous arrêterons maintenant.

Communication et information : un paradigme global ?

Dans son livre synthèse : La Communication, Lucien Sfez affirme que l’on a jamais tant communiqué. Il dit que la communication est présente ou omniprésente dans tous les secteurs de l’activité humaine, de la simple conversation avec son conjoint, de la lecture d’un quotidien, de l’écoute du dernier grand succès de Céline Dion ou de la communication dans l’entreprise. Partout de la communication ? Sfez écrit :

« On ne parle jamais autant de communication que dans une société qui ne sait plus communiquer avec elle-même, dont la cohésion est contestée, dont les valeurs se délitent, que des symboles trop usés ne parviennent plus à unifier. Société centrifuge, sans régulateur. (…)
C’est dans ce creux laissé par leur faillite que naît la communication, comme une entreprise désespérée de relier des analyses spécialisées, des milieux cloisonnés à l’extrême. » (Sfez, 1991, p. 4-5)

Ce cloisonnement, cette coupure entre l’idée de communication et une société de plus en plus morcelée dans son fonctionnement, mais aussi dans sa fonction symbolique, est au centre de ce que Habermas appelle la reféodalisation de l’espace public. Le concept d’espace public, Habermas le présente ainsi, en lien avec son complément l’espace privé.

« La [sphère privée] comprend la société civile en un sens plus restreint, c’est-à-dire le domaine de l’échange des marchandises et du travail social, ainsi que la famille et sa sphère intime. La sphère publique politique, quant à elle, est issue de sa forme littéraire, et les opinions publiques qui en émanent jouent un rôle de médiateur entre les besoins de la société et l’État. » (Habermas, 1978, p. 41)

Cette définition a fait l’objet de plusieurs commentaires. En fait, la théorie de l’action communicationnelle est le sujet d’une multitude d’interprétation et de réflexions. Elle soutient que la communication « est dans le social, dans la langue qui est sociale, de l’implicite, le pré-jugé. » (Sfez, 1991, p. 9) Donc, l’action communicationnelle est le mode de vivre ensemble et de sa crise. (11)

« Plus précisément, le diagnostique sur le contemporain se ramène à l’hypothèse d’une tendance à la « colonisation du monde vécu » par les puissances de l’intégration sociale détachées de la communication; il faudrait ramener les crises de notre temps aux effets néfastes des tendances des médias régulateurs, comme l’argent et le pouvoir administratif, à pénétrer la sphère du monde vécu, devenue pourtant largement autonome et rationnelle, au point d’en troubler la reproduction et le libre développement. » (Haber, 1998, pp. 87-88)

Voilà une théorie qui nous permet d’aborder la dernière partie de cette série de comptes rendus de lecture. Le diagnostique de la société contemporaine de Habermas nous propose une vision affirmant que la société repose sur une fausse communication, c’est à dire qu’elle est mue par la communication, qu’elle est communication, mais qu’en même temps, cette communication subit les effets pervers du pouvoir et de l’argent. Ces derniers sont plus souvent présentés comme des objets techniques, des agents de fragmentation, « voire de dilution des liens symboliques » (Sfez, 1991, p. 5)

Gérald Leclerc dans son livre La société de communication propose une approche sociologique de la société actuelle.  Il est écrit en quatrième couverture :

« Cette approche sociologique aborde la communication comme un phénomène social de production, de circulation et de consommation des discours. Elle tente de démêler l’écheveau des différents types de discours (discours publics et discours privés; discours culturels, informations, opinions) qui circulent en société. » (Leclerc, 1999)

Dans le premier chapitre, l’auteur met en place sa problématique posant le rapport entre discours privé (discours individuels, opinions religieuses, croyances politiques, etc…) et discours publics (mass médias, discours politiques, discours institutionnel, etc…). Il continue sa démonstration en indiquant que l’on assiste depuis quelques décennies à une accélération de la circulation de l’information. Dans ce chapitre, il nous rappelle des phénomènes classiques dans l’histoire de la communication que sont la multiplication des routes, la mise en place du réseau électrique, la multiplication des moyens de communication, etc… Ces phénomènes matériels entraînent des changements dans la perception du monde et de notre vie dans le monde. Il note : « Le monde, pour la première fois dans l’histoire, forme une « société ». Et cette société est une société de l’information. » (Leclerc, 1999, p. 67)

