Turn Off the Network, Part II par Pierre Blouin

Turn Off the Network, Part II

par Pierre Blouin

Les lecteurs du magasine Wired (7.04, April 1999) auront remarqué que le numéro consacre sa couverture et son sujet principal aux pannes électriques de 1998 à travers le monde, et principalement dans le Nord-Est américain. Les auteurs mis à contribution en viennent sensiblement aux mêmes conclusions que Hermès avait exposées en ce sens (« Turn Off the Network », Hermès 1, Printemps 1998), à savoir : ce que les gens ont retenu comme leçon suite à de tels événements, c’est la vulnérabilité de leur dépendance à l’électricité et à son réseau de distribution, ainsi que les proportions jusque là inimaginables de cette dépendance.

Dans son texte « Powerless », Jacques Leslie tente de montrer ce que pourrait produire le bogue de l’an 2000 en termes de pannes d’approvisionnement énergétique. « We have never before anticipated the simultaneous breakdown of a significant fraction of the world’s machinery » (p. 175). Dans le spectre des craintes imaginaires ou réelles du bogue, on s’accorde sur un point : le système électrique est au cœur du problème. « One disturbing scenario is that Quebec-style outages will crop up all over the world, all at once : We will all find out that we’re hostages of electricity » (id.).

Le plat de résistance est cet article de Ellen Ullman, bien connue dans le milieu des programmeurs américains, et dans le milieu digital en général, intitulé « The Myth of Order ». Pour elle, un logiciel fonctionne à la façon de tout système naturel, c’est-à-dire hors de tout contrôle. Nous vivons avec avec des systèmes technologiques ultra complexes et faillibles, sujets à la « catastrophe occasionnelle », selon ses propres termes. « A computer system is not a shining city on a hill – perfect and ever new » (p. 126). « Y2K has challenged a belief in digital technology that has almost been a religion » (id.).

Techniquement parlant, précise Ullman, le bogue n’est pas un « bug », mais un « design flaw », une imperfection structurelle, un vice de conception. Le code accomplit parfaitement les instructions qu’on lui donne, mais la programmation a été, non pas mal faite, mais faite avec un souci d’économie de temps et d’argent. Le bogue n’est pas une « malfunction » du système, mais bien plutôt son fonctionnement parfait, ce qu’on a tendance à ignorer. Fonctionnement optimal, selon la volonté de standardisation et d’économie à courte vue qui régnait à l’époque de la première vague informatique, et qui a fait qu’on s’est contenté d’enregistrer deux seuls chiffres pour les dates.

Plus profondément, Ullman nous explique que la programmation tient tout à la fois d’un art, d’une science, du bricolage, de la plomberie, de la comptabilité. Les systèmes de code s’imbriquent l’un dans l’autre, et le travail du programmeur (un des mieux payés aux USA et des plus prestigieux dans le domaine de l’informatique, voire de l’information) est soumis constamment à des « délais agressifs », de sorte que les auteurs de logiciels ne peuvent parvenir à construire de systèmes « raisonnablement robustes ». C’est le prix à payer pour le déferlement de nouvelles versions de programmes dans des délais toujours plus dictés par les règles de la compétitivité.

En outre, la complexité des connections entre les systèmes anciens et nouveaux, et entre les réseaux de données, a fait qu’on ne sait plus réellement où ont sont les défaillances sur les dates (la documentation manque sur les systèmes déjà anciens, ceux des mini ou méga machines, par exemple).

La mentalité des programmeurs, révèle Ullman, est d’oublier les conséquences de ces défaillances lorsqu’ils créent leurs programmes. Ils développent « a normal sense of failure » (p. 183). Ullman parle de faillibilité humaine, un peu à l’opposé de l’infaillibilité papale. Mais c’est bien une faiblesse amplifiée et démultipliée par le système technologique à laquelle on a affaire, pas une simple faiblesse humaine nue et isolée. N’accusons pas la technologie, mais accusons plutôt la dépendance à cette dernière. Ullman avoue elle-même que les proportions du réseau technologique confinent désormais à l’incontrôlable, à l’irrationnel. Elle cite un programmeur de la Federal Reserve Bank qui avoue n’avoir jamais considéré les effets réels, matériels, de son travail. (id.). « (…) stay focused on the code on your desk ».

Peu importe ce qui se passera le premier janvier 2000, ce qu’on sait déjà, et ce que le grand public apprend à connaître, c’est bien le mythe de l’infaillibilité technologique.

Pierre Blouin

A propos charro1010

Bibliothécaire des Appalaches
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