Mais qu’est-ce qu’est cette société de l’information ? 1. L’information « est une composante essentielle du lien social»; 2. Cette société reposant sur lien social, est appelée à échanger avec les autres sociétés. Ainsi «Les mutations de la vitesse au XXe siècle (automobile, train, avion, télécommunications) ont eu pour effet une « accélération» du temps et un « rétrécissement» de l’espace. » (Leclerc, 1999, p. 67) Donc, cette mondialisation de la communication est centrale dans l’interprétation des rapports entre la culture et la société. Ces rapports sont analysés dans les énoncés sociaux. Il sont :

« des éléments essentiels de la reproduction sociale.   Les discours circulant dans la société au fil des jours et des années, sont un ensemble énonciatif qui représente la trame et le commentaire des évènements de la société, des relations qui s’y nouent, des règles qui y sont édictées… Les énoncés que j’appellerai culturels (Textes sacrés ou Oeuvres classiques) renfermen, quant à eux, en leur corpus canonique le code culturel d’une société, d’une civilisation, et sont le socle de la Tradition, de la reproduction de la Mémoire collective. »» (Leclec, 1999, pp.  69-70)

Leclerc propose dans son ouvrage une présentation critique de la société de la communication. Comme toujours dans ce type de publications, un flottement existe, le terme d’information est utilisé comme synonyme à celui de communication. Pourtant, sans aller trop loin, les deux termes n’ont pas la même signification, surtout si l’on s’interroge sur la pertinence du concept de société de l’information.

Dans un premier temps, c’est chez Shannon que la plupart des auteurs vont chercher les sources théoriques de la théorie de l’information.  Premier problème, Shannon n’a jamais parlé de société de l’information, mais d’une théorie mathématique de la communication. Il affirmera en 1956 que :

«Information theory has, in the last few years, become something of a scientific bandwagon. Starting as a technical tool for the communication engineer, it has received an extraordinary amout of publicity in the popular as well as the scientific press. In part, this has been due to connections with such fashionable fields as computing machines, cybernetics, and automation; and in part, to the novelty of its subject matter. As a consequence, it has perhaps been ballooned to an importance beyond its actual accomplishments. Our fellow scientists in many different fields, attracted by the fanfare and by the new avenues opened to scientific analysis, are using these ideas in their own problems. Applications are being made to biology, psychology, linguistics, fondamental physics, economics, the theory of organization, and many others. In short, information theory is currently partaking of a somewhat heady draught of general popularity. (…)

Indeed, the hard core of information theory is, essentially, a branch of mathematics, a strictly deductive system.» (The Banwagon, 1956; Shannon (1993) p. 462))

De plus, l’information est plus souvent qu’autrement définie comme une valeur ou un traitement qui est le résultat d’un système de transport ou d’une constante dans le changement. Fondamentalement, lorsque l’on parle d’information, on parle de rapports qui sont souvent techniques. À l’opposé, la communication est un rapport social direct ou différé. La culture est donc :

« le système symbolique, l’univers signifiant – discursif, esthétique, religieux, philosophique, scientifique – par lequel l’homme tente de donner un sens au monde en général, et plus particulièrement au monde social, de l’ordonner selon les lois de la raison théorique ou esthétique, de transcender le chaos changeant et instable de la société bombardée par les évènements, un monde où bien souvent tout n’est que « bruit et fureur », pour en faire un cosmos, un monde ordonné, stable et intelligible, un univers où « tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté. » (Baudelaire). » (Leclerc, 1999, p. 73)

La culture serait alors le ciment de la société et l’information une « partie du système culturel qui a pour mission d’adapter la société aux bouleversements de l’événement, de colmater les brèches que ce dernier introduit dans la collectivité. » (Leclerc, 1999, p. 74) On reconnaît dans ce passage une vision classique du changement social, des inputs qui remodélisent le système, qui structurent et modifient ce système pour évoluer vers un nouveau output, une stabilisation de la société. La totalité sociale se résume alors à une poursuite sans fin de sa propre restructuration. En fait Leclerc, qui nous propose au départ une vision dite critique et sociologique de la communication n’y parvient pas. On assiste davantage à une célébration de la société de la communication, saisi comme le moyen d’être plus moderne et plus « in » dans la virtualisation du monde. C’est à Lucien Sfez que je laisserai le dernier mot. Il propose le concept de tautisme pour parler de la communication. On confond selon Sfez la représentation et l’expression. Ainsi le discours sur la communication est plus souvent un discours sur le discours qu’un discours sur la communication. Mais ceci est une autre question que l’on discutera plus loin. Car à bien lire le livre de Leclerc, on peut reprocher deux choses : 1. Comme toujours, aucune définition claire de ce qu’est l’information; 2. Il s’agit aussi d’un flottement théorique entre les concepts et d’une promesse critique qui ne se réalise pas.

Malheureusement, c’est aussi le cas du livre d’Alain Milon. Celui-ci tente de donner ses lettres de noblesse à la notion de valeur de l’information dans l’économie moderne. Il poursuit une tentative qui n’est pas récente. Ce que tente de faire ce courant économique, c’est de donner un critère de réalité à un phénomène en lui octroyant une valeur économique. Ce n’est pas nouveau, mais c’est toujours un peu loufoque. Je me contenterai de présenter et de commenter ce que Milon appelle la valeur immatérielle de l’information. Pour lui, la valeur escomptée de l’information « est une catégorie méta-économique déterminante ». (Milon, 1999, p. 208) Dans cette longue citation, on retrouve l’ensemble de sa théorie :

 

«Premièrement, les processus d’échanges (matériels ou non) inscrits dans les diverses régulations sociales (économique, politique et morale) pour les soumettre, par le principe de la différence, à une logique éthique justifiant le passage du quantitatif au qualitatif.
Deuxièmement, le don pour en faire un contrat anthropologique fondé sur le principe de la dette. C’est l’affirmation de la dette qui rend la valeur nulle. Ce contrat de dette, ni juridique ni moral, instaure l’escompté dans les relations sociales de manière immanente, faisant de la dette un processus de responsabilité intrinsèque et non pas un principe temporel et externe aux régulations sociales.
Troisièmement, le rapport au temps pour remplacer le temps successif et linéaire par une temporalité simultanée dans laquelle l’escompté est contenu potentiellement, le retour n’étant pas linéaire ou successif dans le don mais contenu dans le principe même de l’acte donateur puisque la dette est un principe inscripteur. » (Milon, 1999, p. 208)

La position de Milon est simple; on ne peut donner de véritable valeur à l’information. Ainsi l’économie classique, autant que la néoclassique, n’a pas de réponse à la question de la valeur de la production de l’immatériel et sa réalisation dans la société de l’information ou des communications (Restons dans le vague propre à ces théories R.C.).

C’est la postface de ce livre qui est intéressante. C’est une compte rendu critique du livre, une critique sévère et finale écrite par Claude Baltz. Il écrit :

«Car c’est peut-être le chapitre le plus controversable de l’ouvrage que le premier, dans lequel une lecture trop attentive ne laisse pas de faire saillir les agencements dont j’ai fait état plus haut, malgré une foule de remarques perspicaces et de références philosophiques très judicieuses : circularités traditionnelles du genre, par où l’information est définie par le message, la communication par l’information, etc., reprise de critiques pertinentes mais partielles (comme celles de René Thom, par exemple), ambiguïté même de l’objet de la critique car on ne sait pas toujours si elle s’adresse à la communication « telle qu’elle se pratique » ou à ses multiples tentatives de théorisation, interférences intenables de diverses perspectives d’analyse, dues à la polysémie de la notion (fait / évènement, connaissance / savoir, transmission / interprétation, évaluation / jugement…). De même eût-il été bienvenu, entre autres, de se démarquer plus nettement d’une certaine critique de la théorie de Shannon menée du côté des sciences humaines, qui n’analyse guère sa « définition » en tant que telle, pour se cantonner à ses « insuffisances » (en particulier d’être une science du signal)  ou à sa connection (sic) trop évidente avec l’informatique.  » (Milon, 1999, pp. 213-214)

Voilà encore le même problème que nous reprochons nous aussi à Leclerc; pas de définition acceptable du concept d’information. Baltz affirme que l’information a bel et bien une valeur, il n’y a qu’à regarder, l’information existe, on paie pour.

Mais le problème persiste. Baltz ne nous informe pas davantage sur ce qu’est l’information, il ne dit mot non plus du choix de Milon qui affirme que la valeur de l’information ne peut être comprise que par le concept de don  et de dette tel que l’anthropologie l’a pensé par l’entremise de Marcel Mauss. Mais encore là c’est un autre problème, car l’usage des concepts de don et de dette paraissent problématiques.

À la fin de ce commentaire à propos de plusieurs livres nous entretenant de l’histoire de la communication aux tentatives de compréhension de l’effet de celle-ci dans la société actuelle, nous allons tenter une dernière possibilité, dans un domaine particulier, celui de la science de l’information.

Une science de l’information : le paradigme de fin de millénaire

Récemment on m’a affirmé que je faisais fausse route en identifiant la société de l’information comme un facteur déterminant de l’appellation de science de l’information. Il y aurait donc une coupure, une fracture entre les deux moments. La science de l’information aurait une existence autonome, elle ne serait pas rien. Elle serait réelle.

« L’information écrite, orale, audiovisuelle se vend bien… Le développement rapide de la communication des produits informationnels est un phénomène récent. Ces produits émergent donc dans la sphère de la production et de l’échange marchand, donnant naissance à ce qu’on appelle les industries de l’information, le marché de l’information, avec leur cortège de biens informationnels, de services informationnels, de produits informationnels, tous plus ou moins assistés par ordinateur. Il est donc indéniable que l’information s’industrialise en s’informatisant de plus en plus. » (Le Coadic, 1994, p. 3)

Voici donc que la science de l’information prend une définition classique. Les biens informationnels seraient les journaux, la radio, le disque, le livre etc. Puis vient la « communication des produits informationnels. » Émanant de la société marchande, ces produits sont donc des marchandises, avec un marché où elles s’échangent, donc elles ont une valeur. Puis l’informatique apparaît qui augmente de manière précise le flux de ces nouvelles marchandises. Avec la  mondialisation de l’économie, avec les modifications structurelles du marché du travail et enfin l’espoir  d’une nouvelle vie sociale les concepts et les notions s’entremêlent.

« Ce qui nous amène aussi à interroger, écrit Le Coadic, sur les relations entre la science de l’information, la technologie de l’information et la société. Société que l’une et l’autre semblent influencer à un point tel qu’elle a pris leur nom et est devenue « société de l’information », abandonnant ainsi les qualificatifs très  matériels d’«industrielle », hérité du siècle dernier, puis de « postindustrielle », inaugurant l’âge de l’information et l’ère du secteur quaternaire. » (Le Coadic, 1994, p. 4)

Le Coadic cite Machlup, le père de l’inclusion de l’économie du savoir dans l’analyse économique. Dans le premier chapitre du son livre, Le Coadic, un des principaux théoriciens français en science de l’information, parle de l’objet information. Le premier paragraphe de ce chapitre mérite d’être cité au complet:

«Le développement de la science de l’information a longtemps reposé sur des concepts ambigus, polyvalents, à la transparence trompeuse. Nous voulons parler des mots information, connaissance et communication. L’apparition de ces concepts ou maîtres mots n’était ni gratuite ni innocente. Elle visait à assurer, à travers un langage pseudo-scientifique qui se voulait commun, une certain convergence de méthodes et de pensée, et finalement un pseudo-consensus. On espérait parvenir ainsi à une maîtrise parée de prestiges d’une science. » (Le Coadic, 1994, p. 6)

Le Coadic affirme qu’il ne retiendra dans sa démonstration que le concept qui « a à voir avec la cognition et la communication humaine. » (p. 7) Voyons ce qu’il en est. « L’information est une connaissance inscrite (enregistrée) sous forme écrite (imprimée ou numérisée), orale ou audiovisuelle. » (Le Coadic, 1994, p. 7)

L’information renfermerait alors un sens. Elle serait une signification transmise par une personne, en utilisant un moyen quelconque pour la réalisation d’un message compréhensible par quelqu’un d’autre. Le langage est central dans cette transmission. Donc l’information ainsi définie est la connaissance, elle est un ensemble de connaissances utilisant des moyens quelconques pour être transmis à d’autres personnes pouvant comprendre les signes utilisés (la langue). Si ce mouvement de transmission de connaissance est faux ou absent, il n’y a pas de transfert de connaissance et même il peu y avoir désinformation. Notons que jusqu’ici je suis en parfait accord avec Le Coadic. Il est important de retenir ce qu’il dit à propos des rapports entre connaissance et savoir. Il relativise le rapport en connaissance (connaître quelque chose sur une chose ou sur quelqu’un) et le  résultat de l’acte de connaître » que serait le savoir. En fait connaître « c’est être capable de former l’idée de quelque chose, c’est avoir présent à l’esprit. » (p. 7) Mais c’est un peu plus : « Cela peut aller de la simple identification (connaissance commune) à la compréhension exacte et complète des objets (connaissance scientifique). » (p. 7)

Le savoir, quant à lui, « désigne un ensemble articulé et organisé de connaissances à partir duquel une science, système de relations formelles et expérimentales, pourra s’engendrer » (p. 7) Sur ce point je suis encore en accord, mais j’irais plus loin. Le savoir est un ensemble articulé de connaissances sur un sujet donné, il n’y a pas plusieurs savoirs (c’est d’ailleurs ce que la langue française défend dans sa structure). Il existe une dimension holiste, complète, interne au savoir. Il est un ensemble qui ne se dissocie que sous la forme opérationnelle (compétences, savoir-faire, etc.).

On parlera des connaissances qu’une personne a de la sociologie, on ne dira pas le savoir que X a de la sociologie, mais du savoir sociologique. Savoir étant toujours utilisé au singulier et dans un sens globalisant.

Nous ne partageons pas sa petite section sur les liens entre information et connaissance. L’usage de Boulding, The image : knowledge in life and society, nous laisse perplexe. Il n’est jamais fait mention d’intuition qui souvent est la base de découverte importante en science, comme l’intuition est fréquemment là dans le début d’une réflexion philosophique. Ici Le Coadic laisse de côté la connaissance d’ordre implicite, sans énonciation et sans objectif précis. L’autre type de connaissance est, au contraire de la première, une connaissance formelle qui est celle que nous définissons avec Le Coadic au paragraphe précédent. Mais de quelle connaissance parlons nous en science de l’information ? Quel est l’orientation de la science de l’information quant à la connaissance, au savoir et à l’information comme telle ?

Ce qui semble en fait problématique ici c’est que Le Coadic ne semble pas faire de distinction entre les connaissances et une connaissance spécifique ou implicite. En anglais on parle alors de « skill ». Les métiers mettent en pratique ces connaissances  implicites, on parle en français de métiers spécialisés, de profession demandant un haut taux de spécialisation.

On nous permettra même d’affirmer que la science de l’information pourrait trouver un sens, uniquement si on lui octroyait en permanence un rôle précis dans la transmission de la connaissance, un rôle de structuration et modélisation de la connaissance à cause des traitements qu’elle apporte à celle-ci. Ce rapport ne serait pas un rapport du plus grand au plus petit, mais un rapport hiérarchique. L’accumulation de connaissances dans des domaines généraux étant un avancement vers le savoir. Ce dernier étant par contre un idéal infranchissable. Il est utopique aujourd’hui de parler de quelqu’un qui aurait acquis l’ensemble des connaissances que constituent le savoir. Mais quelqu’un qui a assimilé une masse importante de connaissances se verra, dans le langage ordinaire, identifier à celui qui sait, celui qui possède plus que la simple connaissance de, il possède le savoir (on pourrait dire l’art, celui qui accède au chef-d’œuvre) d’une chose.

Mais la profession de bibliothécaire, comme n’importe laquelle des professions, est un ensemble précis de connaissances implicites et de reconnaissance sociale particulière. La profession de bibliothécaire se constitue de connaissances et d’une reconnaissance. Ceci est la limite d’une profession qui a beaucoup de mal à se définir face à son rôle dans la diffusion et la conservation du savoir. C’est comme si les conservateurs et les diffuseurs du savoir, de par le rôle précis qui est le leur dans les bibliothèques, dans les poussières d’archives de l’humanité auraient de la misère à se reconnaître. C’est là dessus que, jamais, nous pourrons être d’accord avec le livre de Le Coadic et avec l’ensemble de la théorie de l’information. Soi que nous nous battons pour qu’un monde meilleur puisse arriver, soit nous nous écroulons devant la pensée technicienne qui présente l’homme comme une réduction machinique. C’est le processus même que nous propose la théorie des sciences de l’information, nous sommes des machines à classer, à déchiffrer et à diffuser des informations qui émanent du néant. Car pourquoi s’interroger sur l’origine de l’information, sur son message et son méta-message (sa signification), le principal étant la vitesse et la possibilité de l’humain, cet imparfait, qui devra à l’avenir se mêler le moins possible de la production de cette information. En somme on réduit la culture à l’ensemble des spécialités fonctionnelles des connaissances et des métiers, ceci pour mieux les contrôler et mieux contrôler la mécanique sans nom du pouvoir.

Roger Charland

juillet, septembre et novembre 1999


Notes

 

(1) Pour une histoire de ce courant de pensée : Martin Jay, L’imagination dialectique. Histoire de L’École de Francfort (1923-1950), Paris, Éditions Payot, collection Critique de la politique, 1977 (1973), 416 p. et Rolf Wiggershaus, L’École de Francfort. Histoire, développement, signification. Paris, Presses Universitaires de France, collection Philosophie aujourd’hui, 1993 (1986) 694 p. (Retour au texte)

(2) Cette idée est développée dans l’excellent livre de François Caron, Les deux révolution industrielles du XXe siècle, Paris, Albin Michel, 1997, 591 p. (Retour au texte)

(3) Sur l’idée de la domination américaine. voir le dernier livre de Zbigniew K. Brzezinski, membre fondateur de la Commission Trilatérale : The Grand Chessboard : American Primacy and Its Geostrategic Imperatives, 1998, Harper-Collins, 240 p. En français Le grand échiquier : L’Amérique et le reste du monde, Paris, Éditions Bayard, 1998. Et dans une approche concernant le rôle des communications dans la politique extérieure américaine les livres de George Gerbner (ed.) Invisible crisis : What conglomerate control of media means for America and the World, Westview Press, 1996, 295 p. et Mass Communication and American Empire de Herbert I. Schiller et Dallas W. Smythe.(Retour au texte)

(4) Le livre de Mattelart mériterait à lui seul plus de commentaires. Mais le lecteur pourra le lire, surtout les derniers chapitres sur l’omniprésence de l’idéologie américaine dans le développement de l’idéologie techniciste. Voir aussi la traduction de L’idéologie californienne dans ce numéro par Pierre Blouin.(Retour au texte)

(5) Sur ce thème les textes sur la mondialisation publiés dans le numéro deux de HERMÈS (Charland, Chesnais et Wallerstein) et la deuxième édition du livre de François Chesnais, La mondialisation du capital (nouvelle édition augmentée), Paris, Syros et Alternatives économiques, 1997.(Retour au texte)

(6) Chesnais, op.cit. et le texte de Jacques Luzi « Keynes & le capitalisme, ou les rêveries d’un réformateur ambigu » in John Maynard Keynes, The end of laissez-faire, Agone et Comeau & Nadeau, Marseille et Montréal, 1999, pp. 102 et ss. (Retour au texte)

(7) À ce sujet, le livre de Chesnais cité plus haut et celui de Denis Collin, La fin du travail et la mondialisation. Idéologie et réalité sociale, Montréal – Paris, L’Harmattan, collection Ouverture philosophique, 1997, 206 p. Sur le thème de la vitesse l’œuvre de Virilio et aussi certains passages de Paul Chamberland, En nouvelle barbarie. Montréal, L’Hexagone, 1999.(Retour au texte)

(8) Gilbert Larochelle, L’Imaginaire technocratique, Montréal, Boréal, 1990, pp. 195 et ss. Le texte de Bonneville dans le numéro 4 de HERMÈS et les comptes rendus de Pierre Blouin sur Virilio et le mien, sur Pierre Lévy, dans Argus.(Retour au texte)

(9) Vivianne Forrester, L’horreur économique. Paris, Fayard, 1996.(Retour au texte)

(10) Pierre Bourdieu (sous la direction de) La misère du monde, Paris, Le Seuil, 1993. (Retour au texte)

(11) Nous n’analyserons pas l’ensemble de la pensée de Habermas. Dans un texte en préparation, dont le titre provisoire est « À propos de la compétence communicationnelle et la bibliothéconomie » nous tenterons de présenter un nouveau paradigme de la bibliothéconomie ne reposant pas sur une vision instrumentale de l’information, mais sur une conception communicationnelle reposant sur l’interaction et la communication sans entrave, théorie que développe Habermas depuis le début des années 80. Ce projet permettra, du moins on l’espère, une discussion la plus large possible des fondements de la pratique et de la théorie bibliothéconomiques.(Retour au texte)


Bibliographie

BRZEZINSKI, Zbigniew K.; Le grand échiquier : l’Amérique et le reste du monde, Paris, Édition Bayard, 1998 (1998 en anglais)

CARON, François; Les deux révolutions industrielles du XXe siècle, Paris, Albin Michel, 1997, 591 p.

DRUCKER, Peter; Au-delà du capitalisme. La métamorphose de cette fin de siècle, Paris, Dunod, 1994.

ÉLIAS, Nobert; Qu’est-ce que la sociologie? Éditions de l’Aube, La Tour d’Aigues, 1991.

FORRESTER, Viviane; L’horreur économique, Paris, Fayard, 1996.

GERBNER, George (ed.) Invisible crises. What comglomerate control of media means for America and the world, Westview Press, 1996, 295 p.

HABER, Stéphanne; Habermas et la sociologie, Paris, Presses Universitaires de France, collection Philosophies, 1998, 128 p.

HABERMAS, Jürgen; L’espace public. Archéologie de la publicité comme dimensions constitutive de la société bourgeoise. Paris, Éditions Payot, collection Critique de la politique, (1962) 1978, 324 p.

JAY, Martin; L’imagination dialectique. Histoire de l’École de Francfort (192301950), Paris, Éditions Payot, collection Critique de la politique, 1977 (1873), 416 p.

KEYNES, John Maynard; The end of laissez-faire, Agone et Comeau & Nadeau, Marseille et Montréal, 1999

REICH, Robert; L’économie mondialisée, Paris, Dunod, 1993.

SCHILLER, Herbert I.; SMYTHE, Dallas W. Mass communication and American Empire

SFEZ, Lucien; La communication, Paris, Presses Universitaires de France, collection Que sais-je?, 1991, 127 p.

SHANNON,Claude Elwood, A. D. Wyner, N. J. a. Sloane (Editor); Claude Elwood Shannon : Collected Papers. New York : IEEE Press, 1993, 924 pages

WIGGERSHAUS, Rolf; L’École de Francfort. Histoire, développement, signification. Paris, Presses Universitaires de France, collection Philosophie d’aujourd’hui, 1993 (1986) 694 p.

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